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Quand les objets témoignent d’une séparation5 minutes de lecture

par Ivan Garcia
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Le premier roman dOdile Cornuz, Fusil, retrace lhistoire dun couple en évoquant les objets qui ont marqué leur quotidien, de leurs débuts à leur rupture. Un livre attrayant et entraînant pour décrire un phénomène universel. En librairie depuis ce 1er septembre.

La scène est connue: un garçon rencontre une fille. Dans le milieu cinématographique, notamment anglo-saxon, l’expression «boy meets girl» sert à qualifier ce type de scénario invoquant une histoire d’amour dont l’issue est relativement prévisible. Mais dans Fusil, le premier roman d’Odile Cornuz, le récit se déroule à rebours. Un peu comme dans Citizen Kane, on procède par flashbacks – ou plutôt par fragments de souvenirs. Et, surtout, on commence par la fin, «l’après» amour, une fois que la romance s’est achevée.

«Quand est-ce que ça finit? Comment savoir quand ça finit? Tout ce qui est lancé dans l’espace et ressemble à un lien entre deux êtres. Ça tisse des fils. Ça s’emmêle. Comme ça s’emmêle! Et il faudrait passer sa vie à démêler? Ou du moins la partie d’après? Celle qui suit le moment où les pelotes gisent tous azimuts? Reprendre le fil, oui.»

Les objets, ces précieux témoins

Le roman débute par le coup de fil d’un homme à une femme. Il aimerait récupérer son fusil. Cet appel inattendu, de la part de celui qui a été son compagnon, ébranle la protagoniste. S’ensuivent des fragments de souvenirs. A la manière d’un Eugène qui retraçait sa vie dans La Vallée de la Jeunesse (La Joie de Lire, 2009) à travers vingt objets, Odile Cornuz dévoile l’histoire intime de ce couple à travers trente objets. Le trente-et-unième, sur lequel s’ouvre et se conclut l’intrigue, et qui donne son titre à l’ouvrage, est un fusil. Chaque chapitre se construit autour d’un objet, dont le dessin est reproduit au début dudit chapitre. A l’exception du prologue et de l’épilogue qui sont, eux, basés sur le fusil – dont la couverture nous offre une illustration.

«Elle était là dans son histoire, dans sa vie – mais plus du tout pour cet homme. D’une pression, elle fit taire l’intempestif. Elle posa le téléphone et appuya ses deux mains sur la table devant elle. Sa tête pesait le triple du poids des ans. La sonnerie retentit.

– On a été coupés.
– Je ne veux plus te parler
– Et mon fusil?
– Liquidé avec les affaires de la maison. Il y a quinze ans. Ne rappelle pas.»

Quels meilleurs témoins pour raconter une histoire que les objets? Ceux-ci, témoins muets et statiques, sont présents lors des moments les plus chaleureux, les plus angoissants ou encore les plus tristes d’une relation. Par ce choix esthétique, l’auteure nous renvoie à un événement que tout un chacun peut vivre: la séparation et le fait d’aller récupérer ses affaires chez son ancien partenaire. Ces objets aussi divers, qui vont de la pelle au bracelet, en passant par la cassette VHS et la trottinette, sont ceux que n’importe quel couple – ayant notamment un enfant – peut avoir sous la main. Chacune de ces choses est un motif, une porte, qui ouvre un souvenir de l’histoire du couple. Fusil n’est pas une histoire fantastique; les objets ne parlent pas, ils évoquent.

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Un trio danonymes

Les deux personnages principaux, l’homme et la femme, resteront à jamais des anonymes. Sur lesquels le livre ne donne pas moult informations. Seulement quelques détails… Dans le chapitre consacré au «Mètre ruban», la femme, qui suit une formation pédagogique pour avoir son diplôme, coupe le mètre ruban au fur et à mesure que les jours de formation passent sous les yeux réprobateurs de l’homme, enseignant diplômé. Ce dernier, grand adepte de la chasse, fait souvent preuve d’un comportement déplacé et, à force de petits gestes tels que la course après des pièces de cinquante centimes pour avoir son café, contribue à la désintégration de la relation.

Au fil du récit se développe lentement une asymétrie entre l’homme et la femme. Le premier prenant de plus en de place au détriment de la seconde. Une manière de mettre en lumière, sans doute, les déséquilibres relationnels qui gangrènent parfois les couples.

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Un autre témoin (et acteur) de cette histoire est la fille de la femme. Petite enfant au début de l’histoire, elle devient une adolescente dont la gourmandise lui vaudra d’être surnommée «Oschner» (le nom d’une marque de poubelle) par l’homme. Une enfant qui passe progressivement du statut «d’alliée» de l’homme, relativement passive, à celui d’opposante à ce père de substitution.

En prenant appui sur des objets communs pour raconter une histoire, Odile Cornuz signe un premier roman original et distrayant. Comme l’ouvrage ne contient que relativement peu de détails sur les personnages, le récit est aisément transposable à beaucoup de situations rencontrées par tout un chacun dans la vie quotidienne.

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

Crédit photo: © PxHere

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fusil odile cornuz

Odile Cornuz 
Fusil 
Editions d’en bas 
2022 
160 pages
 

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