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Laetitia Guinand animera «Le PoinG» depuis Paris ce dimanche. Interview7 minutes de lecture

Article inédit – Jonas Follonier

Laetitia Guinand anime avec une passion intacte son émission de débat «Le PoinG» lancée en juin de l’année dernière et diffusée tous les dimanches soirs à 20h00 sur la chaîne TV genevoise Léman Bleu. Un rendez-vous qui compte aussi sur la participation de l’humoriste et comédien Alexandre Kominek, avec ses chroniques décalées en fin d’émission. Ce dimanche 10 avril, pour le premier tour de l’élection présidentielle française, la table ronde s’exporte à Paris pour accueillir une foultitude de commentateurs et personnalités politiques. L’occasion d’en apprendre plus sur la manière dont la journaliste romande conçoit la mission ô combien nécessaire qu’elle s’est fixée: lancer la réflexion en Suisse romande.

Le Regard Libre: Vous produisez le talk-show «Le PoinG» apparu en juin dernier sur Léman Bleu. Pourquoi ce titre?

Laetitia Guinand: Ce titre interpelle, la preuve! Plus sérieusement, le G renvoie à toute une série de mots (ou de maux) au cœur de nos débats: la guerre, le climat (global warming), internet (4/5G), LGBTQUIA+. Et puis Genève, en hommage à notre chaîne Léman Bleu, et mon nom, Guinand. Enfin, le point G avec lequel je joue, c’est un climax, ce qu’on recherche sans forcément le trouver. (Sourire)

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Y a-t-il une grande demande de débat en Suisse romande? Avec le nouveau rythme de l’émission «Infrarouge» sur la RTS, chaque quinze jours, on pourrait croire que non…

Je suis persuadée du contraire, évidemment! Il y a eu un âge d’or du débat en Suisse romande; des émissions comme «Infrarouge» et «Forum» sur la RTS ou «Genève à chaud» de Pascal Décaillet sur Léman Bleu ont positivement bouleversé notre paysage médiatique. C’est d’ailleurs paradoxal: plus notre société est conflictuelle et moins elle devrait trouver son expression médiatique? Il y a un besoin de débat auquel répondre et c’est d’ailleurs le pari que vous faites avec votre titre, à raison je crois.

Ce dimanche 10 avril, vous animerez votre émission depuis Paris de 19h30 à 21h00 pour commenter les résultats de la présidentielle. Votre panel d’invités, allant de Sandrine Rousseau à Elisabeth Lévy, est large. Comment procédez-vous dans la sélection de votre casting? Et y aura-t-il une touche suisse dans ce moment de télé?

Bien sûr, une importante touche suisse même, puisque nous «embarquons» dans nos valises Céline Vara, conseillère aux Etats Verte neuchâteloise et Christian Lüscher, conseiller national PLR genevois. J’aime bien faire de la politique comparée. (Rires) Ces deux personnalités seront là justement pour tirer des parallèles avec la situation en Suisse et nous donner leur vision de la politique française. Quant aux invités, le critère déterminant reste la variété des points de vue et la qualité des gens qui les portent.

laetitia guinand le poing léman bleu première juin 2021
Laetitia Guinand lors de la première de l’émission «Le PoinG», dont elle est l’animatrice et la productrice éditoriale, en juin 2021
Philippe Val, ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo et de France Inter, est le chroniqueur permanent du «PoinG». Pourquoi avoir choisi un intervenant français, aux positions très affirmées?

Justement pour susciter la réflexion. On peut ne pas être d’accord avec Philippe Val, mais on lui reconnaîtra une intelligence profonde, capable de surplomb, y compris de sa propre pensée. Il sert aussi d’aiguillon, il dope, dans le bon sens du terme, les autres invités. Même si je trouve qu’il s’est beaucoup «suissisé» à notre contact, et arrondit souvent les angles, enfin, plus que sur les plateaux français!

Après 10 mois d’antenne, quel succès rencontrez-vous?

Les audiences sont bonnes, en ligne avec nos attentes. Nous avons eu, par exemple, près de 50 000 téléspectateurs sur le thème «Le socialisme a-t-il encore un avenir?». La marque s’est rapidement installée et prend un bel envol sur le digital.

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Des controverses sévissent actuellement sur la liberté d’expression, l’idéologie woke… Estimez-vous que l’échange d’opinions a des limites?

J’aurais envie de vous dire spontanément qu’on ne doit rien s’interdire, mais la réalité est beaucoup plus complexe. Le journalisme a toujours été un savant dosage entre la volonté de faire apparaître des réalités, au risque de déplaire, et la nécessité d’être audible. Ce n’est pas une science exacte. Moi-même, j’ai déprogrammé Alexandre Kominek et sa chronique humour au début de la guerre d’Ukraine, estimant le climat trop émotionnel pour mélanger, dans notre émission d’abord politique, un contenu sérieux voire dramatique, avec de la dérision.

Là, c’est votre affaire, car vous avez la liberté – et la responsabilité – de prendre ce genre de décisions. Mais que dire des pressions qui viennent de l’extérieur, de la société, et qui ont parfois raison de journalistes parce qu’ils ont la trouille ou qu’ils n’ont pas le choix?

Bien sûr, la pression aujourd’hui est beaucoup plus importante sur les médias, du fait notamment des réseaux sociaux, mais pas que. Les pressions peuvent être aussi économiques, politiques et juridiques et il faut lutter pour s’affranchir de l’envie de plaire à tout prix, parce qu’elle très mauvaise conseillère pour notre profession.

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Certaines thématiques deviennent difficiles à aborder dans la sérénité… Mais vous les abordez. Et parfois, surprise, des idées a priori irréconciliables s’avèrent complémentaires!

Certains thèmes sont en effet plus sensibles et polarisants que d’autres, comme ce qui a trait à l’identité. Mais chaque époque a ses tabous. La règle d’or du débat, selon moi, est de s’opposer sur des idées, même avec virulence, sans attaque personnelle. Le sujet peut être identitaire; la dispute, elle, ne doit jamais l’être. Voilà l’affaire.

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Emmanuel Macron n’aura participé à aucun débat avant le premier tour. Ses adversaires crient à un déni de démocratie. Que pensez-vous de cette critique?

Emmanuel Macron tente d’être un Mitterand bis, un Président au-dessus de la mêlée, mais les temps ont changé. J’ignore ce qui va sortir de l’urne, mais si les sondages disent vrai, il risque de payer cher son absence de campagne de terrain et de proximité avec la population. Plus de 50% des Français se réclament aujourd’hui d’une radicalité, qu’ils aillent ou non voter. Et c’est en bonne partie à mettre au bilan d’Emmanuel Macron.

Votre invité de rêve pour une prochaine émission?

Madonna? Vladimir Poutine? Plus sérieusement, la qualité d’un débat tient beaucoup dans l’alchimie entre les invités. Ça ne repose pas sur une seule personne.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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