Suisse Interview

Georges Martin: «La neutralité suisse est malade, mais pas morte» 

16 minutes de lecture
écrit par Max Frei · 19 mars 2026 · 0 commentaire

L’ancien ambassadeur, qui livre un réquisitoire sévère contre la politique étrangère de la Suisse et de l’Union européenne, critique leur alignement sur l’OTAN et appelle à restaurer la crédibilité diplomatique de la Confédération. 

Ancien ambassadeur et diplomate, Georges Martin a consacré plus de quatre décennies au service extérieur de la Suisse, en poste dans des capitales aussi diverses que Pretoria, Tel-Aviv, Ottawa, Paris, Jakarta et Nairobi. En tant que secrétaire d’Etat adjoint du Département fédéral des affaires étrangères, il a été l’un des acteurs centraux de la diplomatie helvétique jusqu’à sa retraite en 2017. En 2024, il a publié Une vie au service de mon pays – Plaidoyer pour une Suisse neutre, active et respectée, un livre de mémoires dans lequel il raconte son parcours, ses rencontres marquantes et sa vision d’une diplomatie suisse fidèle à sa neutralité active sur la scène internationale. 

Très critique envers la politique actuelle du Conseil fédéral, il revient dans cet entretien sur les grandes mutations du paysage géopolitique et les défis actuels de la Confédération sur la scène internationale. 

Le Regard Libre: La nouvelle stratégie de sécurité américaine a été dévoilée fin 2025 et cible notamment les Européens. Selon vous, pourquoi la position de l’Union européenne (UE) concernant la guerre en Ukraine est désormais critiquée par les Etats-Unis? Et, de manière plus générale, pourquoi assiste-t-on à un déclin du Vieux Continent sur la scène internationale? 

Georges Martin: La nouvelle stratégie américaine a évidemment de fortes connotations trumpiennes. Elle s’inscrit dans la suite du discours du vice-président J. D. Vance à Munich en février 2025, qui avait dit aux Européens, en substance: je me fais du souci pour vos pays, moins à cause de la Russie ou de la Chine, mais parce que les libertés démocratiques ne sont plus assurées. L’Europe, au lieu de rejeter tout cela en bloc, aurait intérêt à s’interroger. Elle s’est elle-même mise hors jeu depuis longtemps. En 1992, j’étais même partisan d’une adhésion suisse à l’UE, quand elle était encore une machine de paix. Mais il y a eu un basculement substantiel entre les Etats démocratiques et cette institution qui n’est pas vraiment démocratique, mais bureaucratique et administrative. Je pense effectivement qu’on assiste maintenant à une forme de «dictature» de hauts fonctionnaires non élus. 

Le Parlement européen, l’une des deux Chambres du législatif, est élu par les citoyens des différents Etats-membres, et l’organe exécutif ne peut décider d’aucune loi, seulement les proposer… 

On me rétorque aussi toujours que la présidence d’Ursula Von der Leyen est démocratique, vu qu’elle a été nommée par les chefs d’Etats. Or, elle n’a pas de légitimité démocratique, puisqu’elle n’a pas été élue par le peuple! Et désormais, c’est elle qui décide pour les trois quarts des dossiers touchant à la politique de sécurité et étrangère des pays de l’UE. De ce fait, cette institution est en pleine dérive démocratique, mais également guerrière, car Madame von der Leyen est à la recherche de quelque chose qui pourrait refédérer l’Europe, et elle croit l’avoir trouvé dans la guerre en Ukraine. 

La nouvelle stratégie américaine signe le retour de la doctrine Monroe, avec une adaptation «Donroe», qui prône le contrôle sur l’Amérique proche. On constate aussi une séparation avec l’Europe comme si les Etats-Unis coupaient le fil du canot de sauvetage européen qui était attaché à eux depuis longtemps. Je pense que l’Europe le mérite et que cela pourrait être salutaire pour elle. Elle ne serait probablement pas dans cet état de vassalisation si les Occidentaux avaient dissous l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à la fin de la guerre froide au même titre que le Pacte de Varsovie.

