Archives par mot-clé : littérature francophone

«Carnaval noir» ou l’éternel retour du mal

Les bouquins du mardi – Jonas Follonier

Le dernier roman en date de Metin Arditi, Carnaval noir, est sorti en août 2018 aux Editions Grasset. Racontant sous fond d’histoire à suspense l’éternel retour de la déraison humaine, il peut être lu à tout moment en guise d’avertissement. Et il se pourrait bien que notre époque ne soit pas à l’abri de quelque carnaval infernal.

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Parlons littérature d’aujourd’hui avec Thomas Hunkeler

Le Regard Libre N° 51 – Loris S. Musumeci

Le statut de professeur n’est qu’un titre parmi tant d’autres. Le vrai professeur est celui qui transmet non seulement une matière, mais encore une passion. C’est le cas de Thomas Hunkeler, professeur de littérature française à l’Université de Fribourg. Voilà un homme qui a de la prestance, voilà un homme animé. Il sait de quoi il parle, comme il sait aussi s’égarer dans la liberté d’une parole ouverte, non-académique et sans a priori, pour nous partager ses goûts et ses pensées au sujet de la littérature.

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«Putain D’AVC!» : un temoignage indispensable et touchant

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Un titre fort, dont la colère et la frustration qui surviennent lors d’un accident vasculaire cérébral (AVC) transparaissent bien. Chamboulé par cet événement qui transforma sa femme énergique et restant «joyeuse, heureuse, courageuse, au-delà, souvent, de la raison», Simon Roger-Vermot livre à travers un journal de bord rédigé au cours des semaines passées au chevet de sa femme ou dans les couloirs et autres salles d’attentes des institutions de soin un compte-rendu de l’expérience qu’impose un proche atteint d’un AVC.

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«bascules ciao», y a-t-il quelque chose à dire?

Les bouquins du mardi – Jonas Follonier

Cette chronique sera accompagnée d’un article contradictoire ainsi que de deux poèmes extraits du recueil bascules ciao dans notre édition de février, en commande ici. Vous serez ainsi invités, chers lecteurs, à donner votre propre avis sur cette poésie.

Que voulez-vous? Dois-je mentir? Le Regard Libre, porteur de la littérature romande? Porteur de ce qui nous interpelle, avant tout, en bien et en mal. Pour ma part, nombreuses sont les fois où je me suis retrouvé déçu par des œuvres que, soit j’avais considérées dans le méli-mélo de la mondialisation bobo-helvético-sérieuse, soit que j’avais appréciées «malgré moi». Cette fois, nul besoin de prendre des pincettes. Nous avons affaire à une pseudo-poésie sans véritable intérêt.

André Petitat nous livre basclues ciao (sans majuscules au titre! oui, ce n’est pas moi), son recueil de poèmes récemment publiés aux Editions de l’Aire, pourtant appréciables et même exemplaires dans le paysage éditorial de notre pays. Cet ouvrage, je l’ai lu. J’ai pleuré. Quelles qualités un texte doit-il présenter pour être considéré comme un poème? Des rimes, dirait un classique. Un rythme, dirait un laxiste. Une âme, dirait un amateur de métaphores.

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«On n’arrête pas un peuple qui danse»: quand l’énergie du cœur fait la guerre au désespoir

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Lorsque Sarah enfourche sa Part (une moto de 125cm3) syrienne en 2015, quatre ans après son retour de Syrie, la réalité de conflits dont la plupart ne connaissent que le récit médiatique est déjà ancrée dans l’esprit de la jeune femme. Pourtant, guidée par un feu intérieur et armée d’un culot bienvenu, elle entame la route qui l’emmènera sur les terres mixtes du Liban, qu’elle fait découvrir au lecteur en combinant un humour sarcastique et spontané, avec un ton grave, inévitable pour parler de la «sur-vie» imposée aux êtres sur les terrains de ces guerres où de multiples acteurs tentent de prendre le dessus. Continuer la lecture de «On n’arrête pas un peuple qui danse»: quand l’énergie du cœur fait la guerre au désespoir

Bastien Roubaty, du caractère dès les premières vendanges

Les lettres romandes du mardi – Nicolas Jutzet

Le premier roman de Bastien Roubaty, étudiant en littérature et histoire, est une belle promesse. Parvenant parfaitement à mêler les différents univers, avec un bémol en fin de récit qui cède à la facilité des clichés , il signe un ouvrage réussi, donnant d’ores et déjà envie de le lire les prochains. Plongée dans 174 pages passionnantes.

