«Tanguy, le retour»: retour vers le passé?

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

C’est le danger de tous les «Machin, le retour». Des films qui assument déjà dans leur titre que le plat qui nous est servi date de la veille. Enfin bon quoi, Tanguy, c’était très drôle, alors pourquoi pas aussi la suite? La réponse ici.

Nous avions adoré Tanguy (2001). Cet art hexagonal de la sympathique comédie de mœurs, qu’on regarde en famille en s’interrogeant sur son propre environnement. Mais c’est tout le problème des number 2: les acteurs sont si fiers de jouer dans la suite d’un film célèbre et populaire, et les spectateurs si théâtraux dans leur rire mécanique, leur rire de paraître, leur rire niais, qui leur permet de montrer qu’ils connaissent l’histoire… Ce fameux Tanguy, qui reste chez ses parents à son âge, tellement drôle! Et là, c’est exactement la même chose!

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Oui, et voilà justement le souci. L’idée était originale, elle était forte, lors de la sortie de Tanguy! Il s’agissait du premier film sur le sujet, dans une époque où la mollesse sociale de certains doctorants commençait à devenir un véritable phénomène de société. Un phénomène qui, tant le film est devenu culte, a désormais un nom: le phénomène Tanguy. Les acteurs jouaient très bien, ils jouent encore très bien dans cette ritournelle, mais quel manque d’inventivité se dégage du scénario! Attendez-vous à subir les mêmes blagues – celles-là même que l’on ne subissait pas en leur temps – et à vous attendre à tous les retournements de situation.

En effet, lorsque la mère, au début du film, apprend que son fils Tanguy s’est fait larguer par son épouse, qui a laissé son mari et sa fille, et déclame: «Si elle tente de le récupérer, je ne le laisserai pas faire!», que ne s’attend-on pas à ce que ce soit précisément le contraire qui va se passer. Sérieusement, c’est à se demander si certains cinéastes ne prennent pas leurs spectateurs pour des imbéciles. Dommage, car le cinéma est véritablement cinéma quand il hisse son public. Même, et surtout, dans les comédies.

Un regret, enfin, pour la facilité que représente le choix d’avoir placé de l’humour «communautaire» à la Philippe de Chauveron dans une comédie qui n’a guère plus l’air d’un film sur l’enfance attardée. En effet, si la dimension asiatique était déjà présente dans le premier film, elle ne suit plus du tout la même optique dans le nouveau volet. Dans le premier, elle servait à dépeindre le caractère ridicule de la spécialisation universitaire et de la gentillesse niaise; dans le second, elle ne semble pointer que sur la différence de culture entre la Chine et la France. On nous excusera de trouver ça creux.


Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Pathé Films

Tanguy, le retour
France, 2019
Réalisation: Etienne Chatiliez
Scénario: Etienne Chatiliez et Laurent Chouchan
Interprétation: André Dussollier, Sabine Azéma et Eric Berger
Production: Antoine Pezet et Jérôme Corcos
Distribution: Pathé Films
Durée: 1h33
Sortie: 10 avril 2019
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