« Polina, danser sa vie »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« C’est quoi pour vous danser ?
Ça vient tout seul. »

Au rythme de la musique et du sang chaud en singularité, Polina, danser sa vie raconte l’histoire éternelle et banale d’une ballerine russe, dans les années 1990, en plein post-communisme.

Le corps de Polina est fin, son mouvement gracieux, et danser lui « vient tout seul ». Ses modestes parents, au moyen de nombreux sacrifices, l’inscrivent alors aux cours de l’exigeant Bojinski pour devenir un jour l’étoile du symbole de la fierté russe : le théâtre du Bolchoï.

La petite fille grandit, sa silhouette devient plus fortement délicate et son regard et ses lèvres plus sensuels. Après plusieurs années dures et fermes chez le maître, il est temps de passer l’audition pour pénétrer le rêve du Bolchoï. Polina passe remarquablement l’audition, mais, du haut de ses dix-huit ans, elle tombe amoureuse d’un charmant danseur français, de passage à Moscou. A la triste amertume de sa mère, la petite étoile décide de s’envoler pour Aix-en-Provence en compagnie de son âme sœur.

Ce qui devait être des surprises se transforme en déceptions. La jeune protagoniste se révolte ; elle veut vivre et sentir le désir en son corps, sans se calquer sans cesse sur le modèle de quelque autorité en chorégraphie. Vivre sa danse et danser sa vie. Telle est la quête de Polina au travers de ses aventures tortueuses. En vérité, elle veut participer à la création de l’art en apprenant à « regarder le monde ».

S’inspirant de la bande dessinée de Bastien Vivès, Polina, la cinéaste Valérie Müller et son époux chorégraphe Angelin Preljocaj offrent par ce ballet cinématographique une œuvre complète, simple et prenante.

La danse est présente implicitement ou explicitement en chaque partie du film. Il ne s’agit cependant pas de danse filmée. Polina, danser sa vie, comme le titre lui-même l’indique, propose la découverte psychologique et physique d’une artiste, dans son parcours normal d’adolescente éduquée à la rigueur du pas juste et de l’élégance. Rien que par ces quelques éléments, le spectateur jouit d’une profonde richesse à l’écran.

Les images projetées sont bouleversantes : la Russie enneigée, le visage de la sublime Anastasia Shevtsova, interprète de Polina adulte, la tendresse déterminée du geste noble, le corps envoûtant des danseurs en mouvement. Ce tableau suggère un intéressant rapprochement avec Pina, la biographie de Pina Bausch, dans une version épurée de la dimension documentaire.

Actuellement dans les salles, le film n’obtient pas une bonne critique du grand public. On le juge terne. Il n’en reste pas moins que les goûts plus prononcés pour le cinéma, qui se présente ici davantage en œuvre d’art qu’en occasion de divertissement, sauront se passionner pour cette histoire de désir retrouvé, d’absence à combler et de détermination à devenir soi par la beauté de la danse. Une danse de l’existence.

« Toutes mes chorégraphies parlent de ce que c’est que l’absence de la personne que l’on désire. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : AlloCiné

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