Archives du mot-clé guerre

La Chine, première puissance mondiale

Le Regard Libre N° 31 – Clément Guntern

Depuis une dizaine d’années, la croissance chinoise ininterrompue a fait émerger le pays sur la scène internationale. A tel point que la Chine a dépassé partiellement les États-Unis. Ce changement dans le rang des puissances va-t-il avoir des conséquences ?

La transition de pouvoir décrit un phénomène récurrent dans l’Histoire : la puissance d’un pays augmente, ce qui fait accroître ses prétentions territoriales, militaires et économiques. Face à cette menace montante, le pays le plus puissant se sentira menacé et entrera en conflit avec son rival. La description de ce mécanisme date de l’Antiquité, notamment de Thucydide dans La Guerre du Péloponnèse affirmant que la puissance montante d’Athènes devait s’opposer à celle bien établie de Sparte dans une guerre. Ainsi, au terme de la guerre, soit la puissance montante est remise dans son rôle de seconde puissance, soit elle prend à son tour le rôle d’hégémon.

L’autre exemple classique de cette théorie est l’Empire allemand fraîchement réunifié par Bismarck. Celui-ci montait et s’opposait de plus en plus à la puissance britannique par une grande croissance économique et militaire ainsi que de plus en plus de revendications territoriales. La tension en Europe a dû être résolue par la Première Guerre mondiale. Cette conception a été reprise par le mouvement réaliste dans les relations internationales, qui n’explique les interactions étatiques que par des rapports de pouvoir. Lire la suite La Chine, première puissance mondiale

Washington, Pyongyang et le téléphone rouge

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

La tension est montée en un rien de temps. Après les lancés de missiles nord-coréens du 4, 8 et 28 juillet derniers, Donald Trump n’a pas laissé planer le doute quant à la posture qu’il comptait tenir face à Kim Jong-un. Il a promis mardi à son ennemi, dans un élan d’improviste, « un feu et une fureur que le monde n’a jamais vus jusqu’à présent ». Ce point culminant des appels belliqueux ne fut pas sans rappeler la rhétorique de Harry Truman en 1945, déclarant aux Japonais qu’allait s’abattre sur eux « une pluie de destruction venant des airs comme on n’en a jamais vue sur cette Terre ».

Subitement, le chef de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a menacé en premier lieu l’île de Guam. Toujours dans un registre apocalyptique, il a condamné ce territoire américain en proximité de la péninsule à être « enveloppé par le feu ». Concernant les USA, sans trop de surprise de vocabulaire, ils deviendraient « un océan de feu ». C’est là tout l’enjeu des missiles intercontinentaux.

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Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

Le Regard Libre N° 30 – Loris S. Musumeci

Regard vers le peintre-poète : Chagall (3/3)

Les années cinquante marquent le moment trouble qui fête une guerre achevée, mais pleure encore ses douloureuses reliques. Le Champ de Mars (1955) traduit ce regard mélancolique et joyeux de Marc Chagall (1887-1985) sur Paris, ville qu’il a aimée.

Paris. Chagall y vécut de nombreuses années ; si bien en pauvre débutant, qu’en peintre reconnu et admiré. De la misère en sa location à « la Ruche », recoin des bohèmes, il raconte dans Ma Vie : « Atelier comblé de tableaux, de toiles qui n’étaient pas d’ailleurs des toiles, mais plutôt mes nappes, mes draps, mes chemises de nuit mis en pièces. » Alors même que « Paris ! Il n’y avait pas un mot qui fût plus doux pour moi. » En 1941, l’artiste est poussé au port de Marseille par la guerre qui fait rage, et embarque pour l’Amérique. Paris sera retrouvé, après la guerre. En deuil.

Marc Chagall, "Le Champ de Mars"
Marc Chagall, « Le Champ de Mars »

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Emir Kusturica nous emmène sur sa voie lactée avec Monica Bellucci

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« D’après trois histoires vraies et une imagination débordante » : ainsi commence On the Milky Road. Dans une Yougoslavie en plein conflit, un petit coin de paysannerie apparaît à l’écran. Des oies, rappelant celles du Capitole qui – selon l’historien latin Tite-Live – prédirent une invasion gauloise, se baignent dans le sang d’un porc que l’on vient de tuer. Un incipit à l’image de tout le long métrage : du tragique et du comique barbouillant dans le même récipient au son de la langue serbe.