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Il est impératif de comprendre que l’Europe n’a pas agi pour sa propre sécurité, et surtout le plus grave, qu’elle n’a rien fait pour la paix. On n’a pas voulu comprendre que tant qu’on laissait les mêmes structures que durant la guerre froide, elles allaient recréer la guerre froide. Les mêmes recettes produisent les mêmes effets. L’UE avait la possibilité de construire la paix en construisant une sécurité européenne, intégrant la Russie qui était demanderesse et qui souhaitait même adhérer à l’Union. Cependant, les géostratèges américains voulaient en finir avec la Russie, malgré la fin de l’Union soviétique. Les dirigeants européens ont choisi de se reposer entièrement sur les Etats-Unis, tandis que les dirigeants actuels semblent avoir séché les cours d’histoire. Zbigniew Brzeziński expliquait pourtant dans son livre Le Grand Echiquier (1997) que l’Europe a une vocation de vassal des Etats-Unis. 

Vous dites qu’on a affaire à une Europe belliqueuse, mais ne s’agit-il pas de faire respecter le droit international et d’appliquer les sanctions prévues en cas de violation de celui-ci? 

Non! S’il s’agissait pour l’Europe d’appliquer le droit international, alors elle l’appliquerait partout, notamment à Gaza et au Moyen-Orient. Bruxelles se moque du droit international. On l’a vu récemment avec le cas de Jacques Baud (ndlr: citoyen suisse et ancien membre du Service de renseignement de la Confédération mis sous sanction par l’UE le 15 décembre 2025, lire l’édito): l’UE n’applique même pas son droit interne, alors pourquoi appliquerait-elle le droit international? 

Par ailleurs, le Sud global ne croit plus à l’Europe. Ces pays comme la Chine, le Brésil ou encore l’Afrique du Sud observent son deux poids deux mesures avec consternation! Malgré cette perte de crédibilité, l’UE entretient un dangereux discours anxiogène entretenant les peurs et la panique. Les guerres n’ont jamais débuté sans rhétorique belliqueuse. J’aurais une question à poser à tous ces responsables politiques – Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron, Friedrich Merz – qui viennent nous expliquer que Vladimir Poutine doit perdre et que la Russie va finir par nous attaquer: comment entendent-ils gagner contre la Russie, qui est la première ou deuxième puissance nucléaire du monde? 

Très rapidement après le début de la guerre en février 2022, après un instant de sidération, l’UE est devenue cobelligérante de fait. L’ex-ministre français Bruno Le Maire n’avait-il pas déclaré que le rôle des sanctions était de mettre l’économie russe à genoux? Or, si vous détruisez l’économie d’un belligérant, vous influencez nécessairement son effort de guerre. On peut critiquer Donald Trump, mais on doit lui laisser le crédit d’avoir changé de logiciel après un Joe Biden qui était la marionnette du complexe militaro-industriel ne s’intéressant qu’à vendre des armes. 

A propos des sanctions, comment expliquez-vous le retournement de veste au début de la guerre en février 2022 du Conseil fédéral qui, en un weekend, a décidé de faire marche arrière et de finalement suivre les sanctions à l’égard de la Russie? La Suisse a-t-elle subi des pressions? 

Je l’ignore, mais c’est probable, et s’il y a eu des pressions, le gouvernement aurait dû les communiquer. Comme le dit mon ami Jean-Daniel Ruch (ndlr: un autre ancien ambassadeur suisse très critique envers la politique étrangère de la Suisse), le Conseil fédéral devrait prendre les citoyens pour des êtres vaccinés et intelligents. Or, ils n’ont rien dit des raisons de leur retournement de veste, tout en assurant faussement que cette décision ne violait pas la neutralité. 

Justement, en mars 2022, Joe Biden s’est réjoui du fait que même des pays historiquement neutres comme la Suisse participaient aux sanctions. Pourquoi estimez-vous qu’elle n’est plus neutre? 

La neutralité compte trois étages: le droit de neutralité, la politique de neutralité et la perception de cette neutralité. Actuellement, aucun n’est intact. Le droit de neutralité, on l’a violé notamment en reprenant tels quels tous les paquets de sanctions de l’UE. La politique de neutralité, on la viole constamment. Le Bürgenstock en est le symbole ultime: on y a organisé une conférence pour la paix dont les commanditaires ne sont autres que les pays de l’OTAN, et en acceptant, à la demande de Zelensky et de ses amis occidentaux, de ne pas inviter la Russie.

