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«La Panthère des neiges» en film offre un visage à la contemplation5 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Après la mise en roman de ses aventures tibétaines à la quête de la panthère des neiges, Sylvain Tesson apparaît à l’écran dans un film intitulé lui aussi La panthère des neiges. Signé par la réalisatrice Marie Amiguet et par le photographe animalier Vincent Munier, ami avec lequel Tesson est parti à l’affût de la panthère, ce documentaire est une réussite en tous points. Outre ses images à couper le souffle, ce long-métrage français pourrait bien ramener à l’attitude contemplative tous ceux qui l’ont oubliée, soit la quasi-totalité de l’humanité.

Des sacs à dos, de bonnes vestes, quelques vivres, du matériel vidéo et beaucoup de force mentale. Tels sont les principaux bagages du duo d’amis qui mettent le cap sur les hauts plateaux tibétains. L’objectif de ce nouveau périple dans lequel se sont lancés l’un des écrivains hexagonaux les plus appréciés du moment, Sylvain Tesson, et le photographe animalier Vincent Munier? «Atteindre une bête dont rien ne garant[it] la venue.» A savoir la panthère des neiges, aussi rare que discrète. «Mépriser la douleur, ignorer le temps et ne jamais désespérer d’obtenir ce que l’on désire»: un beau programme. Mais pas à la portée de tout le monde. Sylvain Tesson a fait du dépassement de soi son activité; et de la sublimation littéraire de cette activité, sa vocation.

Lutter pour que le monde demeure

La panthère des neiges est un documentaire qui utilise la technique de la voix off, un classique du genre. Et ce sont justement des extraits du roman éponyme que l’on entend, lus par l’auteur lui-même. Présenté en avant-première au Festival de Cannes 2021, le long-métrage de 90 minutes nous montre les deux compères à l’œuvre dans leur démarche de passionnés, tantôt progressant dans la montagne, guettant quelque présence, tantôt se nourrissant de victuailles de circonstance dans une grotte. Les images auxquelles le spectateur a l’honneur d’avoir accès sont toutes époustouflantes. Des paysages sauvages se succèdent, des silhouettes à l’horizon, des aubes et des crépuscules. Yaks sauvages, loups, renards et autres tchirous sont capturés par l’œil de Munier et de ses appareils. On les voit comme en vrai, puis derrière un filtre. On s’émeut. On cherche. On attend.

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On attend la panthère. Et l’un des principaux avantages du film réside précisément dans sa capacité à transformer l’impatience du public en une forme de patience. C’est que l’écrivain à la face cabossée, précisément, nous en convainc, et que le spectacle qui s’offre à lui s’offre aussi à nous: «J’avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde.» Même si l’éloge d’une nature épargnée par la civilisation auquel se livrent les deux protagonistes consiste en une forme d’idéalisation, on est obligé de s’incliner devant la force de persuasion de cette matière morale et esthétique qui s’accueille comme une leçon d’humilité. Et comme un appel à la préservation du monde – et de la faculté de s’en émerveiller.

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La musique à côté de laquelle tout le monde est passé

Alors forcément, le surgissement – ou non – de dame panthère est la clef du film. Mais voilà qu’à la conclusion a lieu un autre surgissement, passé un peu inaperçu. Celui de la chanson We are not alone, interprétée par Nick Cave et Warren Ellis. Un blues/rock mélancolique avec force chœurs et cordes qui peut étonner mais qui ne détonne pas. Ses paroles, magnifique cohérence avec le reste de l’œuvre, sont écrites par Sylvain Tesson, en écho avec l’enseignement très personnel, pour le coup, qu’il a tiré de ce voyage initiatique. L’ambiance qui en résulte est celle des chansons-psaumes de Léonard Cohen, où l’on cherche du sens dans ce mystère nommé vie:

«Ce monde a des oreilles et les rochers ont des yeux
La nature aime se cacher
Le monde est un buisson plein d’yeux ardents
La nature aime se cacher

J’ai beaucoup voyagé
J’ai été observé
J’ai été observé, mais inconscient
J’ai beaucoup voyagé sans savoir
J’ai été observé
J’ai été observé

Nous ne sommes pas seuls
(Bonne nouvelle pour mon cœur)»

(Traduction libre)

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédits photos: © Haut et Court

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