Archives par mot-clé : banlieue

«Dogman»: une vie de chien dans toute sa splendeur cinématographique

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Casse-toi, espèce de lâche!»

A coups de «Bravo, amore», Marcello, dit Marcè, lave, masse, soigne, nourrit et promène les chiens qui lui sont confiés. Son modeste cabinet, le Dogman, marche plutôt bien, même si la banlieue du Latium où il se situe laisse plutôt penser qu’on devrait davantage songer à s’occuper des êtres humains que des chiens. Marcello a aussi une fille, qu’il adore. En somme, les deux amours de sa vie sont les chiens et sa fille. Et puis, il a encore quelques bons amis dans le quartier, avec lesquels il discute de tout et de rien, et partage de généreuses spaghettate sur la terrasse du seul restaurant du coin.

Dans ses fréquentations, rôde aussi un certain Simone. Une brute pur-sang. Un colosse de violence au nez bossu par l’habitude des coups. Il tape sur tout ce qui bouge quand ses nerfs sont à bout; et ses nerfs sont toujours à bout. Pourtant, il semble y avoir une certaine affection entre lui et Marcello. Ce qui les lie: la cocaïne. Les deux s’en procurent et se la partagent. De temps en temps, il sortent voir des filles. Et si le cœur leur en dit – surtout à Simone – ils s’organisent un petit cambriolage vite fait bien fait. Mais ce cercle vicieux ne peut plus durer, surtout quand Simone commence à devenir violent également avec celui qu’il appelle son ami, et qu’il le pousse à commettre l’irréparable.

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« Le Brio »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Ce qui compte, c’est d’avoir raison ; la vérité on s’en fout. »

La banlieue parisienne, traversée par le métro. Neïla Salah (Camélia Jordana) se rend en Place du Panthéon, à l’Université Assas, pour un premier jour d’études en droit. Son retard de cinq minutes lui coûte cependant l’attention du professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil). Face à une assemblée ébahie, le docte orateur humilie la jeune étudiante sous des jeux de mots et des remarques pointant directement du doigt le faciès sémite de Neïla. Comme si cela ne lui suffisait pas pour s’attirer des problème, il enchaîne avec une critique moqueuse de l’islam. La haine est signée. Pierre Mazard est convoqué par le doyen de la faculté. Seule solution de rachat : préparer la proie de la rentrée au prestigieux concours d’éloquence.

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« Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Genia (Mariana Spivak) et Boris (Alexeï Rozin) s’apprêtent à divorcer, chacun étant embarqué dans une nouvelle aventure sentimentale. Leur fils Aliocha (Matveï Novikov), 12 ans, n’en peut plus de leurs disputes et sanglote en silence. Il manque si cruellement d’amour de la part de ses parents que ceux-ci mettront du temps à remarquer sa fugue. Ou son enlèvement, qui sait. Sa disparition ne va cependant rien arranger à la haine que les époux en voie de séparation se vouent l’un pour l’autre.

Faute d’amour, c’est le film que la presse francophone adule en ce moment à une quasi-unanmitié. Il faut dire que ce cinquième long métrage du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes. La force de ce film ? Son réalisme, d’une part, et son art, d’autre part. Deux éléments qui, bien assemblés, donnent lieu à un chef d’œuvre – ne pensons qu’à Flaubert dans le domaine de la littérature, qui a réussi à glisser le plus grand génie littéraire dans Madame Bovary, un roman a priori difficile à lire par l’ennui qui lui est intrinsèque. Continuer la lecture de « Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque