«Traces de passages», miroir de notre soif d’immortalité

Article inédit – Amélie Wauthier

La gare de Lausanne s’agrandit et pour cela, elle a besoin d’espace. Or, comment faire pour dégoter davantage de place quand on se situe en plein cœur d’une ville saturée où le moindre cm2 est déjà exploité? La réponse est la même que lorsqu’on est chargé d’organiser les prochains Jeux Olympiques: expulser les locataires et détruire leur lieu de vie! Certains n’étaient là que depuis quelques mois, d’autres depuis presque toute une vie. Tous nous accueillent chaleureusement au numéro 26 de la rue du Simplon où se déroule l’exposition «Traces de passages», chapeautée par Sébastien Martinet.

C’est l’occasion pour tous d’entrer dans l’intimité de ces résidents qui nous ouvrent leurs portes afin qu’on y découvre les traces qu’ils y ont laissées. Nous sommes invités à participer, que ce soit en écrivant sur les murs ou en sculptant ce que notre imagination nous inspire dans un morceau du tas d’argile à disposition dans une cuisine. Dans un salon, un canapé ainsi que des cacahuètes nous attendent pour que nous puissions confortablement visionner les témoignages vidéos de certains locataires pendant que la jeune femme qui occupe encore les lieux boit tranquillement son thé. «C’est un peu la bazar mais vous pouvez vous promener», nous dit-elle. A l’étage, des images et messages apparaissent lorsqu’on allume la lampe à UV de la salle de bain. Un peu plus haut encore, alors que des appareils diffusent de la musique dans des casques audio accrochés aux murs, le sol est recouvert de feuilles mortes et ça sent bon la forêt.

© Indra Crittin pour Le Regard Libre

Cette intimité qu’ils nous offrent aujourd’hui, les locataires de l’immeuble l’ont également partagée quotidiennement avec tous ces voyageurs venus attendre un train ou un proche de retour de voyage. Un lieu d’exposition, une gare, deux endroits de rassemblement où de parfaits inconnus se retrouvent si proches et en même temps si distants.

© Indra Crittin pour Le Regard Libre

Une exposition éphémère dont les seules traces qui perdureront seront nos souvenirs, puisque le moindre mur, la moindre fenêtre ou tommette de cette galerie atypique seront détruits. A travers des installations et de nombreux médias tels que la sculpture, la peinture, le graffiti, l’illustration, la photographie, etc., «Traces de passages» nous questionne sur notre rapport aux autres ainsi que notre propre condition éphémère. Elle nous renvoie à notre phantasme d’immortalité et notre besoin de laisser une trace de notre passage sur terre pour ne pas tomber dans l’oubli, le tout avec beaucoup de talent et de poésie. Demeure une question sans réponse: comment aurions-nous réagi si nous nous étions trouvés dans la même situation?

«Traces de passage», exposition à la rue du Simplon 26 à Lausanne, du 7 au 22 septembre, de 10h à 19h (plus d’infos ici).

Ecrire à l’auteur: amelie.wauthier@leregardlibre.com

Crédits photos: © Indra Crittin pour Le Regard Libre

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