Archives par mot-clé : art d’écrire

Pensées journalistiques (3/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Assurément, le délectable et fin art d’écrire n’a pas disparu. Comme nous l’évoquâmes tantôt, la Toile a détérioré la qualité du journalisme en général, néanmoins elle ne l’a de loin pas détruite. Au crépuscule d’une grandeur, on se prépare déjà à l’aurore d’une immensité. J’évoque une sentence personnelle au caractère typique pour proclamer l’espérance, parce que je crois profondément que, malgré un actuel affaiblissement amer de la pratique de la langue française, et cela se remarque jusque dans les journaux au quotidien, tout se prête à prendre conscience de ce défaut littéraire. Les amants du beau langage sauront tenter d’y remédier ; c’est d’ailleurs déjà le cas chez les véritables hommes de culture d’aujourd’hui. Il en va de même pour ce qui concerne l’engagement honnête et entier que l’on observa chez un Zola dreyfusard ou un Camus résistant. Existe encore, en effet, le philosophe qui serait prêt à donner sa vie pour ses idées, subissant une multitude de blâmes, mais quelques reconnaissances méritées et réconfortantes aussi.

J’aimerais rendre hommage ici à un homme qui, face à des railleries constantes, sut humblement répondre avec grande justesse : « Je suis un homme amoureux, j’ai des amis que j’admire et un fils qui a pris son envol. Comme disait mon père : que demande le peuple ? ». Ces paroles furent prononcées sur le plateau télévision de Des paroles et des actes du 21 janvier 2016 sur France 2, alors que l’on avait dit de lui, par provocation, qu’il aimait le malheur ; en d’autres termes, que ce n’était qu’un vieil aigri tourmenté, comme on a l’habitude de le désigner en ricanant. Il s’agit d’Alain Finkielkraut. Il me plairait de livrer ici un de ses articles qui, à la manière de nos deux articles historiques, témoigne d’un profond ancrage dans le débat d’idées enveloppé d’un style attentionné. Ce dernier parut dans le journal Libération du 9 septembre 2014. Notre philosophe s’immergea dans la plume du Président François Hollande. Voici l’intégralité de l’article : Continuer la lecture de Pensées journalistiques (3/3)

Pourquoi écrit-on? Ionesco et la question des questions

Le Regard Libre N° 6 Jonas Follonier

L’étude d’Eugène Ionesco en cours de littérature française m’a incité à lire ses Notes et contre-notes: à la question «Pourquoi écrivez-vous?», l’auteur de Rhinocéros livre cette réponse:

«Si un écrivain, un auteur, me demandait, à moi, pourquoi je lis, pourquoi je vais au spectacle, je répondrais que j’y vais, non pas pour avoir des réponses mais pour avoir d’autres questions; non pas pour acquérir la connaissance, mais, tout simplement, pour faire connaissance avec ce quelque chose, avec ce quelqu’un qu’est une œuvre. […] L’écrivain est embarrassé par les questions qu’on lui pose parce qu’il se les pose lui-même et parce qu’il s’en pose bien d’autres, parce qu’il se doute aussi qu’il y a d’autres questions qu’il pourrait se poser mais qu’il n’arrivera jamais à se poser; encore moins à leur répondre.»

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Cette pensée est confondue avec les interrogations existentielles de Ionesco: «Ne sachant donc pas quel est le but de l’existence, je ne sais pas non plus tout à fait exactement pourquoi j’écris.» Et si le but de l’existence était d’écrire? Ecrire au sens large, écrire ses pensées, écrire son destin. Et si le but de l’écriture était de vivre?

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Jonas Follonier pour Le Regard Libre