«Ambulance»: le shoot d’adrénaline qui réveille le blockbuster américain

Les mercredis du cinéma – Jordi Gabioud

Voilà plusieurs années que la critique adore détester les propositions de Michael Bay, y voyant des films abrutissants, une imagerie beauf et des scénarios futiles. Ambulance ne déroge pas au style du réalisateur. Et pourtant, il est possible que cette fois, la critique se laisse emporter dans cette intense course folle de plus de deux heures.

Lors d’un braquage qui tourne mal, deux frères (Jake Gyllenhaal et Yahya Abdul-Mateen II) n’ont d’autre choix que de fuir les forces de l’ordre en ambulance. Le film s’arrête à ce postulat, simple, mais suffisant pour justifier ses deux heures d’une course-poursuite sous adrénaline.

Le rythme turbulent du divertissement

La réputation de Michael Bay n’est plus à faire: le réalisateur de blockbusters d’action comme Armageddon, Bad Boys I et II ainsi que la saga des Transformers représente le cinéma industriel de pur divertissement. Chaque nouvelle production est ainsi l’occasion pour la critique d’exposer son rejet viscéral de ses films afin de mieux défendre les valeurs du cinéma d’auteur et de la production indépendante. Pourtant, avec Ambulance, le cinéaste met cette fois de côté l’humour grossier et la sexualisation pour laisser place exclusivement à l’action. Dans l’héritage direct d’un Mad Max: Fury Road, ce sont bien deux heures de course-poursuite incessantes, sans gras ni temps-mort. 

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Ambulance fait dans la linéarité efficace sur le modèle de Speed: chaque problème réglé laisse place à un nouvel enjeu à surmonter, et ainsi de suite. La tension est constamment présente et parvient à construire la personnalité et les relations entre personnages au sein même de son action. C’est peut-être le point fort d’Ambulance, dépassant ici la plupart des blockbusters d’action qui séparent soigneusement les moments divertissants à ceux de développement, plus posés. Le film assume pleinement sa volonté jusqu’au-boutiste et offre ainsi un divertissement efficace et bien pensé.

Le long-métrage ne laisse donc aucune place à la symbolique, au temps mort, à la contemplation et ne s’encombre d’aucune subtilité. Au contraire, il arbore fièrement les ficelles les plus usées du genre, grâce à un héros obligé de verser dans le crime pour soigner le cancer d’une épouse qu’on baignera d’une intense lumière crépusculaire et à de lourdes notes de violons, toujours en mineur bien évidemment. Le film a tout pour une fois encore provoquer la répulsion des critiques, un rendez-vous à présent régulier pour la filmographie de Michael Bay. Mais cette fois, ce sera peut-être différent.

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La critique contre le spectacle

La critique a toujours profité du cinéma de Michael Bay pour lui opposer ses valeurs auteuristes. Elle aime changer les images en mots; il est toujours intéressant de voir en ces images des symboles destinés à certains initiés et n’attendant que d’être décodés afin d’instruire le profane. Si ce code nécessite une connaissance élargie de la filmographie de son auteur, c’est encore mieux! Le cinéma de Michael Bay ne comporte pas de symboles. Il ne nécessite pas de connaissances. Mais il n’est pas vide pour autant: il se concentre sur son spectacle. Ambulance exprime cette quête d’efficacité. La caméra est toujours en mouvement et refuse de nous laisser détourner les yeux. Les mouvements, le découpage, l’action, tout va très vite. Même lorsque l’ambulance est censée ne rouler qu’à 30 km/h, nous avons l’impression qu’elle dépasse les 100.

Jake Gyllenhaal et Yahya Abdul-Mateen II dans Ambulance de Michael Bay © Universal Studios. All Rights Reserved

C’est ainsi plus difficile pour la critique de mettre les images en mots quand celles-ci veulent se suffire à elles-mêmes. Mais il serait simpliste de résumer ce désamour à quelques tropes peu appréciés et à un manque de substance. Le cinéma de Michael Bay est aussi le prototype du produit de consommation américain imposant sa culture au reste du monde. Le devoir de la critique est alors de dénoncer cette hégémonie qui menace, selon elle, le cinéma indépendant. Pourtant, en 2022, il se peut que cette sociologie – un peu stéréotypique, il faut bien l’accorder – ait évolué.

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En effet, à mesure que les premiers avis sur Ambulance arrivent, on y voit une tendance à la nuance entamée timidement avec No Pain No Gain (2013) se poursuivre à base de «je n’aime pas le cinéma de Michael Bay, mais…». Puis, on constate qu’avec ses années d’expérience, l’homme maîtrise de mieux en mieux son esthétique tout en continuant de chercher l’innovation.

Avec Ambulance, ce seront des plans très calculés en drones – déjà  légions sur internet mais très peu  vus au cinéma – que l’on saluera pour leur rythme et pour les nouvelles capacités que la technologie offre au septième art. Plus encore, ce sera sûrement la faible utilisation d’effets numériques qui seront mis au crédit du film, son réalisateur recherchant une action plus organique. Michael Bay nous rappelle que le spectaculaire au cinéma ne vient pas de sa capacité à imiter le réel sur un fond vert pour le détourner, mais de le pousser hors de ses limites sans intermédiaires.

Une opposition à un autre genre de blockbusters 

Ce choix sera salué par la critique, car sur ce point, le cinéma de Michael Bay s’oppose à un cinéma pire encore à ses yeux: le blockbuster sériel des Marvel et DC qui phagocyte les salles depuis plus d’une dizaine d’années. Ce cinéma américain hégémonique, produit par des cinéastes souvent sans personnalité et qui ne s’embarrassent même plus de la réalité, s’assume alors comme un produit entièrement artificiel et cynique qu’aucun journaliste cinématographique ne peut pardonner. Au symbole artificiel, le critique préfère encore l’absence de symbole lorsqu’elle est au moins au service de ce qui fait le cinéma spectaculaire: un savoir technique efficace. 

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Ambulance bénéficie à coup sûr de cette opposition. Pourtant, il ne reste pas exempt de défauts même dans sa technique. Les plans, demeurant systématiquement en mouvement, donnent souvent l’impression de brouillons assemblés. Les rares moments plus calmes empruntent cette même grammaire du mouvement à tout prix, les rendant certes originales, mais aussi artificielles. Les plans drones coupent toujours trop tôt. Etc. etc.… Les conditions de production difficiles (période de Covid oblige) se ressentent à l’écran, offrant une action efficace, inventive et parfois un peu trop confuse. Mais ce sont peut-être ces imperfections qui rappellent aussi que nous sommes face à un blockbuster d’action qui assume sa propre personnalité.

Ecrire à l’auteur: jordi.gabioud@leregardlibre.com

Crédits photos: © Universal Studios. All Rights Reserved

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