Archives par mot-clé : hélène lavoyer

«Monsieur»: quand cendrillon porte un sari et un rêve

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

Un plan large sur une jeune femme dans une pièce dont la faible luminosité contraste avec l’éclat présent au-dehors. Silencieusement, nous la suivons jusqu’à l’extérieur et découvrons un village de campagne, en Inde. Les couleurs sont terre et sable, l’orange, le bleu et l’argenté des saris saute aux yeux et on entend les bruits de nature et des éclats de voix. La jeune femme, Rajna, dit au revoir à sa grand-mère et à sa sœur avant de s’installer à l’arrière d’une moto et de commencer son retour à Bombay. Son visage n’affiche ni joie ni tristesse mais plutôt une résignation.

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«Le dernier été»: une bonne chanson, mais pas un tube

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Premier roman de Benedict Wells, Le dernier été propose de rencontrer Beck, «un prof guetté par la quarantaine» ayant enchaîné les histoires sans lendemains, les soirées avec son seul ami Charlie, et qui trouve un jour en Rauli Kantas, l’un de ses élèves, la possibilité de se ressaisir d’un vieux rêve qu’on lui avait arraché: devenir un musicien reconnu mondialement. Rauli est jeune, inconscient de son talent, et Beck en crise existentielle les imagine déjà Rauli, Charlie, lui et Lara, la première femme – et la seule personne – qui puisse lui faire ressentir cette émotion étrange et déstabilisante qu’est l’attachement sincère.

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«Mortal Engines» ou la brutalite de l’ennui

Les mercredis du cinéma –  Hélène Lavoyer

Après une guerre qui ravagea la terre pour en faire un terrain hostile, l’humanité vit juchée sur des villes mobiles. Londres, la plus gourmande d’entre elles, survit grâce aux cités antiques dont se nourrissent ses moteurs. Les populations de ces dernières se voient sauvées de leur condition de pauvreté et d’insalubrité, adoptent l’idéologie londonienne qui présente la chasse comme un jeu et la destruction de ces villes comme une victoire, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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«Putain D’AVC!» : un temoignage indispensable et touchant

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Un titre fort, dont la colère et la frustration qui surviennent lors d’un accident vasculaire cérébral (AVC) transparaissent bien. Chamboulé par cet événement qui transforma sa femme énergique et restant «joyeuse, heureuse, courageuse, au-delà, souvent, de la raison», Simon Roger-Vermot livre à travers un journal de bord rédigé au cours des semaines passées au chevet de sa femme ou dans les couloirs et autres salles d’attentes des institutions de soin un compte-rendu de l’expérience qu’impose un proche atteint d’un AVC.

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«Lazzaro Felice»: une fable documentaire foudroyante

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

«Lazzaro! Lazzaro!
Lazzaro!
Lazzaro!»

Lazzaro est un jeune garçon d’une vingtaine d’années, à la carrure robuste, aux boucles sombres et aux yeux vert d’eau. Travailleur, il récolte le tabac pour la riche Marquise de Luna (Nicoletta Braschi) avec cinquante-trois autres paysans et paysannes, tous condamnés au labeur le plus rude et à une misère matérielle plus sèche encore que la terre de ce paysage de l’Italie profonde, rocailleux, presque désertique en été. Trois ou quatre générations survivent donc dans ce hameau qu’est l’Inviolata, propriété de la Marquise. Continuer la lecture de «Lazzaro Felice»: une fable documentaire foudroyante

La découverte d’un nouvel intime

Le Regard Libre N° 44 – Hélène Lavoyer

L’amour! L’Amour «vrai»! Incessant partage dont jugements et craintes sont absents, complicité éternelle, permettant de braver à deux tous les périls d’une vie. Ce rêve, cette considération normative de la relation de couple et de l’amour, François Jullien (philosophe, helléniste et sinologue) l’attaque à travers une analyse fine de la sémantique et de la conscience que l’on a de l’«intime». Son essai De l’Intime affirme un genre unique de relation, un nouveau «vivre ensemble».

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«Les bonnes intentions» d’un cinéma moyennement bon

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

«Mais ils ne font rien de mal!
Ils ne font rien de bien non plus.»

A la suite des traditionnelles publicités à rallonge plus scénarisées que des films de Nolan, l’écran se fait finalement noir, son champ s’élargit et annonce le début de la projection du long-métrage Les bonnes intentions de Gilles Legrand (réalisateur des touchants Belle et Sébastien). Toujours dans l’exploration du relationnel, cette œuvre-ci dépeint l’histoire d’Isabelle, une française de vocation humanitaire, ainsi que de sa famille. Continuer la lecture de «Les bonnes intentions» d’un cinéma moyennement bon

«Bohemian Rhapsody»

«Ça ne finit jamais! Six fichues minutes!
(Freddie): Je plains ta femme si tu penses que six minutes, c’est long.»

En 1970, Farrokh Bulsara, la vingtaine à peine dépassée, se plante devant Brian May et Roger Taylor. Armé de son style excentrique, d’une attitude mi-farouche mi-pédante et de sa voix d’ange déchu, capable de percer le silence le plus dense et d’évoluer entre graves et aigus avec une aisance déconcertante, «Freddie» convainc les membres du groupe Smile et devient leur chanteur principal. Rapidement, Freddie propose un nouveau nom de groupe: QUEEN.

«Il nous faut quelque chose qui claque, dont les gens se souviendront.» Continuer la lecture de «Bohemian Rhapsody»

«On n’arrête pas un peuple qui danse»: quand l’énergie du cœur fait la guerre au désespoir

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Lorsque Sarah enfourche sa Part (une moto de 125cm3) syrienne en 2015, quatre ans après son retour de Syrie, la réalité de conflits dont la plupart ne connaissent que le récit médiatique est déjà ancrée dans l’esprit de la jeune femme. Pourtant, guidée par un feu intérieur et armée d’un culot bienvenu, elle entame la route qui l’emmènera sur les terres mixtes du Liban, qu’elle fait découvrir au lecteur en combinant un humour sarcastique et spontané, avec un ton grave, inévitable pour parler de la «sur-vie» imposée aux êtres sur les terrains de ces guerres où de multiples acteurs tentent de prendre le dessus. Continuer la lecture de «On n’arrête pas un peuple qui danse»: quand l’énergie du cœur fait la guerre au désespoir

Micro-récit d’un grand voyage intime en Corée

Le Regard Libre N° 43 – Hélène Lavoyer

«C’est un choix plutôt inhabituel!», «Tiens, étonnante destination…», «Mais qu’y a-t-il là-bas?», «Pourquoi partir un mois seule en Corée du Sud?», «Corée du Sud ou du Nord?». Petite anthologie des questions qui sont posées lors d’un départ en Corée du Sud, interrogations révélatrices de la méconnaissance que nous avons de ce pays où tout semble toujours s’étendre vers deux extrêmes, dessinant un immense paradoxe façonné par de paisibles temples, de la pollution, de la conservation et de la consommation.

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