Archives du mot-clé ontologie

L’art, essence de la mode ?

Le Regard Libre N° 33 – Hélène Lavoyer

Nous respirons tous l’air parfumé d’une chose que nous connaissons bien : la mode. Agréable ou non, cette fragrance est chargée d’une énergie captivante, encline à créer du mouvement. Le prêt à porter a tendance à uniformiser les individus qui choisissent de s’y conformer – ou de s’y soumettre. Or, déployée au singulier, la mode est à l’origine de son pluriel, un artisanat capable de déformer les frontières des normes, de les bousculer pour mieux les faire céder. Est-elle un art ? L’arrivée au Musée des arts décoratifs, à Paris, d’une exposition consacrée à la maison Dior, ou celle dédiée à Balenciaga, remet la question sur le tapis.

Il convient d’abord de définir clairement ce qu’est l’art ; alors pourrons-nous déterminer si oui ou non, la mode en fait partie. La tâche semble d’emblée périlleuse, chacun y allant de sa propre définition, considérant l’art comme un domaine quasi sacré, que l’on ne peut décrire autrement que par un « pour moi, l’art c’est… » ou encore « je considère que l’art est… » de peur d’offenser celui qui connaît son sens réel. Lire la suite L’art, essence de la mode ?

Qu’est-ce qu’une œuvre musicale ?

Le Regard Libre N° 18 – Jonas Follonier

La philosophie, telle que nous l’entendons ici, aime poser des questions et y apporter des réponses rationnelles. De nombreuses questions philosophiques commencent par « Qu’est-ce que… ? ». Dans ce genre d’entreprises, il s’agit de chercher le genre de réalité que possède la chose que nous étudions, de faire une ontologie. Le présent article vise à proposer une ontologie de l’œuvre d’art, et plus spécifiquement de l’œuvre musicale.

Nombreuses sont les théories proposant une ontologie de l’œuvre d’art. La première d’entre elles, la plus primaire dirions-nous avec retenue, est la théorie physicaliste. Celle-ci identifie l’œuvre d’art à un objet possédant des propriétés physiques. Essayons de penser comme les physicalistes. Deux objets physiques s’offrent alors à nous pour décrire la réalité d’une œuvre musicale : ou bien celle-ci est identique à une partition, ou bien elle est identique à une interprétation.

Prenons la première hypothèse et voyons les problèmes qu’elle pose. Premièrement, si la partition de La Bohème était détruite, cela voudrait dire que cette chanson d’Aznavour serait détruite : cela est absurde. Deuxièmement, une œuvre musicale s’écoute, tandis qu’une partition se lit. Ensuite, à quelle partition faudrait-il identifier une œuvre musicale pour laquelle il en existe plusieurs ? Si c’est à son manuscrit, cela impliquerait que les personnes qui ont eu la chance de voir le mansucrit connaissent mieux l’œuvre en question que les autres. Une telle possibilité est invraisemblable. Lire la suite Qu’est-ce qu’une œuvre musicale ?

Ontologie de la beauté

Le Regard Libre N° 12 – Sébastien Oreiller

Quand Nietzsche crut renverser la morale ancienne, la morale du bien et du mal, pour la remplacer par celle, plus exigeante, du bon et du mauvais, il ne fit que remplacer une philosophie du comportement, une philosophie éthique dirions-nous, par une moralité plus froide et plus distante, peut-être même plus dangereuse. Nous semblons avoir pris la fâcheuse habitude depuis vingt-cinq siècles, c’est-à-dire depuis Socrate et surtout depuis Platon, de lier l’essence au bien, de ne plus être capable d’admirer l’être en soi sans le rattacher, d’une manière ou d’une autre, à la perfection de l’acte humain, loin de là l’ingénuité morale qui avait marqué leurs prédécesseurs. Il me semble être une philosophie plus exigeante et plus noble, d’autant plus détachée des médiocrités quotidiennes qu’elle est elle-même intrinsèquement liée à l’être, je veux parler de la philosophie du beau en tant que tel.

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