Archives par mot-clé : musique de film

Eduardo Nunes : « Vous pouvez composer un film comme vous composez une musique »

Le Regard Libre N° 38, dossier spécial FIFF 2018 – Loris S. Musumeci

« Tu verras, il est adorable », m’avait-on dit au service de presse. Cela s’est confirmé. Le réalisateur brésilien Eduardo Nunes a mis toute sa tendresse dans les images délicates et les sons précis d’Unicorn (Unicórnio) qu’il a présenté au Festival International de Films de Fribourg. Rencontre autour d’un café à l’Ancienne Gare, quartier général du festival.

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« Je vais mieux », un bon moment à passer au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Laurent (Eric Elmosnino) est un quinquagénaire victime du mal du siècle : lors d’un repas avec sa femme et un couple d’amis, il ressent soudain d’affreuses douleurs au dos, alors même qu’il n’a fait aucun faux mouvement. Les spécialistes qu’il consulte ensuite sont unanimes : l’origine est à chercher du côté psychologique. Difficile d’identifier le problème pour cet homme si mou et victime de la méchanceté humaine : le mal vient-il du harcèlement qu’il subit au travail, du divorce que réclame sa femme à sa grande surprise, du manque d’affection de la part de ses parents ? Ou ne faudrait-il pas considérer toutes ces pressions ensemble ? Continuer la lecture de « Je vais mieux », un bon moment à passer au cinéma

« Place publique », une métaphore de Thierry Ardisson

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Castro (Jean-Pierre Bacri) est un célèbre animateur de télévision dont la notoriété commence à s’effriter à cause des années. Il est convié par sa productrice, Nathalie (Léa Drucker), à la pendaison de crémaillère de sa nouvelle demeure, à une trentaine minutes de Paris. Décor champêtre, brochette d’invités issus du gratin audiovisuel de la capitale : l’ambiance est aux festivités, mais aussi à la bien-pensance. Castro, misanthrope et réplique parfaite de Thierry Ardisson, fait contraste parmi tous ces bobos – dont son ex-femme. La soirée va alors s’enflammer sous fond de tensions sociales, professionnelles et familiales.

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« Hostiles », le plus grand western de notre siècle

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Joseph Blocker, capitaine de cavalerie, reçoit la mission d’escorter un chef de guerre Cheyenne, un assassin ayant toutefois purgé sa peine, dans son Montana natal, quelque part dans la Vallée des Ours. Difficile pour ces antiques ennemis de faire route commune et d’affronter les obstacles qui vont s’imposer à eux. Western classique de part en part et cependant chargé d’une forte identité singulière, Hostiles est un véritable événement du septième art.

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« Call me by your name » ou l’histoire d’un premier amour

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Été 1983, au nord de l’Italie, le jeune Elio Perlman (Timothée Chalamet), dix-sept ans, passe les vacances avec sa famille dans leur maison isolée. Son père est professeur et spécialiste de l’histoire gréco-romaine, dont la majeure partie de ses objets d’étude se trouvent sur la péninsule italienne. C’est pourquoi il convie son doctorant américain, Oliver (Armie Hammer), à passer six semaines dans sa villa italienne afin d’étudier les quelques statues retrouvées en région lombarde.

Les vacances en Italie sont rythmées par les baignades, les sorties, la musique et la découverte d’une contrée paisible. Cependant, cet été ne va ressembler à aucun autre pour Elio. C’est en effet pendant ces quelques semaines que son identité va évoluer à travers les différentes romances qu’il va expérimenter, notamment celle avec le charmant Oliver.

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Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Le Regard Libre N° 30 – Jonas Follonier

Chaque été, depuis quelques années, les châteaux de Valère et Tourbillon, véritables emblêmes de la ville de Sion, se prêtent au jeu des sons et lumières. Illuminés en bleu, en rouge, en vert, ces beaux monuments se révèlent au rythme de la musique. Le même spectacle que l’édition précédente se tient cette année, basé sur Feodalia, une symphonie composée par le Valaisan Thierry Epiney. C’est l’histoire du canton qui l’a inspiré. Notre entretien.

Jonas Follonier : Pour être compositeur de symphonies (notamment) à votre âge, faut-il avoir grandi dans un milieu musical ?

