«Los Fantasmas Del Caribe» ou l’identité fragmentée

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Le passé fait que le présent est différent. Quelque part entre deux temps verbaux, deux époques, deux réalités, l’identité trouve malgré tout un fil fragile sur lequel progresser en équilibriste.

Il y a souvent un étrange décalage entre ce que nous avons vécu et ce que nous souhaitons vivre. Entre deux, parfois, comme dans le cas du documentariste Felipe Monroy, la nécessité de revenir à ses origines s’impose malgré tout et cette démarche débouche sur le surgissement progressif des fantômes de l’enfance.

Los Fantasmas Del Caribe est à la fois l’histoire intime d’une famille éclatée par la drogue et la violence tout comme le portrait d’un Colombien, héritier des affrontements de son pays et d’un homme tentant de recoller les morceaux.

Tout commence simplement. Felipe Monroy revient sur le quotidien de sa mère et sa force d’avoir élevé deux enfants toute seule dans le contexte de la guerre des narcotrafiquants à Bogota. Une femme qui les frappait sans explication. Une femme qui a perturbé l’éducation de ses enfants sans s’en rendre compte, peut-être victime de la violence dans laquelle ils ont tous grandi ou en réaction à l’abandon de la famille par le père.

Le documentariste filme d’abord sa mère sur le chemin du travail. Il évoque rapidement l’angoisse qui est liée au fait d’avoir grandi dans un pays où, durant l’enfance, Pablo Escobar a fait la loi dans les rues. Ce n’est pas un film sur les narcos, même l’antithèse de la série du même nom; plutôt sur l’influence qu’un contexte politique et social peut avoir sur le quotidien familial. C’est le regard presque naïf d’un homme sur sa vie. Une démarche qui, il faut l’avouer, semble a priori banale et sans réel intérêt puisque cette réalité colombienne nous est très lointaine.

Toutefois, Felipe Monroy parvient à rendre le cas particulier de sa famille plus universel qu’il n’y paraît. Il identifie l’humanité derrière les erreurs de jeunesse et le pardon indispensable pour avancer dans une relation compliquée avec ses parents. Pardonner comme les FARC face au gouvernement et aux Colombiens.

Une volonté intime de recoller des morceaux qui ont été éparpillés par le destin, comme le diraient certains, ou par la vie, comme en seraient convaincus les autres. Cette expérience de revenir sur une période révolue pour tenter de reconstruire avec les parcelles d’être que nous possédons, et plus sereinement qu’en temps de guerre.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo: © Adokfilms

Los fantasmas del caribe
Suisse, 2018
Réalisation: Felipe Monroy
Documentaire
Production: Adokfilms
Distribution: Adokfilms
Durée: 1h29
Sortie: 5 décembre 2018


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