Les bals folks, une autre façon de se retrouver ?

Le Regard Libre N° 41 – Vincent Schicker

Depuis plusieurs années déjà, il est possible en Suisse d’arpenter différents parquets de danse aux sons d’une variété de groupes. Durant la soirée s’enchaînent valses, gavottes et autres polkas. Or malgré l’importance de certains événements, le monde du folk reste méconnu.

Bien souvent, la première image venant à l’esprit à l’évocation d’un « bal folk » est celle d’un groupe de personnes en costume traditionnel, dansant différentes chorégraphies bien étudiées à l’avance lors de nombreuses répétitions. La deuxième image se rattache plutôt à l’imaginaire du bal, et va ainsi évoquer la grandeur et le faste de soirées animées par un orchestre à cordes, au son duquel des dames en robes longues se font guider par des hommes en smoking, tournoyant au rythme d’une valse.

Bien qu’il y ait une certaine part de vérité dans ces deux images, aucune ne transmet la réalité. Il est vrai que les danses que l’on retrouve sont d’inspiration traditionnelle ou folklorique – qu’il s’agisse de danses bretonnes, basques, piémontaises ou auvergnates –, mais elles ne sont pas dansées à la façon des groupes de danse folklorique. Il s’agit plutôt de les danser dans un cadre proche de celui dans lequel elles ont été dansées : par toutes et tous, durant des fêtes, pour se retrouver les uns avec les autres et partager un moment de vivre-ensemble. Quant à l’imaginaire du bal, on peut le retrouver dans une certaine mesure selon le lieu où il prend place ou les différentes personnes que l’on y retrouve : un bal dans une grande salle avec un beau parquet dégagera plus facilement cette impression qu’un bal dans une salle paroissiale, voire en extérieur.

Un public varié

De toutes les personnes rencontrées lors des différents bals folks, il n’y en aura pas deux qui se ressemblent. Qu’il s’agisse d’âge, de classe sociale ou de lieu d’origine, les bals sont un véritable mélange de cultures européennes. Bien souvent, vous pourrez vous retrouver à danser une polka avec une étudiante bâloise ou une fleuriste genevoise, laquelle aura précédemment partagé une valse avec un ingénieur provençal, et ainsi de suite.

Encore une fois, le cliché du bal dans lequel on doit être tiré à quatre épingles ne se vérifie pas, en témoigne la variété des personnalités présentes. Si certains aiment marquer l’occasion en enfilant leurs plus beaux atours, d’autres n’y attachent au contraire aucune importance, et l’on se retrouve devant une véritable mosaïque de styles : là, un musicien en sarouel ; ici, une trentenaire en jeans avec un simple T-shirt ; encore plus loin, un jeune homme dansant pieds nus. Le mot d’ordre est de porter des vêtements – et surtout des chaussures – dans lesquels on se trouve à notre aise pour danser. Dès lors, chacun y va de sa propre approche du confort.

Cette variété fait des bals folks un lieu de sociabilité important. La danse en est bien sûr une partie importante, mais les rencontres se feront tout aussi bien à la buvette ou sur les côtés de la piste de danse. Bien entendu, on peut dire que l’on peut faire le même genre de rencontres dans des boîtes de nuit et dans l’absolu, c’est vrai. Mais l’ambiance est pourtant radicalement différente, plus joviale, et les flirts – bien qu’ils existent – ne sont pas présents en filigrane dans la moindre interaction.

Et la danse alors ?

La principale bête noire des novices, la peur de tout débutant : l’angoisse de ne pas savoir, ou de ne pas pouvoir danser. Il est vrai qu’une infime minorité de personnes n’arrivent pas à saisir un rythme, mais cela est très peu probable. Les musiques à danser sont – comme leur nom l’indique – faites pour danser, avec un rythme marqué et des phrases musicales claires. De plus, il existe de nombreuses solutions si l’on ne connaît aucune danse : l’écrasante majorité des organisateurs de bals proposent une initiation précédant le bal, adressées aux débutants. Et si l’on vient plus tard, alors on trouvera toujours un ou une partenaire qui enseignera volontiers, même rapidement, les pas de base. Beaucoup de danseurs ont commencé à apprendre sur le tas quelques danses fondamentales, avant de les maîtriser un peu mieux et finalement connaître des danses plus variées, moins souvent dansées mais tout aussi intéressantes.

Une autre crainte des nouveaux danseurs est de ne pas trouver de partenaire. Il est vrai que l’on a presque systématiquement affaire à une majorité de femmes dans les bals, mais ce n’est de loin pas un problème. La « communauté folk » est de façon générale très accueillante et, si vous demandez avec un sourire, n’importe quel danseur sera prêt à vous emmener sur le parquet.

Il existe une immense variété de danses, mais il y a dans ce vaste répertoire un ensemble de danses que l’on retrouve dans tous les bals, à moins que le bal ne soit spécifiquement axé sur les danses suédoises ou basques par exemple. La majorité de ces danses communes se dansent en couple, mais on trouve aussi différentes danses en groupe – en ligne ou en cercle – voire des danses en couple dans lesquelles les danseurs changent de partenaire. Tout le monde trouve donc son compte : mazurkas langoureuses, polkas endiablées, valses tournoyantes, scottisches sautillantes ou les gavottes de l’Aven, plus contemplatives.

La danse est une chose, mais la musique en est une autre

Comme il a été mentionné, il existe une grande variété de danses, mais la musique connaît une variété encore plus impressionnante. Les instruments traditionnellement rencontrés sont l’accordéon, le violon, différentes parentes de la cornemuse ou la vielle à roue, mais sur scène peuvent aussi se côtoyer guitares, trombones, xylophones, batterie, banjo ou encore contrebasses. De cette variété d’instruments émerge donc une variété de possibilités musicales. Le même morceau interprété par un duo guitare-clarinette n’aura pas la même énergie qu’un trio vielle à roue-cabrette-accordéon !

Ces possibilités musicales sont encore renforcées par un répertoire très divers. Il existe une grande quantité de morceaux, connus de nombreux musiciens, qui peuvent être interprétés de façon traditionnelle ou plus moderne, mais de nombreux groupes font le choix de composer leur propre musique. Et, comme dans tous les genres musicaux, chaque groupe a sa propre synergie interne, des instruments différents et donc un style qui lui est unique.

Ainsi, les bals folks sont bien différents des clichés qu’on leur attribue, et d’une variété très importante : d’un groupe à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’un danseur à l’autre, l’expérience sera rarement la même. L’ambiance conviviale qu’on y trouve permet aux nouveaux danseurs d’appréhender l’activité sans crainte et d’y faire de nouvelles rencontres facilement. Si les lecteurs souhaitent obtenir des informations sur les différents bals organisés en Suisse, elles sont disponibles sur le site danseinfo.ch.

Ecrire à l’auteur invité : schicker.vincent@gmail.com

Crédit photo : © Samuel Lagneau / Facebook : Marshmallow Photo

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