Archives du mot-clé russie

De l’importance de la mémoire apaisée

Le Regard Libre N° 35 – Clément Guntern

La Russie a commémoré en 2017 le centenaire de la révolution d’Octobre. En 1917, les bolcheviks avaient renversé le gouvernement provisoire pour installer leur propre pouvoir. Pourtant, alors que certains se souviennent de cette date, d’autres la fêtent. La mémoire historique nécessite encore un grand travail.

La mémoire historique d’un peuple peut être détournée en un outil politique d’une grande puissance. Les exemples qui l’illustrent sont légion. La Russie a récemment commémoré en toute discrétion le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 qui a mis au pouvoir Lénine et les bolcheviks, ouvrant la voie à plusieurs dizaines d’années de contrôle communiste sur le pays et bien au-delà. A l’occasion de cet anniversaire, un sondage a été réalisé, demandant aux Russes qui serait selon eux le meilleur dirigeant pour le pays aujourd’hui. Et la personne qui arrive en tête est Staline. Lire la suite De l’importance de la mémoire apaisée

« Anna Karenina » : La névrose est plus belle en VO

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le langage claque aux oreilles. La sécheresse du russe, langue originale du film, laisse au spectateur la mission délicate et exigeante de s’imaginer l’équivalent dans sa langue. Ce qui, bien qu’aidé par les sous-titres, représente un exercice ardu. Ce film est sans doute une source de motivation inégalable pour apprendre l’alphabet cyrillique, tant la spontanéité des échanges semble prégnante et juste. La magie se perd quelque peu dans la traduction, mais l’essentiel reste.

Le charme des acteurs principaux, Elizaveta Boïarskaïa dans le rôle d’Anna Karénine et le renversant amant, Maxime Matveïev, qui se glisse parfaitement dans les habits du Comte Vronski, est indiscutable. En face, le mari éconduit, d’une froideur saisissante, Vitaliy Kishchenko, ravira les fans de Poutine, tant sa ressemblance est saisissante. Lire la suite « Anna Karenina » : La névrose est plus belle en VO

« Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Genia (Mariana Spivak) et Boris (Alexeï Rozin) s’apprêtent à divorcer, chacun étant embarqué dans une nouvelle aventure sentimentale. Leur fils Aliocha (Matveï Novikov), 12 ans, n’en peut plus de leurs disputes et sanglote en silence. Il manque si cruellement d’amour de la part de ses parents que ceux-ci mettront du temps à remarquer sa fugue. Ou son enlèvement, qui sait. Sa disparition ne va cependant rien arranger à la haine que les époux en voie de séparation se vouent l’un pour l’autre.

Faute d’amour, c’est le film que la presse francophone adule en ce moment à une quasi-unanmitié. Il faut dire que ce cinquième long métrage du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes. La force de ce film ? Son réalisme, d’une part, et son art, d’autre part. Deux éléments qui, bien assemblés, donnent lieu à un chef d’œuvre – ne pensons qu’à Flaubert dans le domaine de la littérature, qui a réussi à glisser le plus grand génie littéraire dans Madame Bovary, un roman a priori difficile à lire par l’ennui qui lui est intrinsèque. Lire la suite « Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

La Suisse et l’Union européenne, une longue histoire

Le Regard Libre N° 28 – Clément Guntern

La relation Suisse – Union européenne (1/3)

Comme la question de l’avenir de la relation que la Suisse entretient avec l’Union européenne (UE) est centrale pour l’avenir de notre pays en général ; et comme nous serons appelés prochainement à nous prononcer à plusieurs reprises sur cette question, il paraît bon de retracer l’histoire de cette relation et de recentrer un débat qui, trop souvent, part sur l’émotionnel plutôt que le rationnel.

Malheureusement, nombre de réflexions que l’on entend sont tout droit sorties d’un imaginaire collectif concernant l’UE. De plus, il est apparu clairement dans plusieurs sondages post-votations que les jeunes de notre pays considèrent la position suisse en Europe soit comme un acquis, soit comme une situation injuste. Il convient de montrer à quel point ce chemin fut difficile pour notre pays à ceux qui n’ont vécu que la situation actuelle ou ne se rendent pas compte du passé. Lire la suite La Suisse et l’Union européenne, une longue histoire

La Russie est-elle redevenue une puissance mondiale ?

