Réélection de Tsai Ing-wen (蔡英文)

Les lundis de l’actualité – Robin Parisi

Ce 11 janvier 2020, l’actuelle Présidente de la République de Chine (Taïwan) est brillamment réélue pour un second mandat, avec le meilleur résultat jamais obtenu par un candidat depuis l’introduction du suffrage universel en 1996. De plus, son parti (Minjindang) réussit à conserver la majorité au parlement. Son adversaire direct, Han Kuo-yu du Kuomintang qui avait mené une campagne délétère et résolument conciliante avec Pékin, n’a pas réussi à lui prendre la présidence ou le parlement. 

Chen Shui-bian brise, entre 2000 à 2008, pour la première fois depuis l’exil du gouvernement national sur l’île, le monopole du Kuomintang sur la politique de la République de Chine. Huit ans plus tard Tsai Ing-wen est la seconde présidente que le Democratic Progress Party donne à l’île de Taïwan. Elle entreprend, sous son premier mandat, de nombreuses réformes comme un remaniement complet de la loi du travail dans un sens plus libéral ou le National languages development act qui vise à promouvoir les langues indigènes de l’île et donne le droit de pouvoir communiquer avec le gouvernement dans l’une des seize langues ainsi reconnues – droit qui peut paraître élémentaire pour nous en Suisse, mais qui reste une exception, même en Europe.

De cette politique basée sur les droits de l’Homme que promeut le Minjindang (littéralement: parti du peuple qui avance), seul le long feuilleton législatif et judiciaire du mariage homosexuel nous est parvenu.

Plus que la reconduite du gouvernement actuel, c’est la manière qui marque dans une politique gangrénée par la question du rapport à la Chine comme la politique du nord romand l’est par la question jurassienne. Chaque élection apporte son lot de discours pro- et anti- continent et là encore, alors que Han Kuo-yu proposait un rapprochement économique au contour flou avec Pékin, Tsai Ing-wen choisissait la fermeté dans sa réponse aux propos de Xi Jinping qui avertissait les électeurs taïwanais que l’île retournerait sous le contrôle de la République populaire de Chine (RPC) par la force s’il le fallait.

En effet, Tsai Ing-wen et son parti proposent une politique stricte envers la RPC et ne reconnaissent pas le consensus de 1992 (principe d’une seule Chine). La présidente fraîchement réélue a d’ailleurs rapidement confirmé cette ligne de politique étrangère en affirmant que l’île n’avait pas à déclarer son indépendance. «Nous sommes déjà un pays indépendant et nous nous appelons la République de Chine, Taïwan.»

De l’autre côté du détroit, alors que Hong Kong s’embrase, Pékin m’a pu que condamner une victoire obtenue par la «tricherie» et fustiger les réactions positives et les félicitations chaleureuses que les Etats-Unis ont adressées à la présidente réélue. Toute la question est maintenant de savoir à quelle dose les ingrédients bien connus de la géopolitique en mer de Chine s’y verseront.

Taïwan, bien qu’officiellement reconnue par une petite quinzaine d’états mineurs, est de facto indépendant, mais ne peut s’aliéner définitivement le grand frère communiste par sa seule dépendance économique. La République de Chine n’est qu’un des nombreux chaînons menaçant de se briser dans cette zone aux nombreux conflits encore en suspens et il est important que l’occident se souvienne de cet état démocratique aux portes de la Chine et n’oublie les près de vingt-quatre millions de Taïwanais comme il l’a fait avec Hong Kong.

Ecrire à l’auteur: robin.parisi@leregardlibre.com

Crédit photo: Wikimedia CC 4.0

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