Suisse Désaccord

Une assurance-compétences face à l’IA pour tous les actifs?

3 minutes de lecture
écrit par Pablo Sánchez · 16 mai 2026 · 0 commentaire

Les innovations technologiques redessinent le marché du travail et fragilisent certains parcours professionnels. Faut-il créer une nouvelle assurance pour financer l’adaptation continue des compétences? 

Isabelle Chappuis

Conseillère nationale (Le Centre/VD)

Oui. L’histoire a une leçon à nous offrir. Face aux bouleversements de la deuxième révolution industrielle, nos prédécesseurs ont inventé l’assurance chômage pour amortir le choc social et adapté les systèmes de formation aux nouveaux métiers de l’ère industrielle. Il a fallu plusieurs décennies pour que ces réponses s’imposent. Des décennies de tâtonnements, de résistances, de chaos social évitable. Nous n’avons plus ce luxe. La troisième révolution industrielle – portée par l’intelligence artificielle (IA) et la robotique – bouleverse les métiers à une vitesse sans précédent. Pendant des générations, la formation acquise dans la jeunesse suffisait pour toute une carrière. Ce monde linéaire n’existe plus. Certains métiers permettent encore de se former en continu et de rester pertinents. D’autres pourraient disparaître du jour au lendemain. Et nul ne sait lesquels. Face à cette imprévisibilité, ni les individus ni les entreprises ne peuvent gérer seuls ce défi: les premiers manquent de moyens, les secondes de vision à long terme. Le marché ne se corrigera pas lui-même et la responsabilité individuelle ne suffira pas. Notre système social a besoin d’une mise à jour. Compléter l’assurance chômage par une assurance compétences – accessible à tous les actifs, financée collectivement, avec des droits et des conditions clairs – n’est plus une option, c’est une nécessité. Le rôle de l’Etat n’est pas de tout gérer, mais de coordonner et de rendre possible ce que ni les individus ni le marché ne peuvent accomplir seuls. Se former en continu et pouvoir se réorienter: c’est garantir la cohésion sociale de demain.

Marco Taddei

Directeur romand de l’Union patronale suisse

Non. Une ombre plane sur le marché du travail: l’intelligence artificielle (IA). Son impact sur les profils des métiers et le spectre du chômage de masse suscitent les pires craintes. Dans ce contexte anxiogène, certains réclament l’instauration d’une assurance compétences. Est-ce vraiment la solution? A notre sens, non. Nul besoin d’étendre le périmètre de l’Etat social: l’assurance chômage prévoit déjà des cours et des allocations de formation pour améliorer l’employabilité des demandeurs d’emploi. Depuis 2017, la Suisse dispose d’une loi sur la formation continue qui a fait ses preuves. Une nouvelle assurance risque d’alourdir le coût du travail. Le coût de trop pour les entreprises qui étouffent sous le poids des prélèvements obligatoires en augmentation constante. Cette assurance est d’autant moins justifiée que tous les actifs ne sont pas logés à la même enseigne. Comme le montre une étude de 2025 de l’Organisation internationale du travail, seuls 25% des emplois dans le monde pourraient être transformés par l’IA. Des professions hautement qualifiées, telles que programmeur, ingénieur ou avocat, sont les plus touchées. De plus, l’étude montre qu’à l’instar d’autres innovations technologiques majeures, l’IA est à la fois destruction et création. De nouvelles opportunités s’offrent donc à de nombreux travailleurs, avec, à la clé, des tâches plus créatives et moins pénibles. Cela à condition que les compétences soient rapidement mises à jour dans les métiers exposés à la nouvelle technologie. En Suisse, la nouvelle formation d’AI business specialist avec brevet fédéral indique la voie à suivre.

Tous les mois, notre journaliste Pablo Sánchez fait croiser le fer à deux personnalités en désaccord, membres ou non de la rédaction du Regard Libre.

Vous venez de lire un débat contenu dans notre édition papier (Le Regard Libre N°126).

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