Est-ce à Greta Thunberg de recevoir un prix Nobel?

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

Il y a quelques jours, des parlementaires norvégiens ont annoncé qu’ils allaient proposer la jeune militante suédoise pour le climat au prix Nobel de la paix. On peut légitimement se demander pourquoi. Certainement parce que ses coups d’éclats médiatiques lui ont permis d’être entendue par une très large audience. Ses prises de parole – qui frappent par leur vivacité et leur côté offensif – adossées aux mots qu’il faut pour être entendue lui ont donné une légitimité médiatique soi-disant mondiale. Mais c’est tout.

Une carte publiée par le magazine Courrier International montre que la grève «mondiale» n’est qu’une expression vide de sens, tant les manifestations qui ont eu lieu se sont concentrées dans les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord. A l’inverse, celle publiée par Fridays for future, association créée en soutien à la militante suédoise dans son appel à la grève mondiale, dévoile une planète constellée de grèves du nord au sud.

L’icône du jeunisme

Certaines personnes, plus critiques par rapport au phénomène Thunberg, ont pointé du doigt l’encadrement de cette campagne par une équipe de spécialistes en communication, bien loin de l’image de la jeune fille qui part seule au combat face aux puissants de ce monde. Mais de nouveau, pourquoi elle et pas quelqu’un d’autre?

La preuve de la justesse de la question est qu’elle n’a été que trop peu posée. Mais l’efficacité de la communication de la jeune Suédoise tient non seulement à un encadrement de spécialistes, mais aussi parce que Greta Thunberg représente tout ce qui plaît actuellement: une jeune fille au visage poupon qui parle de climat avec force.

Et surtout, une critique agressive de l’inaction des plus âgés qui, comme par miracle, l’admirent en retour alors qu’ils sont sa cible. Elle est l’icône internationale du jeunisme, ce culte que vouent beaucoup aux valeurs défendues par les jeunes, comme pour leur donner raison sur toute la ligne en espérant se faire absoudre de leurs péchés passés. Parce qu’on est jeune, on a tout compris et on peut être d’accord. Mais parce qu’on est vieux, on n’a rien fait ou fait tout faux. Ça, c’est plus problématique.

Un Nobel un peu faible?

Il ne s’agit pas ici d’être opposé à un prix Nobel dédié aux protecteurs de l’environnement. Au contraire, ce serait un signe de plus de l’avancée des consciences. Mais gardons-nous de choisir une telle candidate parce qu’elle est en vogue sur la vague médiatique. Greta Thunberg n’est évidemment pas la seule personne à se battre pour la planète, non? Combien de personnes perdent-elles la vie à travers le monde parce qu’elles ont voulu défendre leur foyer ou leur région des destructions? Un lauréat du prix Nobel de la paix ne doit-il pas être quelque part une sorte de héros? Quelqu’un qui dépasse ses propres limites pour faire avancer une cause, et par-dessus tout faire le bien autour de lui?

Les lauréats 2018 du prix Nobel de la paix ne semblent pas vraiment jouer dans la même catégorie que Greta Thunberg: Denis Mukwege, chirurgien qui se bat de longue date contre le viol comme arme de guerre, et Nadia Murad, qui se démène pour faire reconnaître le terrible sort de sa communauté face à la barbarie de l’Etat islamique.

Mais surtout, il faut replacer la nouvelle de cette nomination dans son contexte: elle n’est qu’une proposition parmi des centaines d’autres. A ce stade, une longue procédure doit encore être accomplie et un prix Nobel de la paix n’a pas comme vocation de désigner objectivement, au nom de l’humanité tout entière, celui qui est meilleur que les autres.

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.ch

Crédit photo: © Wikimedia CC 1.0

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