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Joël Dicker – L’intrigue profonde, trop ambitieuse ?

Les lettres romandes du mardi – Nicolas Jutzet

Le nouveau roman de Joël Dicker, qui par son épaisseur rappelle celui qui l’aura fait largement connaître – La Vérité sur l’affaire Harry Quebert – se trouve à peine dans les rayons des librairies qu’il est déjà en tête des ventes. Business as usual, en somme. Et pourtant, assurément, La Disparition de Stephanie Mailer est une nouvelle prise de risque. Encore gagnante ?

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« Le Sang », extrait n° 12

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie – Pour un revirement intégral » – Sébastien Oreiller

Chapitre III : Départ de la mère (suite et fin)

Revenu à pied depuis l’église, alors que le docteur l’avait dépassé en voiture, marchand à pas lents depuis la terre glacée de ses ancêtres, il prépara le café et le pain du soir, mit les frères et sœurs au lit et se coucha. Il faisait froid et il songea. Il songea à ce que serait sa vie future maintenant que la mère était morte, à ce que serait celle de ses enfants, et des enfants de ses enfants. Il vit les foins et les moissons, la vigne, et les tabourets de bois. Il sentit sur sa langue le goût du mauvais vin, il sentit l’odeur des corps sales, les sécrétions des bêtes dans l’étable, et celles des hommes dans un trou dehors, derrière la maison. Il vit la naissance des riches, et les suaires des pauvres. Il vit les fatigues des vieux et les ânes qui se crèvent à porter le poids des fagots, il vit les dos de ses enfants lorsque l’âge les aurait saisis eux aussi, courbés et douloureux, et les chaussures cloutées, et il détourna son regard vers la plaine. Le fleuve fumait sous la chaleur et se mêlait à la vapeur du train qui fendait le sol brun et indigent comme un éclair, brillant et insaisissable. Continuer la lecture de « Le Sang », extrait n° 12

Blaise Hofmann et ses fragments de nature authentique

Les lettres romandes du mardi – Alexandre Wälti

Quelques jouets pêle-mêle au sol du salon, les chaussures de course sur la terrasse de la maison familiale devant laquelle deux-trois monticules se succèdent avant l’étendue hivernale du lac Léman. Rapide petit tour du propriétaire aux alentours de 15h00 en ce 7 février 2018 dans la commune viticole de Reverolle, au pied du Jura. Un artisan du mot nous parle du livre qu’il a publié aux Editions d’Autre Part avec le graveur animalier Pierre Baumgart : Monde animal. Continuer la lecture de Blaise Hofmann et ses fragments de nature authentique

« Le Sang », extrait n° 11

Le Regard Libre N° 35 – Sébastien Oreiller

Chapitre III : Départ de la mère

En portant le cercueil, le poids de la mère sur les épaules, il ne songeait même pas lorsqu’il pénétra sous la vieille nef de pierre. Il ne songea pas que peut-être il avait causé sa mort, au chagrin distillé dans son cœur par les événements de la montagne, la disparition soudaine de son fils. Il savait qu’elle connaissait tout, qu’elle n’avait jamais rien dit, mais qu’elle savait. Il avait perdu sa jeunesse ; un mois plus tard, la mère était morte. Il n’y avait rien à comprendre. L’office commença, et il s’assit devant, avec les petits frères et sœurs, qui pleuraient sans trop se rendre compte. Qu’allait-il faire avec eux ? Les envoyer au pensionnat, en ville, chez les prêtres ? Il n’en avait pas les moyens. Le pensionnat, pour eux, ce serait l’orphelinat. Ou alors, il les éduquerait, du mieux qu’il pourrait, mais il ne pourrait être à son tour et père et mère. Continuer la lecture de « Le Sang », extrait n° 11