Les différences hommes-femmes devenues taboues
Peggy Sastre et Leonardo Orlando, co-auteurs de «Sexe, science et censure»
Peggy Sastre et Leonardo Orlando dénoncent l’omerta universitaire et médiatique qui entoure aujourd’hui les différences entre hommes et femmes. S’appuyant sur des décennies de recherches scientifiques, ils plaident pour un retour à un débat fondé sur les faits.
«La biologie et la théorie de l’évolution de Darwin sont devenues des sujets tabous dans les universités, les institutions et les médias dès qu’il s’agit d’aborder les différences entre hommes et femmes.» Dès l’introduction de Sexe, science et censure. Les vérités taboues de la guerre du genre, paru en octobre, Peggy Sastre, journaliste au Point et docteure en philosophie des sciences, et Leonardo Orlando, docteur en science politique et titulaire d’un master de philosophie, donnent le ton. Il s’agit pour eux de briser cette omerta au fil de leurs 300 pages accessibles et passionnantes.
Sans aucun doute, ce livre fera date, tant il est un excellent résumé des différences sexuelles indéniables établies par la science depuis des décennies au niveau des hormones, du cerveau, de la psychologie ou encore des comportements. Ainsi, on apprendra pourquoi les filles ont tendance à préférer les poupées aux camions, pourquoi les champions d’échecs sont presque exclusivement masculins ou pourquoi les femmes sont davantage jalouses des infidélités sentimentales que sexuelles, et les hommes l’inverse.
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L’un des points importants des enseignements de la recherche est que les mêmes asymétries statistiques moyennes entre hommes et femmes se manifestent dans toutes les époques et les sociétés. Toutefois, comme l’appuient les deux auteurs, ces résultats ne doivent pas nous amener à nous penser esclaves de notre passé évolutif, et donc à nier la liberté individuelle ou l’importance du facteur culturel dans l’explication de nos pensées et de nos actes. En nous rendant plus lucides sur nous-mêmes, plus conscients de nos inclinations, cette compréhension de la nature humaine nous permet de mieux en jouer. Sans ces données, la médecine est également moins adaptée. Bref, l’étude des inégalités hommes-femmes sert leur égalité de chances.
«Une fraude intellectuelle»
Alors, pourquoi cette loi du silence? La raison principale, avancent les auteurs, en «est que l’Université contemporaine a sacrifié la réalité et la science sur l’autel de l’idéologie. Des disciplines entières des sciences sociales sont devenues une fraude intellectuelle: de simples entreprises militantes vouées à la promotion d’un système de croyances qui nient les sciences naturelles.»
Cette analyse était déjà celle du biologiste Robert Trivers en 1976, comme le précisent Peggy Sastre et Leonardo Orlando. Les choses se sont empirées depuis. Avec l’essor des «études genre» et autres approches du «tout culturel», les contempteurs de la biologie et de la théorie de l’évolution se sont multipliés et se sont dotés d’une crédibilité académique en se citant entre eux. Pendant ce temps, les autres chercheurs se sont tus face à cette vision obscurantiste, par confort social, voire ont mis de l’eau dans leur vin.
Ainsi, écrivent les auteurs, «les publications récentes sur les causes biologiques des différences comportementales entre hommes et femmes offrent un contraste saisissant avec les travaux parus en 1970 et 1980. Ceux d’alors étaient clairs et assumés, tirant toutes les conséquences scientifiques des données, sans craindre de heurter les sensibilités. Aujourd’hui, les ouvrages académiques, malgré la masse monumentale d’éléments accumulés au fil des décennies et dont on ne disposait pas à l’époque, se montrent bien plus précautionneux dans leur manière de présenter ces recherches.»
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Peggy Sastre et Leonardo Orlando contribuent à rappeler une exigence essentielle: nul propos se voulant sérieux ne devrait contredire des recherches empiriques et théoriques rigoureuses. C’est une chose d’affirmer que la science ne dit pas tout du monde; c’en est une autre de vouloir jeter le discrédit sur ce qu’elle dit.
Du reste, ces tabous sur la psychologie évolutionnaire ou la biologie sont d’autant plus absurdes qu’ils sont portés par des adeptes de ce qu’on appelle les «sciences sociales» – des disciplines dont le critère de validation est beaucoup moins clair que celui des sciences plus «dures» auxquelles elles s’attaquent. La jalousie explique beaucoup de cas étranges en ce monde. En serait-ce un?
Philosophe de formation et journaliste de profession, Jonas Follonier est le rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com.
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Peggy Sastre et Leonardo Orlando
Sexe, science et censure. Les vérités taboues de la guerre du genre
Editions de l’Observatoire
Octobre 2025
300 pages
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