«Ad Astra»: à la quête des étoiles, à la quête du père

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Nous pensons que votre père est vivant, près de Neptune.»

La passion se transmet d’une génération à l’autre. Les blessures et les fautes aussi. Clifford McBride (Tommy Lee Jones) a été un héros. Il a accompli des exploits en matière d’astronomie. Malheureusement, son équipage et lui ne sont jamais revenus de leur dernière expédition, le projet LIMA. Ce qui a poussé son fils, Roy McBride (Brad Pitt), à suivre les traces de son père. Astronaute à son tour, héros à son tour.

On se trouve dans un futur proche, plein d’espoir mais inquiétant, selon le prologue du film. Les voyages sur la Lune sont désormais commerciaux, même touristiques. Mars n’est plus inatteignable. Les êtres humains y ont d’ailleurs établi une station. Austère. Si l’accès à l’astre lunaire ainsi qu’à la planète Mars est désormais relativement facile, cela ne comporte pas que des avantages. Le chaos terrestre y a été importé par là même.

Retournement de situation: le chaos que les hommes ont provoqué dans l’espace se retourne contre eux. Des dites «surcharges» venant de Neptune provoquent des dérangements dans tout le système solaire, jusqu’à la Terre donc. Des morts, des dangers. Il faut faire en sorte que cela cesse au plus vite. Les spécialistes se rendent compte que les perturbations viennent justement d’un satellite aux abords de Neptune, celui jusqu’où est allé l’équipage de la mission LIMA, dirigé par Clifford McBride justement. On croyait ce héros mort, mais tout laisse à croire, selon les signaux, qu’il est encore vivant. Le fils est alors envoyé, pour retrouver son père.

Un voyage dans l’espace psychologique

Scénario complexe et riche, qui ne se contente pas de raconter une expédition spatiale, mais qui va beaucoup plus loin. De l’exploration de l’univers, on passe à l’exploration de l’âme humaine. En cela, Ad Astra est remarquable. L’itinérance est davantage psychologique que spatiale.

Roy McBride, du haut de grade de major, semblant résister à tout, se révèle souffrant de l’absence d’un père perdu, dont il n’a jamais ressenti l’affection. Il souffre aussi de sa solitude à lui, ne sachant entretenir sa relation amoureuse; n’ayant pu, à son tour, transmettre la vie. Il souffre d’un manque de sens. A quoi bon aller toujours plus loin, toujours plus haut? A quoi bon sacrifier la vie d’hommes et de femmes? Pour le progrès «et tout ça…»? A quoi bon aller sur la Lune, si c’est pour y laisser s’établir tous les vices et les édifices qui étouffent déjà la Terre?

Avec Ad Astra, on voyage jusqu’à Neptune, et jusque dans les doutes les plus profonds du major McBride. Jusque dans un véritable questionnement philosophique à propos de la fameuse quête incessante de l’espace. Le scénario est donc à louer, mais le jeu des acteurs aussi. Particulièrement celui d’un Brad Pitt bouleversant. Son regard exprime un mâtinage fascinant de peur et de courage, de détermination et d’hésitation, d’espoir et de résilience, d’enthousiasme et de lassitude. La star hollywoodienne habite là sans doute l’une de ses interprétations les plus remarquables.

L’homme est voyageur

Et puisque la réalisation de James Grey est réussie jusqu’au bout (du monde! permettez-moi un peu de légèreté), il ne faut pas oublier que le fond est porté par une forme excellente. La photographie maîtrise tout autant les jeux de lumières que les jeux de plans. Ces derniers se voient tournés et retournés au gré des mouvements brusques des vaisseaux. Mais ce ne sont pas ces plans-là qui portent le plus de puissance. Les premiers plans sur le visage de Brad Pitt, jouant tantôt avec la stabilité qui engendre l’angoisse et avec les reflets de son casque qui provoquent la confusion, on est là face à de l’art.

Les tons de couleurs parlent également d’eux-mêmes. De la froideur d’un bleu-blanc lunaire, on passe à la chaleur d’un orange étourdissant sur Mars, pour n’évoquer qu’une seule chose: le sentiment d’être étranger. Le monde que l’homme doit habiter, c’est la Terre. En d’autres lieux, l’atmosphère lui est hostile. L’homme est voyageur, mais ses repères se trouvent toujours et encore dans la proximité, banale mais essentielle, des personnes qui nous entourent, des personnes qui tiennent à nous. De ceux qui nous aiment.

«Le fils souffre des péchés du père.»

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © The Walt Disney Company

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