Quant à la perception de la neutralité, comme le montre la déclaration que vous avez citée, les Etats-Unis ne nous prennent plus pour neutres, et la Russie non plus. Expliquez-moi dans quelle mesure la Suisse est encore neutre si deux des plus grandes puissances mondiales ne vous considèrent pas de la sorte. Ne parlons même pas des Européens. Nous ne sommes que des vassaux pour eux. Certains concluent trop rapidement que les récentes réunions diplomatiques à Genève sur l’Iran et l’Ukraine sont la preuve que la Suisse est à nouveau considérée comme un pays neutre. Rien n’est moins sûr, car il est bien connu qu’il est toujours bien plus facile de détruire que de (re)construire. Or, il a été beaucoup détruit en matière de neutralité depuis cinq ans! Mais, cette neutralité n’est pas morte: elle est dormante, malade, mais on peut lui redonner vie. 

Au moment où des organisations non gouvernementales quittent Genève, où les Nations Unies délocalisent aussi une partie de leurs bureaux en Italie et où la Suisse n’est plus un lieu de négociation entre adversaires, comment restaurer cette crédibilité? 

C’est un point central. Cette crédibilité s’est construite sur de nombreuses années. Et on voit qu’à l’inverse on peut la détruire en peu de temps. Pour la reconstruire, il faudrait des décisions fortes. Or, actuellement, on n’entend plus Ignazio Cassis, notre ministre des Affaires étrangères. C’est pourtant maintenant qu’il doit être présent. Sa furtive apparition à Genève récemment à l’hôtel Intercontinental ne saurait symboliser le grand retour de la Suisse sur le parquet international. Difficile de s’imaginer en effet que celui qui est, à bien des égards, son fossoyeur puisse être le bâtisseur d’une nouvelle diplomatie suisse.

Seul un acte fort comme un «oui» de la Suisse à l’initiative de l’UDC sur la neutralité pourrait contribuer à restaurer la crédibilité du pays. Cette initiative provient d’un camp politique que l’on situe tout à droite du spectre politique. Mais elle a l’avantage d’exister. Rien n’est jamais parfait, et si l’on arrive à inscrire cette neutralité dans les principes contraignants de la Constitution, j’espère que cela permettra au gouvernement de retrouver une colonne vertébrale. Et je reste avant tout partisan d’une neutralité active, c’est-à-dire une neutralité au service du monde, au service des pays en guerre. 

Dans votre ouvrage, vous critiquez la posture de la Suisse vis-à-vis de la guerre en Ukraine, mais aussi du conflit israélo-palestinien. Pourquoi la Suisse s’est-elle trompée à vos yeux sur ce dossier? 

Elle n’a pas cherché à apaiser cette situation. Elle est désormais hors jeu. Personne ne va lui demander quoi que ce soit. Les Palestiniens ont compris que la Suisse ne servait plus à rien. Ce n’était pas le cas quand nous entretenions des contacts avec tous les acteurs jusqu’au Hamas, parce qu’il n’est pas interdit de contacter des organisations, mêmes terroristes, et qu’il faut bien que les messages puissent passer. Aujourd’hui, Ignazio Cassis est complètement acquis au récit israélien et n’a que peu de compréhension pour le drame qui se déroule à Gaza. Le pays s’est malheureusement mis hors jeu par choix idéologique. 

Aussi, vous dites regretter que les relations internationales soient actuellement davantage façonnées par les hommes politiques que par les diplomates. Quelles sont les distinctions entre eux et pourquoi cela vous inquiète-t-il? 

Tout dépend de la qualité des hommes politiques. Je suis convaincu que l’histoire est faite par certains chefs d’Etat. Inutile de citer de Gaulle, Churchill, Kennedy, ou même en Suisse, Delamuraz ou Felber. Mais les hommes et femmes politiques n’ont pas été à la hauteur depuis 1990. Bill Clinton n’a pas compris l’occasion qu’il avait de créer un nouveau monde durant son mandat, il a préféré suivre l’OTAN et a continué à ignorer, pour ne pas dire humilier, la Russie, probablement par ignorance personnelle et sous l’influence des stratèges du complexe militaro-industriel.

