Archives par mot-clé : libéralisme

Non à l’avortement: quand l’Etat se met à faire le bien

Le Regard Libre N° 42 – Diego Taboada

Le refus du droit à l’avortement en Argentine a été révélateur d’un malaise peu évoqué qui traverse les sociétés: l’acharnement des Etats à décréter et imposer ce qui est bien, en oubliant de faire respecter ce qui est juste.

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«I feel good» – vraiment, Jean Dujardin?

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Dans cette farce aux allures de sketch de dix minutes qui a mal tourné, Jean Dujardin incarne Jacques, un paumé convaincu par les bienfaits du capitalisme. L’homme n’est rien, il se rêve grand patron. Pire, il sait qu’il va l’être, il est convaincu qu’il doit l’être, qu’il ne peut que l’être. Mais il ne sait rien faire, et surtout pas des travaux manuels. Pourtant, c’est aux portes d’une communauté Emmaüs qu’il va toquer, près de Pau, gérée par sa sœur Monique, interprétée par Yolande Moreau. Il va alors y présenter sa (brillante) idée de se lancer comme indépendant à la tête d’une petite entreprise de chirurgie esthétique low-cost.

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Pourquoi aime-t-on détester le libéralisme?

Le Regard Libre N° 41 – Diego Taboada

Le terme « (néo)libéralisme » est utilisé régulièrement dans le débat public pour critiquer ou discréditer tant une personne qu’une opinion. Mais savons-nous vraiment de quoi nous parlons ? Pourquoi le libéralisme est-il si mal vu ? Retour sur les causes d’un désamour.

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François Asselineau: «J’ai créé mon parti par désespoir»

Le Regard Libre N° 43 (à paraître) – Jonas Follonier

François Asselineau fut candidat à l’élection présidentielle française de 2017. Classé parmi les « petits candidats », il était le seul à proposer une sortie de la France de l’Union européenne. Jugé complotiste par certains, lucide par d’autres, l’homme est dans tous les cas très intéressant. Rencontre avec le président de l’Union populaire républicaine.

Jonas Follonier : Le lancement immédiat d’une procédure de sortie de l’Union européenne, de l’Euro et de l’OTAN se trouve au cœur de la ligne politique de votre parti, n’est-ce pas ?

François Asselineau : J’ai créé l’UPR le 25 mars 2007, le jour même du cinquantième anniversaire du Traité de Rome. Lorsque nous avons déposé les statuts à la préfecture de police de Paris, la nécessité d’une sortie de l’Union européenne était inscrite dans l’objet même du parti politique. Ce n’est donc pas quelque chose de conjoncturel. En ce moment, un certain nombre de personnes sur la scène politique française et européenne commencent à se poser des questions sur l’UE. Tant mieux, mais personne ne peut nier que j’ai eu la primeur de cette affaire, puisque cela fait depuis onze ans et demi que c’est ma proposition. Ce qui fait aussi la caractéristique de notre parti, c’est qu’il n’y a aucune ambiguïté sur notre objectif : il s’agit de sortir de l’Union européenne de façon juridique par l’article 50. Celui-ci impose une négociation qui doit durer deux ans au maximum.

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« Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Ploukitudes donne matière à penser. L’ouvrage est bouleversant tant il touche un point intime de l’homme, à savoir son côté plouc. Il a fallu qu’un philosophe (Jean Romain) et un journaliste (Stéphane Berney) travaillent ensemble pour peindre la société dans ses revers les plus absurdes et tragiques, à travers leur analyse sociologique. Rencontre dans un café plouc de la gare de Genève.

L. M. et J. F. : Qu’est-ce qui vous a poussés à écrire ensemble le livre Ploukitudes ?

Jean Romain : Je publiais des billets sur Facebook, pour constituer une sorte de manuel pratique de ploukitudes par petits épisodes. Stéphane Berney m’a alors contacté pour m’exposer son idée de transformer cette succession de billets assez disparates en un ouvrage plus structuré.

Stéphane Berney : Il y avait quelque chose de très puissant dans ses billets. Je trouvais que c’était dommage de ne les laisser qu’à Facebook, car ce sont des idées qui résument beaucoup de choses sur la société actuelle, et on voit d’ailleurs que le livre est en train de prendre son envol.

L’idée de base, c’est le plouc. Qui est-il ?

J. R. : Le plouc n’est ni le beauf, ni le con. C’est une personne qui essaie de se mettre à la mode parce qu’elle se sent larguée. Continuer la lecture de « Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

La Chine, première puissance mondiale

Le Regard Libre N° 31 – Clément Guntern

Depuis une dizaine d’années, la croissance chinoise ininterrompue a fait émerger le pays sur la scène internationale. A tel point que la Chine a dépassé partiellement les États-Unis. Ce changement dans le rang des puissances va-t-il avoir des conséquences ?

