«Je suis une Viking», une légende 2020 qui fait du bien

Les bouquins du mardi – Amélie Wauthier

Il y a quelques mois, je me promenais entre les piles de bouquins chez Payot, à la recherche d’un livre pour ma prochaine critique. Quelque chose de court, rapide à lire, parce qu’en cette période de l’année, je n’avais pas non plus une tonne de temps libre devant moi. Et puis, c’est là que je l’ai vu, avec sa couverture pas forcément très belle, mais ce mot qui fait mouche neuf fois sur dix. «Je suis une Viking» et ses 440 pages ont su capter mon attention et ne l’ont plus lâchée depuis: j’avais trouvé ma lecture pour mes prochaines vacances d’été!

Zelda a vingt-et-un ans, un amoureux qui s’appelle Marxy, des amis qu’elle retrouve plusieurs fois par semaine au centre social. Elle est passionnée par les Vikings et leurs légendes. Durant sa grossesse, la maman de Zelda buvait. Ce qui fait que, même si cela ne se voit pas immédiatement, Zelda est une jeune femme différente des autres. Comme ils n’ont plus de parents, Zelda vit avec Gert, son grand frère dont le crâne rasé et les tatouages effraient certaines personnes. Avec Kalash, l’ex petite copine de Gert et meilleure amie de Zelda, ils forment tous les trois une tribu et vont vivre des aventures dignes des plus grandes légendes vikings.

«Pour mon anniversaire, Marxy m’avait déjà donné un cadeau: un dessin qu’il avait fait de nous deux en Vikings. Marxy n’était pas très fort pour dessiner les mains, les pieds et les visages. Par contre, je le trouvais très fort pour dessiner qu’on était amoureux. Et aussi les épées. Sur ce dessin qu’il m’avait donné pour mon anniversaire, nos épées avaient l’air gargantuesques et magnifiques.»

Le handicap de Zelda fait d’elle une jeune femme sans filtre et donne au récit à la première personne un ton décalé et teinté d’humour. Dès les premières pages, on découvre une héroïne atypique et passionnée, dont la bravoure et le courage poussent à se surpasser, inspirant au passage les différentes personnes de son entourage. Elle se bat au quotidien, contre les a priori et les idées reçues, mais également pour défendre ses proches, à qui elle tient par-dessus tout. Zelda est héroïque car elle ne ment pas, ne triche pas. Elle agit en suivant les règles qu’elle a elle-même aidé à établir, les règles qui font d’un Viking un vrai héros légendaire et fort. Mais qui n’hésite pas à s’adapter lorsque la situation le demande et à suivre son cœur.

Les 440 pages de ce bouquin respirent la vie et l’authenticité ; difficile de ne pas s’attacher aux personnages. L’intrigue est relativement ordinaire pour un roman d’aventure – un gentil qui fait du business avec des méchants afin de se sortir d’une mauvaise situation, puis c’est la spirale infernale –, mais on se laisse malgré tout captiver avec beaucoup de simplicité et de tendresse. Le récit nous invite à prendre conscience de différentes inégalités et discriminations, qu’elles soient physiques, intellectuelles ou sociales. Le tout. sans jugement, car c’est ainsi qu’est Zelda, très factuelle et honnête. Sans tabou, l’auteur aborde la question de la sexualité des personnes handicapées, leur indépendance, les violences familiales, sociales, et met en lumière le syndrome d’alcoolisation fœtale.

Et puis, quand j’ai lu le prénom Zelda, j’ai tout de suite pensé à la légende de Zelda. Les gameurs et autres amateurs reconnaîtront immédiatement cette référence au célèbre jeu vidéo. Le héros, Link, armé de son épée et de son bouclier, part vaillamment combattre le méchant et ainsi libérer le royaume d’Hyrule ainsi que la princesse Zelda. Qui, comme toute princesse un peu empotée à ses heures, a besoin d’être secourue. La Zelda qu’Andrew David MacDonald nous livre dans ce premier roman – que je vous recommande vivement – n’a ici nullement besoin d’être secourue, bien au contraire. A l’instar de ce héros viking très puissant que la science a permis d’identifier comme étant en réalité une femme, Zelda nous démontre qu’en dépassant les croyances et idées reçues, chaque personne est capable d’écrire sa propre légende.

Je ne l’avais encore jamais fait jusqu’à présent, consulter les remerciements, même quand ils ne font que deux lignes. C’est que j’ai vraiment dû aimer ce bouquin pour lire ceux d’Andrew David MacDonald, d’autant plus que ceux-ci font presque deux pages. Dans le dernier paragraphe, on trouve des liens sur le syndrome d’alcoolisation fœtale pour celles et ceux qui désirent se renseigner davantage, faire un don ou s’engager: http://saffrance.com , http://vivreaveclesaf.fr. Pour ma part, je vous invite vivement à vous rendre dans la librairie la plus proche et vous procurer de ce pas une super lecture pour vos prochaines vacances, qu’elles soient d’été ou pas.

Ecrire à l’auteure: amelie.wauthier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Amélie Wauthier

Andrew David MacDonald
Je suis une Viking
Editions Nil

2020
448 pages

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