Le Regard Libre N° 26 – Clément Guntern

Ces dix dernières années, est réapparu sur la scène internationale un acteur que beaucoup d’Etats avaient oublié depuis la chute de l’Empire soviétique : la Russie. Depuis le début des années 1990, l’hégémon américain a fait oublié qu’avant l’hyperpuissance, il y avait deux superpuissances. On a parlé du retour de la Russie sur le plan mondial avec ses interventions à l’étranger ou parfois loué son activité sur la scène internationale face à l’inactivité de l’Occident. Est-il pourtant vraiment question d’un véritable retour en force de la Russie au niveau mondial ou est-ce une puissance de façade, bruyante mais peu constructive ?

Tout d’abord, il s’agit de définir les contours du concept de puissance d’un Etat ainsi que de puissance mondiale. La puissance n’existe que dans la relation d’une personne à une autre. C’est-à-dire la capacité qu’a une personne (dans notre cas un Etat) à soumettre sa volonté à autrui. Mais cette capacité d’un Etat peut être comprise de plusieurs façons. Premièrement, un Etat peut être puissant parce qu’il possède une force militaire supérieure à son ennemi. Deuxièmement, la puissance étatique peut être comprise comme économique, avec une forte capacité de production ou la possession de ressources stratégiques comme les hydrocarbures. Ainsi, plus son économie est développée ou stratégique, plus un pays est puissant. Un autre aspect de la puissance est ce que l’on appelle la  « soft power », ou puissance douce. Il s’agit d’une forme de puissance intangible mais qui pourtant se retrouve tous les jours dans la politique mondiale. La puissance douce consiste en la capacité d’un Etat (ou d’autres formes d’organisations : ONG, organisations internationales, entreprises, etc.) à faire changer de comportements d’autres Etats, les mener à penser différemment de manière indirecte, en douceur. Ces différentes définitions de la puissance étatique vont nous permettre de définir si oui ou non la Russie mérite le qualificatif de puissance mondiale. Lire la suite La Russie est-elle redevenue une puissance mondiale ?

« Polina, danser sa vie »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« C’est quoi pour vous danser ?
Ça vient tout seul. »

Au rythme de la musique et du sang chaud en singularité, Polina, danser sa vie raconte l’histoire éternelle et banale d’une ballerine russe, dans les années 1990, en plein post-communisme.

Le corps de Polina est fin, son mouvement gracieux, et danser lui « vient tout seul ». Ses modestes parents, au moyen de nombreux sacrifices, l’inscrivent alors aux cours de l’exigeant Bojinski pour devenir un jour l’étoile du symbole de la fierté russe : le théâtre du Bolchoï.

La petite fille grandit, sa silhouette devient plus fortement délicate et son regard et ses lèvres plus sensuels. Après plusieurs années dures et fermes chez le maître, il est temps de passer l’audition pour pénétrer le rêve du Bolchoï. Polina passe remarquablement l’audition, mais, du haut de ses dix-huit ans, elle tombe amoureuse d’un charmant danseur français, de passage à Moscou. A la triste amertume de sa mère, la petite étoile décide de s’envoler pour Aix-en-Provence en compagnie de son âme sœur. Lire la suite « Polina, danser sa vie »

« Le docteur Jivago » de David Lean

Le Regard Libre N° 1 – Sébastien Oreiller

Récompensé par l’Oscar du Meilleur Film, Le Docteur Jivago, réalisé par David Lean et produit par Carlo Ponti, est une adaptation du roman de Boris Pasternark (1890-1960), sorti en salles cinq ans après la mort de l’auteur, en pleine guerre froide. Censuré par le gouvernement soviétique, le roman, dont l’action s’étend sur près de trente ans, dresse le portrait de la Russie depuis la Révolution d’Octobre jusqu’à la période stalinienne.

Le film s’ouvre sur la rencontre, en plein chantier soviétique, du général Yevgraf Jivago, et d’une jeune ouvrière qui ne serait autre que sa nièce, la fille du poète Youri Jivago et de son amante Larissa. Devant la perplexité de la jeune femme, le général lui raconte l’histoire du docteur Jivago, né en Sibérie avant d’être recueilli à la mort de sa mère par des amis issus de la bourgeoisie moscovite. C’est dans cette cité qu’il étudie la médecine avant d’épouser son amie de longue date, Tonia. Lire la suite « Le docteur Jivago » de David Lean