La transition de pouvoir décrit un phénomène récurrent dans l’Histoire : la puissance d’un pays augmente, ce qui fait accroître ses prétentions territoriales, militaires et économiques. Face à cette menace montante, le pays le plus puissant se sentira menacé et entrera en conflit avec son rival. La description de ce mécanisme date de l’Antiquité, notamment de Thucydide dans La Guerre du Péloponnèse affirmant que la puissance montante d’Athènes devait s’opposer à celle bien établie de Sparte dans une guerre. Ainsi, au terme de la guerre, soit la puissance montante est remise dans son rôle de seconde puissance, soit elle prend à son tour le rôle d’hégémon.

L’autre exemple classique de cette théorie est l’Empire allemand fraîchement réunifié par Bismarck. Celui-ci montait et s’opposait de plus en plus à la puissance britannique par une grande croissance économique et militaire ainsi que de plus en plus de revendications territoriales. La tension en Europe a dû être résolue par la Première Guerre mondiale. Cette conception a été reprise par le mouvement réaliste dans les relations internationales, qui n’explique les interactions étatiques que par des rapports de pouvoir. Continuer la lecture de La Chine, première puissance mondiale

Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Un entretien inédit préparé par Jonas Follonier et Nicolas Jutzet

Vendredi dernier 1er septembre, le groupe parlementaire PLR a tenu séance à Neuchâtel pour choisir le type de candidature qu’il souhaite lancer dans la succession à Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Un ticket à trois a été choisi : les candidats Ignazio Cassis (le favori), Isabelle Moret et Pierre Maudet restent en lice. Réactions d’un ancien président de la Confédération libéral-radical, Pascal Couchepin.

Jonas Follonier : Ce choix d’un ticket à trois était-il une surprise pour vous ?

Pascal Couchepin : Je n’ai pas été surpris, car dans ce domaine, la préoccupation tactique l’emporte souvent sur la préoccupation du fond. Personnellement, j’étais pour un ticket à deux, et non à trois. Imaginez un ticket à quatre, cinq, six, ce serait laisser les autres partis décider. Non, il est essentiel que le parti s’accorde déjà sur un ou deux noms, afin de faire une première sélection au niveau des compétences, et ne pas laisser l’entier du choix aux autres formations politiques. Continuer la lecture de Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Pierre Maudet, l’arrogant du bout du lac

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Pierre Maudet est donc officiellement candidat. Etonnant : il est pourtant connu pour son intelligence et sa clairvoyance. Sa candidature laisse percevoir cette ambition sans borne qui lui sert de boussole depuis toujours. Aveuglante ? La victoire d’un candidat latin risque de lui boucher l’horizon pour longtemps, si ce n’est à jamais. L’homme est pressé. Un destin, ça se force. En soi, l’ambition est éminemment souhaitable et respectable ; ici, le désir de l’individu risque de nuire à sa communauté.

Pour le PLR, cette annonce est un poison. Elle démontre certes que le parti compte de nombreuses personnalités de grande qualité, si le doute existait, mais elle donnera au final une mauvaise image de lui. Maudet sera vu comme le tueur de Tessinois ou l’obstacle sur lequel une femme aura chuté. Tout ça pour un jeune homme doté de charisme à défaut de colonne vertébrale philosophique solide. Un utilitariste pur jus. Maudet ne vend pas de rêve, il exécute. Sa vie est façonnée par l’Etat, il réfléchit par lui. Il est l’incarnation même de la froideur de la machine étatique. Un haut fonctionnaire brillant. Il se targue de n’être le candidat d’aucun lobby. Il en oublie sa corporation, sans doute la plus vorace. Continuer la lecture de Pierre Maudet, l’arrogant du bout du lac

Les médias à l’ère du numérique

Le Regard Libre N° 29 – Nicolas Jutzet

Le débat est émotionnel. Souvent idéologique. Ravivé par l’élection de Donald Trump et par le focus placé sur les « fake news », la question revient régulièrement : quelle place réservera l’évolution technologique à la presse ? Dans la plupart des cas, ces inquiétudes liées à l’avenir de la presse sont rapidement suivies par une demande d’intervention accrue de l’Etat. Sous couvert de bonne volonté, d’intentions louables, ces injonctions cachent souvent un paternalisme regrettable. Toujours est-il que la branche est aux pieds du mur et qu’elle doit trouver des nouvelles solutions pour le franchir.

Anachronique, la situation actuelle est intenable

La science économique justifie l’intervention de l’Etat dans un secteur par l’existence d’un monopole naturel et/ou d’un bien public. Un monopole naturel peut exister en raison de la structure d’un marché. Par exemple, s’il permet des économies d’échelle croissantes (un produit supplémentaire coûte moins cher à produire que le précédent) ou s’il existe des barrières à l’entrée (impossible pour un concurrent d’ « entrer » dans le marché, ou alors juste dans une « niche »). Ces barrières peuvent être règlementaires, techniques ou encore géographiques. Continuer la lecture de Les médias à l’ère du numérique