Espagne: le choix de la surenchère

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

La situation politique en Espagne défraie la chronique ces dernières semaines. Les deux derniers événements en date sont intimement liés: le procès des leaders indépendantistes catalans ayant organisé le référendum d’octobre 2017 et la convocation d’élections anticipées – pour fin avril les troisièmes en trois ans – avec un budget octroyé par le parlement. Un enjeu pour les partis qui devront affronter deux autres rendez-vous électoraux à la même période: les élections européennes et municipales.

Le président Sanchez avait réussi à se hisser au pouvoir après sa motion de censure contre l’ancien gouvernement. Cette dernière avait été soutenue par les partis indépendantistes catalans et basques, ainsi que par l’extrême gauche de Podemos. Mais le président socialiste a dû se rendre à l’évidence: sans budget, impossible de gouverner. Il avait jusqu’alors tenté tant bien que mal de s’acheter les faveurs des indépendantistes pour rester au pouvoir. Dernier épisode en date: la nomination d’un modérateur entre le gouvernement régional catalan et le gouvernement central sur le modèle d’arbitrage entre deux Etats-nations distincts, dont la symbolique a provoqué la colère de l’opposition et de leaders socialistes régionaux.

La crise territoriale se manifeste actuellement par le procès extraordinaire des organisateurs de ce référendum d’autodétermination. Les accusés mettent l’accent sur des arguments politiques pour se défendre, comme la liberté de voter ou de donner son avis, et voient dans cet événement médiatisé l’occasion de se faire passer pour victimes d’un système répressif. Mais les juges ont choisi d’être très conciliants: ils permettent par exemple aux accusés de faire leurs déclarations en catalan. Un détail bienvenu pour calmer la crispation et une sagesse dans la manière de procéder dont devraient s’inspirer les partis politiques.

Au contraire, l’opposition du Parti Populaire (centre-droit conservateur) et de Ciudadanos (libéraux-centristes) s’inscrit dans une démarche opposée: ils ne font rien pour éviter la surenchère, préférant alimenter la tension par des attaques et des critiques acerbes. La gestion catastrophique du gouvernement socialiste et le ras-le-bol d’une certaine partie de la population espagnole de voir l’unité de l’Espagne mise à mal incitent les partis de l’opposition à instrumentaliser cette crispation latente.

La rhétorique très agressive du nouveau président du Parti Populaire pour récupérer ses votants attirés par VOX, parti d’extrême droite et incarnation du néo-franquisme, inquiète et normalise des discours longtemps honnis en Espagne. La position de Ciudadanos comme alternative crédible est menacée par sa stratégie ambiguë par rapport à la droite populiste. En souhaitant se profiler comme le parti de la fermeté face aux indépendantistes par le durcissement de ses positions, le parti prend le risque de s’éloigner de sa base électorale progressiste.

L’Espagne joue bien plus dans ce marathon électoral que le choix des forces politiques pour les quatre prochaines années. La polarisation politique qui s’annonce mènerait à une situation préoccupante, bien loin d’un gouvernement de «constitutionnalistes» ferme, mais constructif pour faire face au défi indépendantiste. On assiste aujourd’hui à une classe politique embourbée dans ses intérêts partisans particuliers, qui refuse l’apaisement et fait le choix de la surenchère. Or une société sclérosée et un paysage politique instable constituent la porte ouverte à de nombreuses dérives. Une situation qui n’augure rien de bon.

Ecrire à l’auteur: diego.taboada@leregardlibre.com

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