Archives du mot-clé libéralisme

La Chine, première puissance mondiale

Le Regard Libre N° 31 – Clément Guntern

Depuis une dizaine d’années, la croissance chinoise ininterrompue a fait émerger le pays sur la scène internationale. A tel point que la Chine a dépassé partiellement les États-Unis. Ce changement dans le rang des puissances va-t-il avoir des conséquences ?

La transition de pouvoir décrit un phénomène récurrent dans l’Histoire : la puissance d’un pays augmente, ce qui fait accroître ses prétentions territoriales, militaires et économiques. Face à cette menace montante, le pays le plus puissant se sentira menacé et entrera en conflit avec son rival. La description de ce mécanisme date de l’Antiquité, notamment de Thucydide dans La Guerre du Péloponnèse affirmant que la puissance montante d’Athènes devait s’opposer à celle bien établie de Sparte dans une guerre. Ainsi, au terme de la guerre, soit la puissance montante est remise dans son rôle de seconde puissance, soit elle prend à son tour le rôle d’hégémon.

L’autre exemple classique de cette théorie est l’Empire allemand fraîchement réunifié par Bismarck. Celui-ci montait et s’opposait de plus en plus à la puissance britannique par une grande croissance économique et militaire ainsi que de plus en plus de revendications territoriales. La tension en Europe a dû être résolue par la Première Guerre mondiale. Cette conception a été reprise par le mouvement réaliste dans les relations internationales, qui n’explique les interactions étatiques que par des rapports de pouvoir. Lire la suite La Chine, première puissance mondiale

Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Un entretien inédit préparé par Jonas Follonier et Nicolas Jutzet

Vendredi dernier 1er septembre, le groupe parlementaire PLR a tenu séance à Neuchâtel pour choisir le type de candidature qu’il souhaite lancer dans la succession à Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Un ticket à trois a été choisi : les candidats Ignazio Cassis (le favori), Isabelle Moret et Pierre Maudet restent en lice. Réactions d’un ancien président de la Confédération libéral-radical, Pascal Couchepin.

Jonas Follonier : Ce choix d’un ticket à trois était-il une surprise pour vous ?

Pascal Couchepin : Je n’ai pas été surpris, car dans ce domaine, la préoccupation tactique l’emporte souvent sur la préoccupation du fond. Personnellement, j’étais pour un ticket à deux, et non à trois. Imaginez un ticket à quatre, cinq, six, ce serait laisser les autres partis décider. Non, il est essentiel que le parti s’accorde déjà sur un ou deux noms, afin de faire une première sélection au niveau des compétences, et ne pas laisser l’entier du choix aux autres formations politiques. Lire la suite Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Pierre Maudet, l’arrogant du bout du lac

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Pierre Maudet est donc officiellement candidat. Etonnant : il est pourtant connu pour son intelligence et sa clairvoyance. Sa candidature laisse percevoir cette ambition sans borne qui lui sert de boussole depuis toujours. Aveuglante ? La victoire d’un candidat latin risque de lui boucher l’horizon pour longtemps, si ce n’est à jamais. L’homme est pressé. Un destin, ça se force. En soi, l’ambition est éminemment souhaitable et respectable ; ici, le désir de l’individu risque de nuire à sa communauté.

Pour le PLR, cette annonce est un poison. Elle démontre certes que le parti compte de nombreuses personnalités de grande qualité, si le doute existait, mais elle donnera au final une mauvaise image de lui. Maudet sera vu comme le tueur de Tessinois ou l’obstacle sur lequel une femme aura chuté. Tout ça pour un jeune homme doté de charisme à défaut de colonne vertébrale philosophique solide. Un utilitariste pur jus. Maudet ne vend pas de rêve, il exécute. Sa vie est façonnée par l’Etat, il réfléchit par lui. Il est l’incarnation même de la froideur de la machine étatique. Un haut fonctionnaire brillant. Il se targue de n’être le candidat d’aucun lobby. Il en oublie sa corporation, sans doute la plus vorace. Lire la suite Pierre Maudet, l’arrogant du bout du lac

Les médias à l’ère du numérique

Le Regard Libre N° 29 – Nicolas Jutzet

Le débat est émotionnel. Souvent idéologique. Ravivé par l’élection de Donald Trump et par le focus placé sur les « fake news », la question revient régulièrement : quelle place réservera l’évolution technologique à la presse ? Dans la plupart des cas, ces inquiétudes liées à l’avenir de la presse sont rapidement suivies par une demande d’intervention accrue de l’Etat. Sous couvert de bonne volonté, d’intentions louables, ces injonctions cachent souvent un paternalisme regrettable. Toujours est-il que la branche est aux pieds du mur et qu’elle doit trouver des nouvelles solutions pour le franchir.

Anachronique, la situation actuelle est intenable

La science économique justifie l’intervention de l’Etat dans un secteur par l’existence d’un monopole naturel et/ou d’un bien public. Un monopole naturel peut exister en raison de la structure d’un marché. Par exemple, s’il permet des économies d’échelle croissantes (un produit supplémentaire coûte moins cher à produire que le précédent) ou s’il existe des barrières à l’entrée (impossible pour un concurrent d’ « entrer » dans le marché, ou alors juste dans une « niche »). Ces barrières peuvent être règlementaires, techniques ou encore géographiques. Lire la suite Les médias à l’ère du numérique

Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

Le Regard Libre N° 27 – Jonas Follonier

Nous l’attendions, au Regard Libre, cette fin de l’ancien clivage gauche-droite, tant désuet. Nous l’attendions, ce coup de poing aux partis traditionnels français, surtout au PS. Quels que soient ceux des onzes candidats que nous aurions voulu voir accéder au second tour, une joie nous saisit. Celle de voir enfin s’affronter deux candidats autour de la vraie opposition idéologique qui marque notre temps : le libéralisme contre la souverainisme ; le progressisme contre le conservatisme.

