Archives par mot-clé : le figaro

« Et moi je vis toujours », le roman posthume de Jean d’Ormesson

Article inédit – Jonas Follonier

Longtemps, j’ai erré dans une forêt obscure. J’étais presque seul. Peu de voisins, pas d’amis. Pour ainsi dire pas de parents. J’ai à peine connu ma mère qui m’avait donné son lait. Je n’ai guère eu le temps de m’attacher à elle. Mon père n’était jamais là. Il se promenait, il courait les filles, il se battait, il chassait.

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« The Square », un moule à Palme d’or

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pourquoi est-ce si difficile à avouer que le pouvoir est attirant ? »

Christian est le beau gosse cinquantenaire. Riche, chic, adulé, haut placé et merveilleusement bobo. Sa fonction lui va bien, il est en effet conservateur du musée d’art contemporain de Stockholm. Lui et son équipe, tout aussi branchée et bien-pensante, se préparent à accueillir l’œuvre sociale d’une artiste argentine : « The Square ». La pièce n’est en fait qu’un carré délimité par un cordon lumineux où il est écrit que celui-ci est « un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Tous y sont égaux en droits et en devoirs. »

Ironie du sort, coïncide à la préparation de l’exposition le vol que subit Christian. Dans une mise en scène où une femme accoure criant au secours alors qu’un homme veut la tuer, le conservateur, se croyant un héros, la protège fièrement après une hésitation craintive. Quelques instants plus tard, il prend conscience du piège grotesque dans lequel il s’est foulé. Téléphone portable, portefeuille et boutons de manchette ont disparu. Quelle cohérence de vie se doit-il désormais d’appliquer entre son carré d’altruisme et la violente lettre de menaces qu’il adresse aux locataires d’un bâtiment de banlieue, où son téléphone est localisé par Apple Assistance ?

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« Ça », un film sur la peur

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« Ça connaît toutes les peurs et ça nous les montre. »

Après-midi de pluie sur la petite ville de Derry. Un doigt trace un sourire sur la vitre embuée ; une main s’applique à un minutieux pliage. Georgie a demandé à son grand frère Bill de lui fabriquer une frégate en papier. Maman joue du piano au salon. Vêtu d’un anorak jaune, Georgie sort, seul, pour courir après son jouet flottant. La musique mignonette se mêle au rire enthousiaste.

Après une chute, l’enfant remarque que son bateau glisse dans une bouche d’égout. Désespéré, il se précipite vers le trou du malheur. « Moi, je m’appelle Grippe-Sou, le clown dansant », annoncent d’un rauquement les yeux bleus cachés dans le noir sous-terrain. Quelques mots sont échangés entre Georgie et sa mystérieuse rencontre. Et lorsqu’il tend le bras pour récupérer la frégate, le voilà aussitôt agressé et traîné par le clown dans l’égout. Il ne reste qu’une flaque de sang sous les gouttes violentes de la tempête.

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« A bras ouverts », une comédie pas drôle du tout

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 1er mai 2017, 20h30 – 21h00

A bras ouverts. Après le succès de son très bon film Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (2014) qui mettait en scène Christian Clavier dans le rôle du traditionnel Français de droite confronté au multiculturalisme avec les compagnons de ses filles, Philippe de Chauveron signe son huitième opus. Du côté de la distribution, on retrouve Christian Clavier et Ary Abittan. L’histoire part aussi de la même idée, sauf que cette fois, ce n’est pas la bourgeoisie catholique qui se heurte à la différence, mais la gauche caviar.

En effet, Clavier incarne Jean-Étienne Fougerole, une caricature évidente des intellectuels multiculturalistes à la Bernard-Henri Lévy. Sur un plateau de télévision, il cède à la pression populaire pour ne pas être le perdant du débat et déclare, devant son contradicteur d’extrême-droite, qu’il serait prêt à accueillir des Roms chez lui pour montrer l’exemple. Bien sûr, son appel généreux va être pris à la lettre. Des « gens du voyage » vont débarquer chez lui. Continuer la lecture de « A bras ouverts », une comédie pas drôle du tout