Embarquons tous en direction de «L’île au trésor» 

Les bouquins du mardi – La rétrospective de la littérature – Ivan Garcia

Un jeune garçon courageux, des pirates qui se saoulent au rhum, une île mystérieuse et un trésor fabuleux. Tels sont les ingrédients qui donnent du charme à ce récit immortel que des générations de lecteurs ont lu et liront. Le goût de l’aventure nous pousse à larguer les amarres en direction de L’île au trésor.

Après environ trois mois de confinement, nous retrouvons peu à peu une existence normale. En même temps, cela peut nous sembler bien fade. «Métro, boulot, dodo» à peu de choses près. Quel ennui et quelle fatalité! Mais où sont donc passés l’aventure, le goût du risque, la soif de découvrir? C’est alors qu’un souvenir a jailli tel un trésor d’un îlot de mémoire où il était enterré. Par le passé, un livre nous avait bien intrigué, bien amusé, bien fait voyagé. Son nom? L’île au trésor. Son auteur? L’écrivain écossais Robert Louis Stevenson, auteur également du célèbre roman L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Le déconfinement est donc l’occasion rêvée pour se (re)plonger dans les aventures du jeune Jim Hawkins et ses affrontements avec des pirates.

Le beau-fils modèle

Décidément, l’histoire est pleine de carrefours. Aujourd’hui, après plusieurs mois, la pandémie de Covid-19 s’éteint. Et par le passé, Stevenson révisait son livre en Suisse, pays dans lequel il était venu se soigner. Au cœur du canton des Grisons, à Davos, l’Ecossais rêvait d’une île. Plusieurs mois auparavant, l’écrivain avait eu une curieuse discussion avec son beau-fils, âgé de quatorze ans:

«Qu’est-ce que tu fais là? demanda Robert Louis Stevenson à son beau-fils, Lloyd Osbourne.
– Tu le vois, je dessine une île», répondit l’enfant.

C’est ainsi que s’ouvre la préface de l’ouvrage dont nous parlerons aujourd’hui. Lloyd Osbourne, beau-fils de l’auteur, est la personne à qui l’on doit l’idée de L’île au trésor. Et aussi la personne à qui cet ouvrage a été dédié. Outre l’idée du roman, Lloyd servit à Stevenson pour élaborer le protagoniste de son histoire, le jeune Jim Hawkins, âgé également de quatorze ans, et qui bravera tous les dangers pour trouver une île sur laquelle est enterré le trésor du légendaire Capitaine Flint.

Jim Hawkins est le narrateur du roman que nous tenons entre les mains. Il l’écrit à la première personne, quelques temps après son périple et sur demande de «Monsieur Trelawney, le docteur Livesey et tous ces messieurs […]», comme une sorte de récit de voyage ou une confession. Dès les premières pages, le lecteur attentif sait que Jim a donc survécu à tout ce qui lui est arrivé. C’est là l’un des principaux ressorts du livre: jouer sur l’attente. Nous savons que quelque chose va se passer, mais pas quand; l’auteur nous laisse languir, il nous surprend parfois, et nous nous demandons comment les personnages s’en sortiront.

Chanson de pirate

Après cet incipit, Hawkins parle de l’époque où il travaillait avec ses parents, à l’auberge de l’Amiral-Benbow. Et du jour où il fit la connaissance d’un mystérieux client, un ancien pirate du nom de Billy Bones, qu’il n’appréciait guère et qui chantait tout le temps une sinistre rengaine:

«Nous étions quinze sur le coffre à l’homme mort –
Yo-ho-ho! et une bouteille de rhum!
La boisson et le diable ont emporté les autres,
Yo-ho-ho! et une bouteille de rhum!»

Mais Billy Bones, bien que souvent saoul en raison du rhum ingurgité, est méfiant. Il demande à Jim de surveiller les nouveaux arrivants et de le prévenir s’il voit «un loup de mer à une jambe». Et, rapidement, plein de pirates arrivent, notamment un sinistre aveugle qui donne à Bones «la tâche noire», un funeste avertissement, qui l’entraîne tout droit dans la tombe. Au milieu des affaires du défunt loup de mer, Jim trouve une étrange carte qui révèle l’emplacement d’un trésor: l’île au Trésor.

Accompagné du Docteur Livesey, un gentilhomme médecin, ainsi que du Chevalier Trelawney, Jim embarque à bord du navire l’Hispaniola pour trouver l’île et son mystérieux trésor. Mais l’échappée ne sera pas de tout repos, car l’équipage est infesté de pirates. Il faudra bien des astuces et du courage pour déjouer les plans du dangereux «maître coq» et cuisinier du navire le redoutable Long John Silver. Ce dernier, ancien membre de l’équipage du terrifiant Flint, ne possède qu’une jambe (l’autre est en bois) et, avec son perroquet vert nommé «Capitaine Flint», est d’une redoutable duplicité.

«Non, pas moi, disait Silver. Flint était le capitaine, j’étais son quartier-maître, avec ma jambe de bois. C’est dans le même abordage que j’ai perdu ma jambe et que Pew a perdu la vue.»

Long John Silver est le personnage le plus intéressant de l’ouvrage. Cuisinier, chef des pirates, habile rhéteur et force de la nature, il est d’une grande ambivalence et fait au mieux pour servir ses propres intérêts. Jim Hawkins et ses alliés le verront donc plus d’une fois changer de bord. Tour-à-tour en se ralliant à leur cause ou en aidant ses camarades pirates pour atteindre le fameux trésor. A ce propos, la chanson entonnée par Billy Bones est connue de tous les pirates et revient, périodiquement, au cours du récit comme une comptine fatale annonçant le sort qui attend les flibustiers.

Un livre et plusieurs narrateurs

Auparavant nous disions que c’était Jim qui menait la narration. C’est exact. Mais, parfois, un autre personnage raconte l’histoire pour combler certaines lacunes. Ainsi, dans la quatrième partie de l’ouvrage intitulée Le fortin, c’est le docteur Livesey qui narre ce que ses acolytes et lui font sur l’Hispaniola pendant que Jim est sur l’île avec les pirates. L’ouvrage, initialement destiné aux enfants et aux jeunes, est agréable à la lecture. Même si certaines scènes descriptives, très réalistes et au vocabulaire marin, peuvent ralentir notre lecture et s’avérer trop précises pour les marins d’eau douce.

Avec ses personnages attachants et intéressants, L’île au trésor nous entraîne avec bienveillance vers une contrée lointaine à la recherche d’aventure et de sensations fortes. Un livre à (re)lire pour retrouver le goût de l’étonnement et l’envie de prendre le large.

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

Crédit photo: © Pixabay

Robert Louis Stevenson
L’île au trésor
Traduction de Jean-Jacques Greif
Tristam Editions
2018
301 pages

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