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Gerhard Andrey, un vert convaincu par le digital5 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Le Regard Libre N° spécial «Ecologie – Pour un revirement intégral» – Jonas Follonier

Le Fribourgeois Gerhard Andrey est le co-fondateur de la société Liip SA, une entreprise spécialisée dans le développement numérique et qui emploie cent cinquante personnes. C’est également le vice-président des Verts Suisses, depuis 2016. Petite entrevue à Fribourg dans un bureau plutôt «gauche chic».

Jonas Follonier: Liip SA est une entreprise du 4.0, dont vous êtes l’un des fondateurs. Pourquoi n’êtes-vous pas chez les Vert’libéraux?

Gerhard Andrey: La durabilité a trois piliers: l’écologie, l’économie et le social. Selon moi, le seul parti qui tente de servir les intérêts de ces trois piliers, ce sont les Verts. Je l’ai remarqué il y a un certain temps déjà. Les socialistes oublient souvent les autres piliers que le social; les Vert’libéraux, eux, n’intègrent pas le social à l’écologie et à l’économie.

Donc, selon vous, les Verts défendent aussi l’économie?

Oui, absolument. Prenons notre initiative «Pour une économie verte» lancée en 2016: elle a récolté 36% de oui, ce qui est un très bon score pour une initiative de gauche portant sur l’économie. Ce que nous proposions était en fait l’économie circulaire. Personne n’estime que c’est une mauvaise chose. Simplement, les marchés classiques ont peur de perdre leur monopole; mais ils ne sont pas contre l’économie durable.

Etes-vous beaucoup d’entrepreneurs à vous engager chez les Verts, et même à gauche?

Non, je suis l’un des seuls entrepreneurs engagés à gauche. Toutefois, il faut noter que les entrepreneurs sont rares parmi les personnes qui s’engagent en politique de manière générale. A Fribourg, quand je tente de monter un comité de soutien à une cause quelconque formé par des entrepreneurs, je remarque que c’est un profil très peu présent dans tous les partis.

Le long terme a de la peine à être considéré par la population. Comment voyez-vous l’évolution du discours politique à ce sujet?

J’aimerais que la prise de conscience sur le long terme par la population ne se fasse pas seulement par des crises. Ni en réaction à des études publiques, comme celle parue récemment, qui font monter la cote de l’écologie juste pour une courte période. Je crois qu’un nouvel argument doit être communiqué: les solutions que nous proposons sont non seulement durables, mais ce sont les moins chères! Aujourd’hui, nous ne voyons pas les frais de notre système: ils sont cachés partout, sauf dans les biens que nous consommons. Je pense que la population ne va pas prendre conscience qu’il ne faut pas agir de telle ou telle façon pour des raisons écologiques, mais pour des raisons économiques. Au fur et à mesure, ils vont par exemple se rendre compte que le solaire est une énergie bon marché.

En d’autres termes, les gens s’en fichent de l’écologie et ne pensent qu’à leur argent? 

Certains, oui. Mais d’autres agissent pour créer le changement écologique. C’est le cas avec notre entreprise, où nous avons développé l’image d’une société durable. Par exemple, nous avons fait le choix de placer nos bureaux au centre-ville, ce qui fait que seulement 5% de nos employés viennent au travail en transports individuels motorisés. Dans les entreprises qui sont placées dans les périphéries, les gens n’ont presque pas d’autre choix que de venir en voiture. C’est un véritable mode de vie que j’entends préconiser via Liip, qui est devenu une entreprise cool et sexy.

Comment lier votre discours progressiste à l’idée d’une sauvegarde de l’environnement?

Tout le monde aime la nature. Personne ne dit qu’il faut la détruire, ça n’existe pas. Et pourtant, quand il faut choisir de construire ou non une nouvelle route de contournement sur une surface agricole, le choix est toujours positif. Mais pourquoi exactement devrions-nous construire encore une nouvelle route? Cela n’a aucun sens. Pourquoi même voulons-nous toujours nous déplacer? Je connais très peu de personnes qui adorent faire une heure de chemin pour aller travailler. Pourquoi, par la politique, ne pas repenser la mobilité, au lieu de subventionner le goudron?

Quelle est votre société idéale?

Une société solidaire, mais aussi une société qui considère que chacun a le choix de faire ce qu’il veut de son temps, de sa vie. Je rêve d’une société qui ne court pas derrière le nouvel iPhone. Une société qui cherche à générer de l’argent pour acheter de nouveaux biens est absurde. Ce qui a du sens, c’est de se demander quels êtres humains nous voulons être. Nous nous trouvons actuellement à un moment très intéressant, car les robots se mettent à concurrencer cardiologues, juristes et autres. La question se pose alors plus que jamais: où voulons-nous aller en tant que société? Voulons-nous n’être qu’une roue dans une machine? Ce que nous visons, ce sont les prochains émoticons de WhatsApp, ou le bonheur?

Comment arriver à cette société basée sur l’épanouissement personnel autre qu’économique?

Pour moi, la solution se trouve dans le revenu de base inconditionnel. Cela ne sert à rien de se battre contre des robots et des algorithmes effectuant des tâches que personne n’a réellement envie de faire. Nous devons saisir le moment historique qui s’offre à nous pour priviliéger les actions que nous faisons avec plaisir et non celles que nous faisons à contre-cœur. En fait, les activités que nous aimons faire s’inscrivent souvent dans l’artisanat au sens large, qui apporte une plus-value.

En tant que politicien de gauche, vous osez même pointer du doigt l’administration étatique?

Oui. Si on peut avoir le choix de faire quelque chose qui procure du plaisir, plutôt que de faire de la comptabilité ou d’envoyer des fichiers PDF, par exemple, alors il faut avoir le courage de changer tout le système. Les gens ont peur de cette vision à laquelle ils associent des pertes d’emploi importantes. Or il y en a toujours eu. Il y a cent ans, on travaillait deux fois plus que ce que l’on travaille aujourd’hui. Le travail est donc déjà parti, apparemment. Par contre, on arrive à se payer bien plus de biens qu’il y a cent ans. Que le travail tel qu’on l’entend disparaisse petit à petit, ce n’est pas une fatalité. C’est l’opportunité de nous concentrer sur des activités plus intéressantes.

Une activité intéressante, c’est la politique. Quel est votre objectif personnel dans ce domaine?

J’aimerais siéger au Conseil national. En 2015, je me suis présenté sur la liste des Verts fribourgeois. C’était une réussite pour moi car j’ai eu le meilleur score, mais nous n’avons malheureusement pas obtenu de siège. Sinon, je continue à siéger à la direction des Verts Suisses. J’ai été élu pour un mandat de deux ans et je me représenterai en avril prochain.

Et quelles sont vos ambitions professionnelles?

J’aimerais continuer à développer la société Liip SA que je considère comme un petit bijou. Parallèlement à cela, je suis membre du conseil d’administration de la Banque alternative suisse. Cette activité me demande beaucoup de temps et de formation pour devenir expert en finances dans une banque. Ce qui m’intéresse le plus, c’est le ethical banking. A mon sens, tout le secteur bancaire est amené à se renouveler. La Banque alternative suisse montre le bon exemple.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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1 commentaire

Benoit Denervaud 30 mai 2018 - 20 08 28 05285

Intéressant ce point de vue ! Vous parlez de bonheur, à mon avis c’est aussi vivre selon son cœur et pas seulement selon ses principes, sinon ce serait une belle hypocrisie! Merci

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