«Bed Bug», beaucoup d’insectes pour un peu de suspens

Les bouquins du mardi – Lauriane Pipoz

Le dernier ouvrage de Katherine Pancol vient de paraître aux Editions Albin Michel. L’auteure populaire signe avec Bed Bug son dix-huitième ouvrage. Le style est plaisant, malgré une impression de déjà-vu et un fil rouge peu présent.

Bed Bug est l’histoire d’une biologiste passionnée par les insectes et qui a un lourd passé. Entre Paris et New York, Rose cherche l’amour et un vaccin contre le cancer. Le lecteur se trouve dès le début confronté à cette double trame: travail et famille, laboratoire et mère tyrannique, hexapodes et sexe. Si les histoires croisées sont une habitude de Pancol, elles se croisent ici autour d’un même personnage, ce qui le rend par moments peu consistant. Dans la tête de la protagoniste, tout se mélange.

L’idée est compréhensible: faute de savoir gérer sa vie personnelle, Rose se réfugie systématiquement dans son travail. On se trouve ainsi face à des descriptions des modes de reproduction des insectes dans des moments où l’on est en attente d’action. Ces intermèdes sont très bien documentés. Katherine Pancol a fait appel à un biologiste se penchant sur les insectes-médicaments. Mais si certaines informations captent notre attention pendant un certain temps et nous renseignent sur l’état d’esprit du personnage, elles nous éloignent du récit principal, ce qui s’avère la plupart du temps légèrement frustrant.

Une familiarité agréable

Cette absence de fil rouge est presque une marque de fabrique de l’auteure: elle était délicieuse dans certains de ses livres précédents comme Scarlett si possible (1997), si envoûtant, ou Les Yeux jaunes des crocodiles (2006), véritable phénomène littéraire. Malgré cette ossature un peu trop fine, on reconnaît aussi bien la plume de Pancol, son style et sa façon unique de tourner les événements. Si la magie a moins opéré dans son dernier ouvrage, c’est certainement soit la faute au thème de la biologie – qui ne passionnera pas tout le monde de façon équivalente –, soit au personnage lui-même, moins attachant quand il n’est pas carrément agaçant.

Aussi, dans beaucoup de ses autres livres, de nombreux personnages se côtoient, ce qui rend indispensable de dresser un portrait général de chacun afin de l’identifier. Même si ces nombreuses personnalités restent surprenantes, elles présentent ainsi une certaine cohérence. Dans son dernier bouquin, hélas, c’est le contraire: Rose nous parle, mais le lecteur n’arrive pas à la cerner. Certes, l’idée est bien qu’elle a été trop détruite pour savoir ce qu’elle veut, mais on souhaiterait qu’elle le sache plus rapidement.

On préférera se souvenir de la redécouverte du thème de l’homme cruel, traité un peu différemment dans cet ouvrage mais toujours caractéristique du féminisme particulier de l’auteure, ou d’idées originales comme celle des poupées russes, qui apporte beaucoup de poésie à l’histoire et nous donne matière à réflexion. Un élément qui, surtout, nous rappelle le tourbillon de fraîcheur des œuvres précédentes de Pancol.

Ecrire à l’auteure: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédit photo: Wikimedia CC 3.0

Katherine Pancol
Bed Bug
Albin Michel

2019
351 pages

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