Didier Burkhalter, vision d’une «Terre Minée»

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Extrait de notre dossier spécial Didier Burkhalter contenu dans notre numéro d’avril, en commande ici

Lorsqu’un ancien politicien se met à écrire des romans, il peut être compliqué de séparer l’œuvre artistique de l’auteur et de la personnalité politique. Didier Burkhalter, dès le lendemain de sa démission, se mit à la rédaction de son premier ouvrage qui parut quelques semaines à peine après le début de ce nouveau chapitre de sa vie. Depuis ce premier livre intitulé Enfance de terre, trois autres ont été publiés aux éditions de L’Aire. Le dernier en date, Terre Minée (arrivé le 25 mars dans les librairies de Suisse romande), fait suite au roman Mer Porteuse, dont il explique que «les personnages sont revenus frapper à la porte de [son] cœur».

Roman historique plus que fictif, Terre Minéeemmène le lecteur à la rencontre d’une douzaine de personnages dont les destins a priori disjoints finissent par s’entrecouper parfois, ou en tout cas se font écho en débordant les uns sur les autres. Historique, ce roman l’est puisqu’il couvre diverses époques, auxquelles il fait référence et que vivent les personnages, à l’image de Padrig qui voit le jour en 1953 ou d’Enor, un ancien combattant de la si mal nommée «Grande» guerre.

Le poids du passé

Au fil de la lecture, la frontière entre le présent et le passé se fait poreuse, agrémentée qu’elle est de retours en arrière, de référence à des personnages connus ou inconnus de ceux dont il peut être question dans l’un des douze chapitres du livre. Les destinées qui y sont présentées sont marquées par leur passé et des événements traumatisants. L’histoire se retrouve nouée à cette idée que le passé, bien souvent, n’épargne pas les générations qui construisent le présent. Qu’il en est le pilier le plus important.

Le récit du viol de Marguerite ainsi que les conséquences de ce crime sur cette dernière ou la personnalité controversée de Pancrazio, jeune Italien ayant soif de violence dans une Italie communiste et combattive, constituent des exercices d’écriture et de pensée complexes. Pour parler de ce que l’on n’a pas vécu, d’idées que l’on ne partage pas, il faut non seulement un certain culot mais aussi une bonne dose d’empathie. Etre capable de « se mettre à la place de ». Un exercice dont nous ne sommes pas certains de pouvoir dire de l’auteur qu’il l’a réussi avec brio, parce qu’une certaine absence de profondeur dans les protagonistes se fait parfois ressentir.

Le passé et la mémoire prennent ainsi un poids considérable dans le propos prenant racine dans Terre Minée – un titre qui fait miroir à celui de Mer Porteuse, deux jeux de mots faciles, pas forcément attrayants mais assez représentatifs de ce à quoi on peut s’attendre page après page. Malgré tout, ces deux thématiques portent en elles un intérêt indéniable pour tout un chacun, puisque nous sommes tous porteurs de la grande Histoire ainsi que de la nôtre.

Récit miné

Miné, le roman l’est aussi, mais d’une façon bien différente. Plusieurs pièges apparemment involontaires surviennent à la lecture. Tout d’abord, les incessantes références à l’un ou l’autre des personnages faisant vivre le roman emmêlent l’histoire. Un peu trop, car souvent, il a fallu revenir aux pages précédentes afin de renouer le lien avec le personnage dont nous parle l’auteur. C’est ensuite toute une série de valeurs tenues pour supérieures et universelles qui submergent le récit. Ainsi, l’amour, la justice, le respect, l’honneur ou la détermination animent tous les personnages.

A tel point que le lecteur est en droit de se demander si ceux-ci ne sont pas simplement – à l’exception peut-être de Pancrazio qui semble être l’unique tentative de sortir des sentiers battus – des extensions de l’auteur. Celui-ci, en se laissant apparemment bouleverser par les voix de ses personnages qu’il a entendues en lui, semble être justement en train d’offrir une nouvelle campagne politique. Le narrateur, en retraçant grossièrement les événements les plus marquants de l’histoire de l’humanité, tels que la guerre du Vietnam, les Première et Seconde Guerres mondiales, ou l’immigration de masse, promet de pouvoir trouver une porte vers un futur brillant en suivant les valeurs nommées.

Ecrire à l’auteure: helene.lavoyer@leregardlibre.com

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