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Stephan Eicher au Théâtre de Beausobre

Le Regard Libre N° 37 – Alexandre Wälti et Hélène Lavoyer

Sur la scène en pagaille où se mêlent instruments et confettis, quelques chaises désordonnées attestent d’un remue-ménage nocturne. Près du jukebox, un homme semble dormir sur un banc. Une guirlande d’ampoules de couleur pend par-dessus lui. Sur les notes d’un accordéon automatique, une deuxième personne entre en scène, balaie les confettis entre une échelle et une flopée d’instruments. Le tuba est posé au milieu de la scène, un trombone patiente avec deux guitares électriques près du piano et l’indispensable batterie attend au fond à droite.

La scène ressemble à un lendemain de carnaval dans un bistrot où s’est endormi un dernier client. C’est assez à l’image de la musique balkanique du Traktorkestar, bordélique et folle, qui partage l’affiche avec Stephan Eicher et la beatboxeuse Steff La Cheffe. A entendre les sifflements et le tonnerre d’applaudissements qui le portent sur scène, on pourrait croire à un public adolescent devant l’idole du moment. Mais à cinquante-sept ans, l’homme a déjà fait ses preuves et rassemble un public fidèle depuis son album de 1983, Les Chansons Bleues. Des Alémaniques et des Romands se tiennent là, dans le vaste Théâtre deBeausobre, prêts à danser et chanter.

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Le Chant des Scorpions, ou les abîmes du désert du Rajasthan

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Piqûre de scorpion, morsure de serpent, elle écoute le poison. Et elle chante. Le mantra des scorpions. » Aadam

Des creux souples des dunes de l’immense espace désertique du Rajasthan s’élève un chant, lent. « Ô mon maître, entends ma prière », entonne Nooran (Golshifteh Farahani), accroupie au chevet d’un mourant piqué par un scorpion. Le village entier écoute, comme ensorcelé par la voix portée dans la nuit grâce au vent, part remuer les grains de sable beige et fin.

Un peu à l’écart, Aadam (Irrfan Khan) se lève, comme saisi par la beauté du chant et des traits fins de la guérisseuse. Lentement, il reprend place alors qu’à ses yeux monte une marée de larmes. Son compagnon de route, apparemment lassé de suivre la farouche Nooran, se montre insensible aux chants ancestraux qu’elle entonne sans crainte ni voile afin de guérir les hommes.

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Philosophie punk et renouveau d’un style

Le Regard Libre N° 37 – Hélène Lavoyer

A l’érosion du mouvement hippie qui avait déjà rejeté la société consumériste, les valeurs traditionnelles ainsi que les nombreux tabous et clôtures entre groupes sociaux, se dessine l’avènement d’un nouveau genre : le punk. Le mouvement qui naît à New York vers le milieu des années 1970 au travers de la scène musicale (The Ramones, Television, Suicide) se déploie ensuite au Royaume-Uni. Petite description de ce mouvement hors du temps et du monde.

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Affaire Skripal : l’enquête et les enjeux diplomatiques

Les lundis de l’actualité – Hélène Lavoyer

Sergei Skripal et sa fille Yulia – respectivement 66 et 33 ans – ont été empoisonnés le 4 mars dernier à Salisbury, en Angleterre. La Première ministre du pays, Theresa May, pointe du doigt la Russie. Alors que les gouvernements américain et français soutiennent cette hypothèse, de nombreux points restent obscurs.

Durant les années 1990, Sergeï Skripal opère comme agent double pour le Royaume-Uni alors même qu’il est encore colonel de la direction générale des renseignements (GRU) russes. Durant cette période, l’homme est soupçonné d’avoir délivré des informations – notamment concernant les lieux et heures de rencontres d’agents russes – à l’Angleterre. Lire la suite Affaire Skripal : l’enquête et les enjeux diplomatiques

Régimes sans viande et véganisme : vraiment « écolo » ?

Le Regard Libre N° 36 – Hélène Lavoyer

Actuellement, les discussions de tous les jours portent souvent sur nos modes d’alimentation. Tandis que les régimes sans viande, et notamment le véganisme, semblent gagner de plus en plus de terrain, leurs vertus environnementales ne seraient pas si évidentes que cela. Il se pourrait que le régime choisi ne soit pas le bon indicateur concernant l’empreinte écologique.
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« Chien » : la passivité de la compréhension

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« On a un personnage qui est dénué de cynisme et qui n’a pas d’ambition. Mais qui va essayer de vivre quand même. » Samuel Benchetrit

Jacques (Vincent Macaigne) est un chien. En tant que tel, il observe les gens. Les aide, de temps en temps. Jacques aime la douceur. C’est un chien. Quand il se fait quitter par sa femme (Vanessa Paradis), Jacques ne dit rien. Il ne pleurniche même pas car il comprend. Mais il revient, trouve les tennis rouge de taille 47 à l’entrée de la porte de la chambre du couple qu’il formait avec elle. Son fils, Victor (Tom Canivet), le surprend dans sa chambre et le regarde depuis son lit alors que Jacques lui sourit dans la pénombre. Il ne dit rien. Ne sourit pas en retour.
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« La Forme de l’Eau » : les rêveries des invisibles

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Incapable de percevoir ta forme, je te trouve tout autour de moi. Ta présence emplit mes yeux d’amour et rend humble mon cœur, car tu es partout. »

Le quotidien d’Elisa (Sally Hawkins) transpire d’une routine millimétrée et d’une solitude brisée par les paroles de ses deux amis – son voisin de palier Giles (Richard Jenkins) et sa collègue, Zelda (Octavia Spencer), qu’elle retrouve chaque jour en retard au laboratoire gouvernemental de Baltimore où elles récurent toute la journée.

Mais la monotonie dont semble s’accommoder Elisa, silencieuse à cause de son mutisme, éclate à l’arrivée du nouvel « atout » américain (Doug Jones), suivi de près par son geôlier Richard Strickland (Michael Shannon) et le Dr. Robert Hostettler (Michael Stuhlbarg). Enchaîné dans une piscine salée loin de son Amérique Latine natale, torturé par l’indifférence et la peur de l’altérité subie par Strickland, l’atout et l’aphone se lient sans mots.

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