«To the bone»: peut-être pas assez profond

Le Netflix & chill du samedi – Lauriane Pipoz

To the bone, production Netflix sortie en 2017, veut montrer l’anorexie au grand jour. Lily Collins y incarne une femme de vingt ans qui se bat contre la maladie. Elle a elle-même connu ce mal, tout comme la réalisatrice du film. A la lecture du résumé, le projet me semble poignant. Mais le résultat ne le sera entièrement que durant les vingt dernières minutes.

Le drame s’ouvre sur des images très dérangeantes de deux silhouettes ultra-maigres et le récit d’une anorexique sous-entendant que la société en est la responsable. Les premières minutes sont plutôt réussies. Elles montrent le personnage principal, Ellen, dans un état de désillusion total, mais elles gardent un côté amusant. La jeune femme changera de nom durant son traitement, manière de montrer que son anorexie est le résultat d’un passé avec duquel elle doit se couper.

Une histoire familiale

Ellen enchaîne les traitements pour soigner son anorexie. Sa famille n’en peut plus. Ou plutôt ses familles, puisqu’elle tente d’évoluer au sein de deux clans recomposés. D’un côté, sa mère, dépressive, qui a repris un ranch et essaie de s’en sortir à l’aide de thérapies alternatives, dans lesquelles baigne sa conjointe. De l’autre, sa demi-sœur affectueuse, mais fatiguée de ses innombrables rechutes. Et sa belle-mère, qui prend beaucoup de place et est très – trop – investie dans sa guérison. En compensation certainement du père d’Ellen, complètement absent.

Vous l’aurez compris, la famille tient une grande place dans le film. Car les causes de l’anorexie constituent l’un des thèmes principaux. On ne cherche pas à blâmer la société, ni même une personne en particulier: celles-ci sont vues comme un faisceau d’éléments qui altèrent la santé mentale et conduisent vers le tourbillon de l’autodestruction. J’ai apprécié que les personnages, à l’exception du père, ne soient pas présentés comme bons ou mauvais, mais simplement comme des êtres humains. Qui font de leur mieux malgré leur naturel profondément égoïste.

Au bout du chemin, Ellen semble même être la protagoniste la moins centrée sur elle-même. Elle tente réellement de combattre ses démons intérieurs. Cette idée montre bien qu’il s’agit d’une maladie et non pas d’une simple volonté de ne pas se nourrir. Il s’agit là certainement du message du film, qui a malgré tout été un peu «glamourisé» comme l’ont remarqué de nombreux critiques. Sur ce point, cette démarche m’a paru fondée: si l’on veut faire passer une idée, pourquoi vouloir à tout prix l’édulcorer?

Par contre, l’ajout d’une énième histoire d’amour m’a semblé nettement plus dispensable. Elle était tellement prévisible qu’elle en est presque devenue agaçante – tout comme le personnage Luke, que je n’ai pas trouvé convaincant. Cette romance avait certainement une autre fonction que celle d’accrocher l’attention du jeune public: donner à Ellen de l’espoir. Mais ne devrait-elle pas avant tout chercher la force en elle-même?

Une fin grandiose

Dans cet esprit, il s’agit presque d’une ruine des vingt dernières minutes du film, les seules réellement bluffantes selon moi d’un point de vue esthétique et scénaristique. Après l’échec d’une énième thérapie, Ellen se rend chez sa mère pour tenter de chercher du soutien. Qu’elle trouve étonnamment en partie, ce qui m’a conduite à réviser mon jugement sur la psychologie des personnages que je trouvais bâclée. S’ensuit une scène très perturbante, mais extrêmement émouvante, puis une magnifique explosion de couleurs sous la forme d’un rêve.

Subsiste donc pour moi une impression en demi-teinte à la fin de ce visionnage. La photographie et le scénario manquent de profondeur sur les deux tiers du film: certains plans sont agréables à l’œil, sans être incroyables, sans avoir une réelle fonction dans l’histoire, et les personnages sont assez décousus. Mais les vingt dernières minutes se révèlent nettement plus fines et apportent un nouvel éclairage à l’histoire d’Ellen. Peut-être faut-il finalement juger ce film pour ce qu’il est: une œuvre sur une thématique intéressante dont on ne parle pas assez, exécutée par de bons acteurs, mais probablement pas à la hauteur de mes attentes – ni peut-être des vôtres. Mais qui sait?

Ecrire à l’auteure: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédit photo: © Netflix

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