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«CO22, c’est NON! On va enfin pouvoir aborder les vrais problèmes»4 minutes de lecture

Courrier des lecteursMarco Polli

Ce dimanche 15 mai, le peuple genevois a rejeté à 50,83% la réforme du cycle d’orientation (école secondaire I) proposée par le Conseil d’Etat, qui prévoyait des classes mixtes au lieu de classes par niveau. Dans ce courrier des lecteurs, le comédien et metteur en scène Marco Polli, ancien président de l’Union du corps enseignant secondaire genevois et de la Commission Langues Vivantes, se félicite de ce résultat et plaide pour l’élaboration de solutions au problème qu’il estime central: l’illettrisme.

Vous avez dit «égalité des chances»? Cela fait 34 ans que le Conseil d’Etat a indiqué que «les débats sur les structures ne peuvent que détourner le regard des questions essentielles», et que «c’est dans une reconnaissance de la primauté des questions pédagogiques que se joue l’avenir de l’école». Les vraies victimes des «inégalité des chances», ce sont les 20% de jeunes qui demeurent illettrés à 15 ans, un handicap qui va les poursuivre tout au long de leur vie. Car «ne pas savoir suffisamment lire et écrire est un facteur d’exclusion sociale, culturelle et économique», avait averti le Conseil fédéral dans son Message culture de 2011. Or, depuis que l’enquête PISA2000 en a révélé l’ampleur, aucune mesure sérieuse n’a été prise au niveau où elle devait l’être.

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Ce n’est pas de gris-gris comme «hétérogénéité» et «inclusion» dont l’école genevoise a besoin, mais d’une politique scolaire qui s’emploie à s’attaquer à la cause première de l’exclusion d’un jeune sur cinq: l’illettrisme. Pardon d’y revenir, mais c’est essentiel. Pour «tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves dès les premières années de l’école», comme nous l’enjoint la Loi sur l’Instruction publique, il faut tenir compte de ces inégalités au lieu de les nier. C’est à la fin du premier cycle primaire, à 8 ans, que par tout un ensemble de moyens à développer, il convient d’identifier les futurs illettrés pour ensuite mettre en place une pédagogie adaptée. Mais il ne faut pas se leurrer; c’est une entreprise de longue haleine qui requiert la collaboration de tous. Et elle se heurte actuellement à deux obstacles majeurs…

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Les violences d’élèves et le gel de l’institution

L’un consiste en une dégradation du climat scolaire. Deux enquêtes conduites en 2012 à Genève par le Service de la recherche en éducation (SRED) et son homologue valaisan ont désormais chiffrée entre 5% et 10% de «victimes hebdomadairement de harcèlement grave de la part de leurs camarades». C’est-à-dire des milliers de jeunes. L’autre obstacle est interne à l’institution: le gel depuis le tournant du siècle du riche ensemble de mécanismes participatifs qui unissaient la direction du DIP au corps enseignant.

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La lutte contre l’illettrisme et les violences scolaires ne sera possible que par le rétablissement d’une saine collaboration au sein du DIP. Et par la mobilisation sur de véritables projets du corps enseignant, qui est le premier acteur par qui se réalise l’instruction publique.

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