Si George Bush père avait été réélu, lui qui connaissait très bien l’Europe, les choses auraient peut-être été bien différentes aujourd’hui. Il était notamment allé à Kiev à la Rada le jour où l’Ukraine votait pour l’indépendance enjoignant aux députés de ne pas voter pour l’indépendance pure et dure, mais pour une collaboration avec la Russie. Parce qu’il comprenait le rôle que jouait l’Ukraine, un pont entre la Russie post-soviétique et l’Europe, si elle voulait éviter de devenir ce qu’elle est aujourd’hui: une ligne de front entre deux camps! 

Concernant les diplomates, ils n’ont pas vocation à décider. Ils produisent des analyses, présentent des solutions, des alternatives et des options. Mais l’élément essentiel est que si les leaders politiques ne les suivent pas, leur travail est inutile. Les dirigeants ne sont aujourd’hui pas à la hauteur. 

Vous dénoncez la reprise du narratif belliqueux par le complexe politico-médiatique. Quel intérêt la presse aurait-elle dans cette histoire? 

Je ne comprends pas leur intérêt. Il est intéressant de comparer la situation actuelle avec la deuxième guerre américaine en Irak. Les médias européens se gaussaient de la presse américaine parce qu’elle reprenait sans réfléchir tout ce que la Maison-Blanche affirmait et ne s’interrogeait pas sur la véracité des discours et des informations. Depuis 2022, les médias européens font exactement la même chose, tandis que la presse américaine et la presse ukrainienne se montrent, elles, plus critiques. Nos médias manquent d’esprit critique et trahissent une certaine désinvolture face à la réalité de la guerre. Les grands titres suisses on fait le choix de soutenir la guerre, puisqu’ils parlent constamment d’une guerre non provoquée alors qu’on sait que cette guerre a été sinon provoquée par les Occidentaux, du moins rendue probable. Cela vaut également pour notre service public audiovisuel. 

Beaucoup de journaux vous ont interviewé sur votre livre… 

Oui, mais le discours officiel prend une place démesurément majoritaire. On y a entendu tant de spécialistes militaires tels que le colonel Alexandre Vautravers nous raconter dans les médias pourquoi l’Ukraine allait gagner et la Russie s’effondrer, toujours sous le prisme de l’armée du bien contre celle du mal. La Russie est systématiquement présentée, implicitement ou explicitement, comme le démon. 

Le nouveau paquet d’accords entre Berne et Bruxelles sera un thème important ces prochains mois. D’un point de vue géopolitique, la Suisse a-t-elle intérêt à se rapprocher de l’UE? 

Non, je ne pense pas. Sur le plan économique, je ne sais pas si on a besoin de nouveaux accords, mais plusieurs connaisseurs du dossier estiment qu’on pourrait s’en passer pour le moment. Dans l’hypothèse où nous en aurions besoin, la Suisse aurait dû mieux négocier. Or, le texte auquel nous avons affaire consiste davantage en un accord d’intégration I que d’accords bilatéraux III: si on l’adopte, la Suisse reprendra des pans entiers du droit européen dans des domaines nouveaux et acceptera que ces accords soient automatiquement mis à jour, en pouvant tout de même exposer notre point de vue. Mais dans le cas où nous refuserions un avis de la Cour européenne, nous nous mettrions dans une situation délicate. De toute manière, l’UE n’a jamais été aussi peu séduisante qu’actuellement. Géopolitiquement, c’est une catastrophe. Je voterai non à ces traités. 

Sur plan militaire, on observe un rapprochement de la Suisse avec l’OTAN, que ce soit en achetant du matériel de l’Alliance atlantique ou en participant à de plus en plus d’exercices militaires avec les Etats-Unis. Est-ce un bon signe pour la sécurité helvétique? 

Non, pas du tout. En se rapprochant de l’OTAN, on devient une cible. Et en s’en rapprochant sans y adhérer, comme c’est le cas actuellement, je pense que l’on devient encore plus une cible car personne ne viendrait à notre secours en cas de problème. La sécurité de la Suisse, c’est sa neutralité, à laquelle il faut redonner vie. En adhérant à l’OTAN, la Suisse deviendrait le Luxembourg des Alpes, comme j’ai coutume de le dire. 

Alors comment expliquez-vous ce rapprochement? 

