«Le Fric», une représentation humoristique… LOL!

Paléo Festival 2019 – Amélie Wauthier

Il est vingt heures pétantes quand j’entame ma migration des Arches à la Grande Scène. Pas vraiment très friande d’«humour» suisse, ce que je m’apprête à faire relève un peu de l’exploit. Mais c’est Paléo, j’en suis à mon cinquième jour consécutif, je ne compte plus les heures de sommeil à rattraper, les entorses aux chevilles et poignets. Ce soir, gonflée à bloc, je me lâche totalement, out of the comfort zone!, la main sur le cœur et l’âme patriote: j’assiste au spectacle de nos deux Vincent nationaux.

Le Fric! D’accord, ça fait des années qu’on sait tous que non, au final, le fric, ce n’est pas si chic. Je suis donc plutôt curieuse de découvrir sous quel angle le duo compte aborder la chose tout en restant original. De façon historique, à première vue. Deux hommes des cavernes font leur entrée sur scène en communicant dans des dialectes dont les sous-titres s’affichent sur les écrans géants. A partir de là, ce que j’imagine être un banquier zurichois joue les intervenants et nous explique comment la propriété privée est le propre de l’homme.

Passage des écrans à la scène, on comprend qu’il s’agit en réalité d’un documentaire diffusé en classe par un enseignant lors d’un de ses cours. Ça fait quelques minutes maintenant que le spectacle a commencé, on a changé à trois reprises de décors et la chose qui, jusqu’à présent, m’a décroché le plus de sourires, ce sont les commentaires WhatsApp que j’ai reçus de mes amis. En plus de ne pas être drôles, les humoristes ont réussi à enchaîner les clichés offensants sur les banquiers, les enseignants, les immigrés… bien joué, les gars!

Le Fric, Paléo Festival Nyon 2019 © Paléo / Laurent Reichenbach

On continue. L’homme sur scène est un paysan qui siffle le rouge comme si c’était du petit lait. Il nous raconte sa vie, plutôt triste. L’autre jour, il a acheté de la corde, le vendeur lui a fait un prix. On comprend rapidement qu’il s’est pendu et le spectacle persévère. Sa fille est en deuil, on emporte le corps à la morgue… tout ça est d’un mauvais goût! Depuis toujours, j’adore l’humour noir, mais ce soir, il n’y a pas une trace d’humour, c’est juste noir.

Je tiens encore un moment, jusqu’à ce que la pluie se mette à tomber violemment. Pire que d’assister à cette représentation, assister à cette représentation en recevant trente seaux d’eau à la seconde! Et puis j’en ai déjà vu bien assez comme ça. Comme mes amis trente minutes plus tôt, je prends mes affaires et je quitte la Plaine de l’Asse, plutôt écœurée.

Mais pourquoi avoir programmé un spectacle d’«humour» sur la Grande Scène à Paléo? Quelqu’un peut-il m’expliquer? N’est-ce pas le but et l’intérêt du Montreux Comedy Festival, à quelques kilomètres de là? Et puis, «humour»… J’ai le sentiment qu’autour de moi, ça rit surtout quand il y a une référence à la culture locale, helvétique. Une blague sur le Mont-sur-Rolle et le public rugit, un peu de Yodel et il entre en transe!

En Suisse, nous sommes réputés pour notre sens pratique, notre chocolat et nos délicieux fromages. Honte à moi si je rends visite à mes amis à l’étranger sans avoir emporté six kilos de bon Gruyère AOP dans mes valises. Alors arrêtons de vouloir exceller dans un domaine où, au mieux, on est juste médiocre. Personnellement, je n’ai jamais été très douée en sport, mes professeurs pourront en témoigner. J’ai bien essayé le handball et le tennis après les cours, mais j’ai continué à être plus nulle que la gamine asthmatique en béquilles. A force, je me suis fait une raison et j’ai décrété qu’il était temps pour moi d’activement arrêter le sport sous toute forme possible. Pourquoi les Suisses n’en font-ils pas de même avec l’humour? 

Le Suisse fait de belles horloges, de belles montres. Il est toujours ponctuel. A-t-on déjà entendu une blague commencer avec l’histoire d’un mec qui arrive à l’heure quelque part? Non. Donc, comme on n’achète pas ses croissants chez le boucher, arrêtez de penser qu’on peut rire chez un horloger. Et celui qui osera me dire «ouais, mais on a quand même Thomas Wiesel et Yann Marguet», alors, puisqu’il faut toujours une exception, celui-là aura vraiment réussi à me faire rigoler!

Ecrire à l’auteur: amelie.wauthier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Paléo / Laurent Reichenbach

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