«Putain D’AVC!» : un temoignage indispensable et touchant

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Un titre fort, dont la colère et la frustration qui surviennent lors d’un accident vasculaire cérébral (AVC) transparaissent bien. Chamboulé par cet événement qui transforma sa femme énergique et restant «joyeuse, heureuse, courageuse, au-delà, souvent, de la raison», Simon Roger-Vermot livre à travers un journal de bord rédigé au cours des semaines passées au chevet de sa femme ou dans les couloirs et autres salles d’attentes des institutions de soin un compte-rendu de l’expérience qu’impose un proche atteint d’un AVC.

«L’AVC frappe comme la foudre, imprévisible, brutal. Il divise la vie en un ‘après l’AVC’’ qui ne sera plus jamais comme ‘‘avant l’AVC’’.» 

La déclaration d’amour qui ouvre le récit, ode à la douceur et, surtout, à la lumineuse Céline, introduit le lecteur avec aisance dans l’univers familial que Simon et Céline ont créé à quatre mains; elle nous emmène brièvement dans la personnalité de cette dernière et nous la rend attachante, la faisant pétiller dans notre esprit. Jusqu’à l’annonce de la date du 27 février, un dimanche, que ni Simon Roger-Vermot (l’auteur) ni son fils, Michel, ne pourront effacer de leur mémoire.

«Elle s’appelle Céline. Elle est ma fleur, ma boussole, mon soleil. Celle sans qui ma vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Yeux pers, silhouette adorable, belle à en mourir. A la fois espiègle et aimante, généreuse et terriblement attachante, elle sème bonheur et joie de vivre, attentive au bien-être des siens, de sa famille et même des autres, sans jamais exiger quoi que ce soit en retour…»

Pour preuve de l’incompréhension à laquelle peut mener un AVC, la description détaillée de cette fin de matinée où, après avoir dégagé le chat ronronnant de ses genoux, il retrouve sa femme haletante sur le carrelage de la cuisine, une plaie saignante au front. Incapable de répondre, elle ne peut lui faire comprendre ce qu’il se passe et lui, tout avenant qu’il soit, ne pense pas à un problème grave. C’est la malédiction de l’AVC, dont les signes – difficulté à parler, paralysie du visage ou d’un côté du corps, fou rire spontané, maux de tête et troubles de l’équilibre – sont méconnus.

Si l’humain est ce que vous cherchez à découvrir à travers vos lectures, l’humanité la plus simple, la plus proche, alors Putain d’AVC saura vous arracher à votre quotidien par le regard qu’elle permet, empathique au possible. Vous y arracher ou, pour ceux ayant vécu l’AVC et subi ses conséquences, vous y replonger, en sentir à nouveau toutes les avancées et tous les espoirs, ses retours en arrière et ses frustrations souvent intensément vécus tant pour la victime de l’AVC que pour ses proches. L’écriture spontanée de Roger-Vermot nous montre combien, dans de telles situations, une simple déglutition réussie peut être porteuse du plus grand des bonheurs.

«Je lui raconte plein de trucs et aussi l’encourage à se battre, que je la veux vers moi, à la maison, qu’elle me manque énormément. Il me semble qu’elle comprend bien ce que je lui dis. Plus que les autres fois. […] Elle a un regard que je n’arrive pas à qualifier, mais j’y devine plein d’amour…»

«J’allume la télé pour faire diversion… Elle tente à nouveau de me dire quelque chose. Mais c’est terrible d’incompréhension. Je vois sonvisage s’assombrir, puis me sourire tristement. […] Dans l’ascenceur, j’ai le corps secoué de spasmes et mes yeux pleurent à chaudes larmes.»

Ergothérapeutes, infirmiers, neurologues, physiothérapeutes, médecins… La liste des personnes gravitant autour d’un patient atteint des séquelles de l’AVC est longue, et la communication entre ces derniers et les proches peut parfois plonger dans le désarroi ou la colère. Pour cette raison et bien d’autres, émotionnelles et rationnelles, le livre de Simon Roger-Vermot, empli d’honnêteté, est une belle découverte malgré le peu de travail sur l’écriture, qui devient finalement sa force.

Simon Roger-Vermot
Putain d’AVC
Editions Slatkine
2018
100 pages

Ecrire à l’auteur : helene.lavoyer@leregardlibre.com

Crédit photo: © Hélène Lavoyer pour Le Regard Libre

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