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Laure Calamy est déchirante dans «A plein temps»5 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Laure Calamy dans «A plein temps» © Haut et Court

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Laure Calamy incarne une mère de famille qui court toute la journée entre le réveil des enfants, les longs trajets, le boulot à Paris, l’attente de paiement des pensions alimentaires par son ex-mari… Tout se complique encore quand éclate une grève des transports et qu’elle doit se rendre à un entretien d’embauche. Le résultat, au niveau du jeu d’actrice, est bluffant. Critique.

Julie (Laure Calamy) a un master en économie, mais travaille comme première femme de chambre dans un palace parisien. Elle habite en périphérie, parce que c’était un endroit «idéal pour élever des enfants» et «à mi-chemin entre son travail et celui de son ex-mari», sauf que l’ex-mari est parti et que les enfants ont un peu grandi depuis. Les petits monstres de 8-9 ans sont d’humeur plutôt maussade et plutôt constante. Et pourtant Julie doit bien s’en occuper. Avec amour, mais rapidité, elle se lève à pas d’heure pour les faire sortir du lit (le réveil, un thème repris d’un court-métrage du même réalisateur sorti en 2004, Ce n’était qu’un rêve), avaler leur petit-déjeuner, et les amener chez la voisine qui s’occupe d’eux la journée. Il fait encore nuit quand Julie leur fait un bisou avant de filer prendre le train.

La grève des transports, la goutte de trop

Le train, qui sonne ses derniers bips quand Julie l’attrape de justesse, essoufflée après son premier sprint du jour. Le train, dans lequel Julie nous est montrée à travers la vitre, traînant son regard vide et déjà si fatigué sur les paysages moroses qui la séparent de Paname. Le train, qui sera le symbole fort du film, puisque c’est un film sur la course infinie de Julie après le temps, après son train-train infernal, après la vie – une meilleure vie. C’est en sueur que Julie arrive à son lieu de travail où elle doit sentir bon, un hôtel de luxe où elle doit laver la merde des riches. Sa cheffe est sévère, mais c’est comme ça. La journée file dans le stress. Il fait nuit quand elle reprend enfin ses enfants le soir.

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Dès le début du film, malgré ce quotidien dans lequel on est invité un peu à contre-cœur, on sait que l’existence de Julie va peut-être changer: elle a décroché un entretien d’embauche. On suit les tours de passe-passe combinés par la contre-héroïne pour se faire remplacer lors de son premier entretien. Puis pour espérer disparaître ni vue ni connue du palace lors du deuxième entretien. Mais surtout, l’imprévu a débarqué: la grève des transports. Un calvaire sans nom pour l’habitante de la périphérie qui doit jongler entre bus de remplacement, covoiturage, taxis… Avant que les taxis ne se mettent aussi en grève. Et que les bouchons sur la route rendent le co-voiturage inutile. Des obstacles obscènes et grotesques qui conspirent à faire advenir la possibilité du pire.


Un film porté par son actrice principale

La course contre la montre que devient le long-métrage rend bien la tension de Julie auprès du public. Mais un détail fait tache, et pas qu’un peu: la musique. Certes, on comprend le choix de cet électro austère et oppressant. Mais ces sonorités artificielles et appuyées donnent vite un côté surfait à l’ensemble. Heureusement, l’actrice principale excelle dans son art de faire oublier au spectateur non seulement que c’est une actrice, mais aussi qu’il est lui-même quelqu’un d’autre que ce personnage auquel il s’identifie. Ces annonces ubuesques de la SNCF, ces appels à son ex-mari qui restent sans réponse, ce rythme saccadé, ces cadeaux à acheter pour le petit, on les reçoit en pleine face.

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Comment ne pas penser à toutes ces mères, à beaucoup de nos mamans, pour qui le pourcentage de travail ne signifiera jamais rien, puisqu’elles ont tout donné, à commencer par leur amour, malgré parfois la pire des adversités? En dépit du petit bémol sur la musique, Eric Gravel a signé un film remarquable. Même plus que ça: un film nécessaire. La dure réalité des classes populaires dans la France contemporaine, le clivage centre-périphéries et les impossibles équations temporelles du présent appelaient une telle œuvre. Réaliste, voire naturaliste. Et tournée vers l’éloge du courage et de la justice.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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