Archives par mot-clé : littérature française

« Et moi je vis toujours », le roman posthume de Jean d’Ormesson

Article inédit – Jonas Follonier

Longtemps, j’ai erré dans une forêt obscure. J’étais presque seul. Peu de voisins, pas d’amis. Pour ainsi dire pas de parents. J’ai à peine connu ma mère qui m’avait donné son lait. Je n’ai guère eu le temps de m’attacher à elle. Mon père n’était jamais là. Il se promenait, il courait les filles, il se battait, il chassait.

Continuer la lecture de « Et moi je vis toujours », le roman posthume de Jean d’Ormesson

Philippe Forest : « De certaines expériences extrêmes, on ne peut jamais rien dire »

Le Regard Libre N° 37 – Loris S. Musumeci

Philippe Forest est un homme de lettres reconnu pour ses amples connaissances en la matière. Il est professeur de littérature et contribue à de prestigieuses revues telles que la NRF. Depuis la mort de sa fille, Pauline, arrachée à la vie toute petite par un cancer, Philippe Forest a commencé à écrire des romans, liant la démarche du deuil à celle de l’écriture. Après plusieurs grands succès, comme son premier roman, L’Enfant éternel (1997), ou Sarinagara (2004), l’auteur se livre à une réflexion romanesque sur l’oubli. Nous l’avons rencontré à Fribourg.

Continuer la lecture de Philippe Forest : « De certaines expériences extrêmes, on ne peut jamais rien dire »

Lectures du Goncourt 2017 (épisode 2/2)

Le Regard Libre N° 34 – Loris S. Musumeci

Tiens ferme ta couronne, Bakhita, L’Art de perdre et L’ordre du jour formaient une liste de qualité en tant que finalistes pour l’irremplaçable Prix Goncourt. Le 6 novembre, c’est finalement L’ordre du jour d’Eric Vuillard qui l’emporta. Retour sur l’impression suscitée par ce court roman atypique mais puissant.

« Le Soleil est un astre froid. Son cœur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d’eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. Le temps se fige. Le matin, pas un bruit, pas un chant d’oiseau, rien. Puis une automobile, une autre, et soudain des pas, des silhouettes qu’on ne peut pas voir. Le régisseur a frappé trois coups mais le rideau ne s’est pas levé. »

Continuer la lecture de Lectures du Goncourt 2017 (épisode 2/2)

Luchini – Finkielkraut, quand deux grands hommes s’admirent

Les lundis de l’actualité – Jonas Follonier

Il existe des moments de télévision qui sont de véritables perles en direct, des instants d’intelligence et d’intimité qui rehaussent le téléspectateur. L’émission La Grande Librairie du 26 octobre dernier, sur France 5, m’a particulièrement ému, tant j’assistai à un grand moment du petit écran.

L’émission présentée par l’excellent animateur François Busnel mettait à l’honneur Fabrice Luchini. Ce comédien français devenu incontournable est venu parler de son nouveau spectacle, « Des écrivains parlent d’argent ». Fait étonnant, la star névrotique ne s’est pas emportée jusqu’aux délires hystériques (et délicieux) auxquels il nous a habitués à la télévision. Luchini fut serein, sans pour autant se travestir dans la normalité. Continuer la lecture de Luchini – Finkielkraut, quand deux grands hommes s’admirent

Ode à notre langue

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Jonas Follonier

J’aimerais, en ce soir, à l’écoute d’un chant
Et ému par l’éclat de ce soleil couchant,
Rendre hommage à tous ceux qui m’ont transmis leur art,
Qui, sur le tableau noir, m’ont enseigné Ronsard,
Mais aussi à toi-même, objet de mon poème,
Qui m’offres cent façons de te dire « je t’aime » :
Je veux bien sûr parler de la langue française,
La langue de Victor, de François et de Blaise.
Toi qui fus pure antan, pendant presque cent ans,
Toi, ma raison de vivre et de mourir content
De t’avoir ressenti dans mon corps, dans ma tête,
Avec tes mots vaillants, tes charmants épithètes,
Toi, langue de Paris que l’on parle en province,
Toi, sermon des vilains et expression des princes,
Reste ce que tu es, résiste aux anglicismes,
Impose au monde entier tes particularismes.
Fais briller ta splendeur, conserve tes chimères.
De notre identité tu es la digne mère !
Un journal rend public un sentiment intime ;
Ai-je osé exposer cet amour en ces rimes ?
Oui, car c’est le plus simple et le premier qui soit.
Cette édition spéciale est consacrée à toi.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © poesie.tableau-noir.net

« L’adversaire »

Le Regard Libre N° 9 – Loris S. Musumeci

« Qu’il ne joue pas la comédie pour les autres, j’en suis sûr, mais est-ce que le menteur qui est en lui ne la lui joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d’être aimé malgré tout fait couler sur ces joues des larmes de joie, est-ce que ce n’est pas encore l’Adversaire qui le trompe ?
J’ai pensé qu’écrire cette histoire ne pouvait être qu’un crime ou une prière.
Paris, janvier 1999 »

Jean-Claude Romand : Père de famille idéal, fils consciencieux, grand médecin à succès… et menteur, assassin, fou.

Son histoire est celle d’un homme banal, qui pendant dix-huit ans a menti sur tout à tout le monde. Et tout éclate le 9 janvier 1993, lorsqu’il tue sa femme, ses enfants, ses parents et tente, sans succès, de se suicider. On découvre alors qu’il n’était pas médecin à l’OMS comme il le prétendait. Il n’était rien. Durant toutes ces années, sans l’ombre d’un doute, sa famille, ses amis le crurent dans ce mensonge d’une vie, mais au moment où la vérité s’apprêta à déchirer le voile de l’imposture pour ressurgir à la lumière, Jean-Claude Romand ne trouva d’autre issue que d’assassiner « ceux qu’il aimait », ceux qui eussent été meurtris par cette vérité étouffée, si vieille et nouvelle à la fois. Continuer la lecture de « L’adversaire »