Thierry Epiney : Il est difficile de parler d’autres cas que du mien. Il doit être plus aisé d’avoir baigné dans la musique durant son enfance, mais j’imagine aussi très bien qu’il y ait des personnes géniales qui se forment de façon totalement autodidacte. Quoi qu’il en soit, il faut être passionné.

Estimez-vous que les Hautes Ecoles de Musique par lesquelles vous êtes passé, celles de Genève et de Zurich, offrent une bonne formation ? De manière générale, la Suisse est-elle bien cotée en termes de formation musicale ?

J’ai été très heureux de la formation que j’ai reçue. Mon premier master à Genève, plutôt orienté composition concertante, m’a permis d’approfondir mes connaissances en orchestration et en théorie de manière générale. Le second (master en composition de musique de film, théâtre et média), passé à la Haute Ecole des Arts de Zurich, a été une révélation. Depuis mon plus jeune âge, j’apprécie la musique de film. J’en écoute beaucoup, et j’ai de la peine à regarder un film sans prêter une oreille concentrée à la musique. Les « papiers » que nous acquérons sont une chose, mais nous apprenons en permanence dans ce métier. Chaque projet est différent et amène de nouvelles perspectives, de nouvelles façons de travailler, de nouvelles couleurs. Continuer la lecture de Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Emir Kusturica nous emmène sur sa voie lactée avec Monica Bellucci

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« D’après trois histoires vraies et une imagination débordante » : ainsi commence On the Milky Road. Dans une Yougoslavie en plein conflit, un petit coin de paysannerie apparaît à l’écran. Des oies, rappelant celles du Capitole qui – selon l’historien latin Tite-Live – prédirent une invasion gauloise, se baignent dans le sang d’un porc que l’on vient de tuer. Un incipit à l’image de tout le long métrage : du tragique et du comique barbouillant dans le même récipient au son de la langue serbe.

Les couleurs, ce sont aussi elles que l’on remarque aussitôt : bien avant le laitier Kosta (interprété par le réalisateur lui-même, Emir Kusturica) et sa sœur Milena (Sloboda Micalovic), c’est le décor qui est le premier personnage du film. Des paysages à couper le souffle, un soleil qu’on dirait divin, des animaux omniprésents. Cet univers est aussi fantasque. Une poule qui sautille devant un miroir, des oiseaux qui dansent, une horloge qui « mord » tous ceux qui veulent la réparer : on comprend que le cinéma de Kusutrica puisse diviser. Continuer la lecture de Emir Kusturica nous emmène sur sa voie lactée avec Monica Bellucci

« La La Land », un chef d’oeuvre musical

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Les écrans de cinéma projettent actuellement un film qui ne vous laissera pas indifférent. Je dirais même qu’il représentera un épisode à lui tout seul dans votre vie. La La Land, une comédie musicale, certes, mais aussi un chef d’oeuvre musical, enchanteur et existentiel.

Un chef d’oeuvre musical, oui, car dans ce long-métrage signé Damien Chazelle, la musique n’est pas une dimension sonore ajoutée au reste, une caractéristique parmi d’autres du film : elle en est le thème central. A la fois objet et sujet, la musique de Justin Hurwitz compose l’essence même de La La Land. La musique n’est plus une excroissance du film, c’est le film qui devient une excroissance de la musique. Les deux protagonistes, Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling), passent au deuxième plan, et n’évoluent que dans l’optique d’un véritable éloge du jazz – cet éloge, dans le fond, que Boris Bian avait réussi à réaliser dans la littérature et que Damien Chazelle vient de réaliser au cinéma. Le surréalisme, un autre point commun entre ces deux génies. Continuer la lecture de « La La Land », un chef d’oeuvre musical

Il était une fois un chef d’oeuvre


Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

L’année 1968 marqua l’histoire des idées, de la chanson, mais aussi du cinéma. En effet, avec Il était une fois dans l’Ouest (C’era una volta il West), Sergio Leone n’avait plus à prouver la force du western italien apparu cinq ans plus tôt et dont il fut sans conteste le plus grand réalisateur.

Le bon, la brute et le truand, en 1966, avait déjà amorcé l’apogée du genre. L’apparition de gros plans au tout début du film suffisait à considérer l’art de Sergio Leone comme une révolution cinématographique. Toutefois, il serait fou de ne pas expliquer ces chefs d’œuvre, du moins partiellement, par la musique d’Ennio Morricone. Continuer la lecture de Il était une fois un chef d’oeuvre