«Réminiscence» laissera-t-il une trace?

Les mercredis du cinéma Kelly Lambiel

Une ville ravagée par les eaux et une curieuse machine à souvenirs. Un protagoniste torturé et une mystérieuse femme fatale. Science-fiction ou film noir? Pour son premier long-métrage, entre la nostalgie des vieux polars qu’elle affectionne particulièrement et l’ambiance futuriste qui l’a fait connaître à travers la série Westworld, Lisa Joy ne tranche pas. Même si l’image est particulièrement soignée et l’association des genres surprenante, l’intrigue de Réminiscence s’avère n’être finalement ni tout à fait quelconque, ni tout à fait originale.

A cause du réchauffement climatique, ayant provoqué de terribles crues et déclenché une guerre de territoires, Miami s’est transformé en un terrain de jeu peu fréquentable. Quand ce n’est pas la pègre qui contrôle la ville, c’est au tour des «barons», non moins truands, mais beaucoup plus fortunés, de tirer les ficelles. Dans ce futur sombre où le crime, la drogue et la survie règnent en maîtres, on se réfugie dans le passé pour vivre. Grâce à un appareil permettant de ranimer et projeter les souvenirs, il devient possible, l’espace de quelques minutes, de retrouver les sensations éteintes, de revivre, comme pour de vrai, les instants oubliés.

Grâce à ce dispositif, Nick Bannister (Hugh Jackman) et son acolyte Watts (Thandiwe Newton), anciens soldats un peu cabossés, collaborent régulièrement avec la police sur des enquêtes sordides. Mais ils proposent également leurs services aux particuliers qui désirent trouver refuge dans les recoins de leur mémoire. Tout bascule le jour où Mae (Rebecca Ferguson) disparaît, quelques mois après avoir fait son entrée dans leur office, à la recherche de ses clefs. On apprend ainsi que Nick, dont la voix-off nous guide tout au long du film, fou amoureux, obsédé par elle, la cherche désespérément, en vain, jusqu’au jour où son enquête le mettra sur une nouvelle piste.

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Un fond qui ne sert pas la forme

On ne va pas se le cacher, qu’on connaisse un tant soit peu ou non les thrillers les plus classiques, on voit venir assez aisément la suite. On imagine bien – et sans trop s’éloigner de ce qui est – que l’énigmatique et sensuelle chanteuse de cabaret n’a pas un mauvais fond mais s’est retrouvée, un peu malgré elle, dans de sales histoires. Et que le pseudo-policier détruit, qui ne prend pas soin de lui, ira jusqu’au sacrifice pour la sauver. Sans se rendre compte que la meilleure amie alcoolique, ancienne camarade de guerre, veille sur ses arrières depuis toujours. Et ce, pour ses beaux yeux. Même si les personnages issus du noir sont souvent des archétypes une esquisse plus fine de leur psychologie aurait été bienvenue.

C’est donc là un premier bémol, mais malheureusement pas le seul. Non seulement il n’y a pas (ou peu) de surprises, mais, surtout, plus le film avance, plus il perd en crédibilité. Les souvenirs sont en effet vécus, en fonction des besoins narratifs, à la troisième ou à la première personne. Un choix qui, certes, ménage un peu le suspense et permet de faire avancer l’histoire, mais sabote dans le même temps toute la crédibilité du mécanisme sur lequel repose l’intrigue. Le problème? Les images projetées incluent par moments des détails que la personne qui se souvient ne peut avoir conçus et, à d’autres moments, prive le spectateur de ces informations sous prétexte de ne pas lui donner toutes les pièces du puzzle.

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A cette maladresse s’ajoute enfin une dernière bévue relative aux décisions esthétiques et idéologiques qui entourent la réalisation. Si je salue la qualité de la photographie est à saluer (les scènes sont belles et bien filmées, les décors réalistes et bien travaillés, les effets spéciaux maîtrisés et, à en croire les spécialistes, assez innovants), le choix d’avoir utilisé cette ambiance post-apocalyptique comme un simple dispositif non pas de fond, mais de forme, est à déplorer. Alors que la science-fiction ouvre généralement au questionnement et se veut être porteuse d’idées, la transposition dans cet univers futuriste n’interroge finalement que peu le spectateur sur son rapport au souvenir, au passé ou au présent. Elle ne fait ici que servir le divertissement.

Ecrire à l’auteur: kelly.lambiel@leregardlibre.com

Crédits photos: © Warner Bros. Entertainment Inc

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