J’ai pour ma part la particularité, ou peut-être la naïveté, de penser que ces deux tendances ne sont pas inconciliables. Oui, je crois au progès, et oui, j’estime qu’il existe des choses à conserver urgemment. De la même façon, je suis convaincu que les étiquettes de « libéral » et de « réactionnaire » ne sont pas antinomiques, mais peuvent former une position très intéressante. Qu’y aurait-il d’incohérent à soutenir le libre marché tout en militant pour revenir en arrière sur des questions liées à l’éducation, par exemple ? Lire la suite Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

Un entretien paru dans Le Regard Libre N° 25

Les appellations politiques « gauche » et « droite » sont-elles pertinentes ? Renvoient-elles vraiment à quelque chose ? Ne devrait-on pas en user avec plus de mesure, comme le préconisait notre rédacteur en chef dans son édito d’octobre 2015 ? L’historien Oliver Meuwly, lui, considère que ces deux catégories sont indissociables de la pensée politique depuis la Révolution française et qu’elles permettent de cerner précisément les tendances qui caractérisent notre paysage politique. Dans son livre La droite et la gauche (2016), le libéral-radical vaudois rappelle l’histoire de ces deux termes tout en analysant leur signification profonde et actuelle.

La droite face à la gauche, comment est née l’opposition ?

La bipolarité s’est créée dans le cadre de la Révolution française et de la répartition des différents groupes à l’Assemblée nationale. La tradition va s’installer, et autour de la droite et de la gauche vont s’agglomérer des tendances qui pensent plus au moins la même chose. Il est important de préciser que ces blocs n’ont jamais été homogènes ni immobiles. Il y a toujours eu des droites et des gauches. Il y a toujours eu des gens qui espéraient meubler l’espace entre deux. Les idées défendues par les deux pôles évoluent au fil du temps, passant d’un camp à l’autre. On a souvent l’image que les idées naissent à gauche avant d’aller à droite. Il n’y aucune ligne rigide, il faut comprendre cette bipolarisation en prenant en compte le mouvement continu des idées. Toutefois, il y a toujours des éléments qui restent. Dans mon livre, je me focalise principalement sur l’égalité et la liberté. Liberté dans le sens de l’acceptation des inégalités. Et d’autres éléments autour, pas seulement le plan économique qui est beaucoup thématisé aujourd’hui, mais le rôle de l’Etat. Aucune partie ne nie son utilité, mais chacun voit son intervention de manière différente. Il y aura toujours deux grandes façons contradictoires de voir des problématiques. La construction du politique se fait sur la rencontre, plus au moins conflictuelle, plus au moins agressive de ces deux pôles. Et de là peut sortir une multitude de courants. C’est le système de la démocratie qui organise et canalise les discussions de manière optimale.

« L’architecture gauche/droite qui guide notre propos commence à prendre forme, entre un pôle de droite, fixé dans une vision mystique et monarchique du monde, et un pôle de gauche plus composite mais qui, globalement, se mire dans une même vision holistique de la société. Ce second pôle se scinde toutefois en deux courants : le premier en extrait la primauté d’un Etat contrôlé par des mécanismes d’une démocratie strictement égalitaire, alors que son rivale s’enivre d’une société régie non plus par des centres investis d’un pouvoir quelconque, mais par les individus eux-mêmes, immergés dans une liberté souveraine. »

Au regard de cet extrait de votre livre, seules les idées de gauche ont survécu après la Révolution ?

On dira d’une certaine façon qu’il y a eu un mouvement. Prenons l’exemple du libéralisme : à la base, il est placé à gauche. Or il n’est pas non plus dans l’esprit purement révolutionnaire. Pour Benjamin Constant et bien d’autres, la question est la suivante : comment gérer la Révolution, comment faire en sorte que l’apport de la Révolution soit le plus fructueux possible et éviter d’être absorbé par ses dérives. Il s’agit aussi de chercher comment organiser cette nouvelle liberté. Selon Tocqueville, en y instillant des éléments de l’Ancien Régime, qui permettent de la dompter, de la canaliser au besoin. La droite, elle, va reprendre une partie de ces idées-là, tout en s’adaptant à la nouvelle donne. Lire la suite La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Mon cher Emmanuel,

Tu as donc fini par me décevoir. Toi qui te vantais d’être le renouveau, celui qui devait parler avec franchise à la France, aux Français, tu ne serais finalement qu’une légère brise qui agite les frêles pages des journaux, un phénomène médiatique ? Loin de l’ouragan qui doit renverser cette table branlante qu’est devenue votre belle République… Pourtant, il faudra la détruire pour mieux la reconstruire. Sur des fondations solides, en arrêtant avec les solutions qui sont l’équivalent d’un emplâtre sur jambe de bois, un coup d’épée dans l’eau.

Emmanuel, je sais que tu le sais. Toi qui rappelles avec raison n’être ni de droite ni de gauche, hors de la logique des partis, toi qui as réussi le magnifique exploit de réunir plus de 120’000 personnes derrière toi, plus de 10’000 lors de ton meeting à Paris le weekend dernier (dans le même temps, le Parti socialiste réussit à en réunir 3’000 !) , toi dont le très bon livre rencontre un succès immédiat, toi, empli de légitimité, tu te disperses en entrant dans la bataille mesquine que tes adversaires te livrent. Lire la suite Lettre ouverte à Emmanuel Macron