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Yémen: comment comprendre la situation actuelle4 minutes de lecture

par Hélène Lavoyer
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Les lundis de lactualité – Hélène Lavoyer

Dès son étatisation en 1990, les conflits pourrissent le Yémen, terre millénaire, situé au sud de la péninsule d’Arabie. Entre guerres de religion, conflits civils, enjeux géopolitiques et économiques, les gouvernements en action sur le territoire se sont multipliés afin d’intervenir en faveur de l’un des groupes combattant pour le pouvoir. La situation insoutenable vécue par les Yéménites reste cependant un fantôme dans le paysage médiatique européen.

Drôle de surnom que celui d’«Arabie heureuse» porté par le Yémen. En effet, si la zone est l’une des plus irriguées de la péninsule arabique – c’est ce qui lui valut ce sobriquet –, elle n’en reste pas moins lieu d’insondables violences. Et ce, avant même la formation de l’Etat en 1990. Scindé en deux jusqu’alors, partagé entre la République arabe du Yémen – pour la partie nord – et la République démocratique populaire du Yémen.

Terre divisée, terre de conflits

Déjà entre 1962 et 1970, une guerre civile fait rage. Une vingtaine d’année plus tard, une tentative de sécession provoquera la mort d’environ huit mille personnes. C’est dès le début du millénaire que s’instigue un conflit armé entre les Houtis, une organisation politique et théologique dont la religion provient d’une branche minoritaire de l’Islam chiite, et le gouvernement en place, représenté par le président Ali Abdallah Saleh.

D’un côté, les opposants politiques du nord, les Houthis – dont l’organisation est fondée par Hussein Al-Houthi et Mohamad Azzane – clament leur marginalisation. Le groupe se divise et l’une des parties se déclare prête à combattre si ses adhérents ne reçoivent pas plus d’autonomie de la part de l’Etat. Hussein Al-Houthi stipule également vouloir «combattre l’hégémonie américaine sur le monde arabe et musulman».

De l’autre, le gouvernement d’Ali Abdallah Saleh est déjà engagé depuis le 11 septembre 2001 pour la lutte antiterroriste avec les Etats-Unis, pour des enjeux politiques notamment. Lors des révolutions du Printemps Arabe de 2011, les manifestants demandent la démocratie, de meilleures conditions de vie et le départ du président Saleh. En 2012, ce dernier se voit remplacé par Abdrabbo Mansour Hadi.

Mêlées internationales et répercussions sociales

L’apparition de nouveaux acteurs intervient quelques temps avant l’exil du président Saleh, en 2009 au moins. Cette année-là, l’Arabie Saoudite intervient militairement  contre les opposants politiques et la situation s’envenime. L’Iran, principal soutien aux Houthis, allonge ses navires de guerre le long des côtes sud du Yémen.

Depuis, la guerre fait rage et la population yéménite, elle, reste en proie à cette situation et aux bombardements. Des villes millénaires sont ravagées et plus de deux millions de personnes ont fui le pays à l’heure actuelle. Des déplacés, des malades atteints par le choléra qui a touché près de trois cent mille personnes en 2017, des morts, vingt millions de personnes souffrant de la famine et une population au bord du gouffre, dépendante de l’aide humanitaire.

Pour des raisons économiques et sociétales – la route maritime qui permet l’acheminement du pétrole en Europe longe la partie sud du pays –, l’Europe est donc également concernée par le conflit. Pourtant, il s’agit d’un conflit dont l’opinion publique n’a que peu conscience. Aujourd’hui, le bilan s’annonce lourd pour la population.

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«Les indicateurs de santé nous rappellent combien ce conflit a accéléré les conditions de vie, d’accès aux soins, de populations civiles avec des pathologies classiques de la grande précarité», indique Jean-François Corty, directeur des opérations internationales médecins du monde, le 1er février 2018 sur France Culture.

Aujourd’hui, la coalition saoudienne a déjà lancé un assaut sur Hodeïda, qui constitue le principal port et donc accès à la population pour les organisations humanitaires. L’ONU et Médecins sans frontières lancent depuis longtemps déjà des appels aux organismes européens – le Conseil des Droits de l’Homme notamment – pour une décision et un secours humanitaires possible.

Ecrire à l’auteure: helene.lavoyer@leregardlibre.com

Crédit photo: © Wikimedia Commons / Bernard Gagnon

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