Par plusieurs raisons. Je pense que trivialement, les militaires et civils qui s’occupent de la sécurité helvétique sont fascinés par l’OTAN. Ils reviennent de Bruxelles avec des étoiles dans les yeux quand ils ont participé à des séances assis à côté d’un général américain qui a «fait l’Irak». Ils sont très excités à l’idée de participer à des réunions et à des exercices d’état-major, comme en Finlande contre un ennemi qui n’est autre que la Russie. Un climat anxiogène distillé par l’élite politico-médiatique entraîne la Suisse vers l’OTAN, ainsi que vers l’UE. Nous sommes à la croisée des chemins. 

Les moyens du Service de renseignement de la Confédération sont bien inférieurs à ceux des grandes puissances occidentales. Or, avec les menaces hybrides, le partage de renseignement devient central, non? 

La Suisse est un petit point minuscule au milieu de l’OTAN. Quoi qu’on en dise, on ne verra jamais de chars russes sur le Rhin, ou alors cela signifierait que l’Europe aurait déjà été effacée de la carte. Probablement qu’aujourd’hui, le renseignement helvétique est bien vu par les autres services occidentaux, parce qu’il fait exactement ce qu’ils veulent. En revanche, la Suisse ne dispose d’aucun contact avec les Russes, alors qu’à l’époque de la guerre froide et post-guerre froide elle en avait. Aujourd’hui, lorsqu’on lit les rapports de sécurité du Service de renseignement de la Confédération, il s’agit de copiés-collés de ceux de l’OTAN. Je suis convaincu que la Suisse devrait jouer la carte de la souveraineté. On serait mieux renseigné, mais surtout davantage pris au sérieux par l’OTAN. 

N’y-a-t-il pas une contradiction entre, d’un côté, l’idée que la Suisse serait belliciste car alignée sur l’OTAN, et le fait que les Etats-Unis de Trump critiquent l’Europe notamment pour son bellicisme?  

La Suisse n’est pas alignée sur les Etats-Unis de Donald Trump. J’aimerais bien qu’on le soit un peu plus concernant la guerre en Ukraine, où l’on reste, un peu trop à mon goût, fidèle à la ligne européenne et à celle de l’ancienne administration Biden. Donald Trump admet lui aussi que la guerre a été provoquée, et en substance, il dit des choses comparables à Jacques Baud. L’UE devrait envisager de mettre le président américain sous sanctions. Comme l’Europe, la Suisse est pleine de contradictions et ne sait plus où elle en est. 

Le Département fédéral de la défense a vécu une vague de départs en 2025, avec ceux de la ministre Viola Amherd, mais aussi du chef de l’Armée, Thomas Süssli, du chef du Service de renseignement, Christian Dussey, du chef des forces aériennes, de celui du projet F-35… Comment interprétez-vous cette situation? 

Je pense qu’il y a de graves dysfonctionnements au sein de ce département. Malheureusement, on les découvre au ralenti car c’est un collègue de parti de la centriste Viola Amherd, Martin Pfister, qui a pris sa succession et qui garde certainement les placards bien fermés avec les cadavres à l’intérieur. Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’autour de Martin Pfister, la plupart des personnes qui conseillaient Viola Amherd sont restées en place. Peut-être que les personnes qui sont parties avaient aussi des raisons personnelles? 

Notons toutefois qu’au sein de l’armée, il n’y a plus de hauts gradés en faveur de la neutralité suisse qui soient aux commandes. Tous ont tous été écartés. Ceux qui dirigent aujourd’hui sont des gens qui veulent nous envoyer dans l’OTAN. Cette dérive découle du mécanisme du Partenariat pour la paix de l’OTAN (ndlr: à laquelle la Suisse a adhéré en 1996 et qui lui permet de participer à des exercices et des missions de sécurité sans être membre à part entière de l’organisation). Dans ce cadre, la Suisse compte actuellement une vingtaine de coopérations avec l’OTAN: l’achat d’armes en commun, des exercices en commun, etc. La Suisse aurait dû sortir de ce partenariat pour la paix en 2022 puisqu’il s’agit maintenant davantage d’un Partenariat pour la guerre. 

Diplômé en sciences politiques, Max Frei est éditeur Web au Regard Libre, pour lequel il écrit aussi occasionnellement. 

Vous venez de lire une interview publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°124).

Georges Martin
Une vie au service de mon pays – Plaidoyer pour une Suisse neutre, active et respectée
Editions Slatkine
Septembre 2024
400 pages

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