Les couleurs, ce sont aussi elles que l’on remarque aussitôt : bien avant le laitier Kosta (interprété par le réalisateur lui-même, Emir Kusturica) et sa sœur Milena (Sloboda Micalovic), c’est le décor qui est le premier personnage du film. Des paysages à couper le souffle, un soleil qu’on dirait divin, des animaux omniprésents. Cet univers est aussi fantasque. Une poule qui sautille devant un miroir, des oiseaux qui dansent, une horloge qui « mord » tous ceux qui veulent la réparer : on comprend que le cinéma de Kusutrica puisse diviser. Lire la suite Emir Kusturica nous emmène sur sa voie lactée avec Monica Bellucci

Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Le Regard Libre N° 29 – Loris S. Musumeci

En plus d’être jeune et charmante, Elisa Shua Dusapin apparaît sur la scène des lettres romandes comme une révélation envoûtante, pour sa plume délicate et son sens du métissage. De mère coréenne et père français, l’écrivain a grandi à la frontière de ces deux cultures. Ce qui a donné une tonalité multiculturelle à son premier roman, Hiver à Sokcho (2016). Il y est question de la rencontre entre une narratrice franco-coréenne dont on ne connaît le nom et Kerrand, un auteur de bande-dessinée normand. Elle, travaille dans une pension miteuse pour financer ses études ; lui, devient son hôte en quête d’inspiration. Se tisse entre ces deux êtres, que tout semble séparer, un lien empreint d’angoisse et de sensualité, de lassitude et de pudeur. Cette œuvre simple et percutante connaît un vrai succès, qui lui a valu récemment de nombreux prix.

Loris S. Musumeci : Vos origines familiales ne sont pas sans liens avec le roman. De quel joyeux métissage êtes-vous issue ?

Elisa S. Dusapin : D’emblée, il est pour moi fondamental d’établir qu’Hiver à Sokcho n’est pas une autobiographie. Le seul point commun que l’on retrouve entre la narratrice et moi, c’est l’origine franco-coréenne. Ma mère étant Coréenne et mon père Français. Je suis née en France, mais la plus grande partie de ma vie s’est déroulée ici, à Porrentruy. Ma protagoniste est en revanche née en Corée et ne connaît la France que par la littérature. Lire la suite Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

« Dunkerque», et les visages de la guerre

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

« Ce film est dédié à tous ceux dont la vie a été ébranlée à Dunkerque. »

La rue est déserte. Seuls quelques coups de feu retentissent dans le silence de la mort. Des cadavres de papier volent çà et là. Un jeune soldat anglais court, seul. Il rejoint la plage pour quitter ce bastion de défaite : Dunkerque. Les Allemands ont pris en otage les Alliés. Enfermés comme des rats au bord de la mer, ce sont 400’000 hommes qui attendent le salut, qui « attendent un miracle ».

En parallèle, des bateaux de plaisance britanniques s’engagent pour aller libérer leurs soldats ; les destroyers ne suffisant pas. Quarante infimes kilomètres divisent les deux côtes, mais les bombes des avions de l’Axe compliquent fortement la mission. C’est de ce fait dans l’air que se joue la troisième histoire de Dunkerque. Un preux aviateur de la Royal Air Force, quasiment à vide de carburant, virevolte dans un combat sans merci pour protéger les bateaux et la plage de l’ennemi.

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Marc Chagall, « La Crucifixion blanche »

Le Regard Libre N° 29 – Loris S. Musumeci

Regard vers le peintre-poète : Chagall (2/3)

Après le délicieux Anniversaire chantant l’amour, le contexte politique en Europe oblige Marc Chagall (1887-1985) à changer de ton. Pour ce deuxième épisode consacré au peintre-poète, La Crucifixion blanche (1938) livre une scène d’horreur et d’espérance.

Les drames de l’Histoire n’ont jamais cessé d’inspirer les artistes. Il est nécessaire d’exprimer sous la plume, au marteau ou d’un pinceau la misère indicible du monde pour éveiller les consciences, consoler les victimes. Nombreux sont ceux qui s’adonnent à la pratique depuis le siècle dernier. De Bardamu au cœur de la Grande Guerre dans le Voyage au bout de la nuit, jusqu’aux Gueules de la terre du sculpteur contemporain Patrice Alexandre, en passant par les hurlantes photographies d’enfants en pleine guerre du Viêtnam, et l’inévitable Guernica présenté en 1937. Lire la suite Marc Chagall, « La Crucifixion blanche »