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Suisse

Face-à-face

«Le Centre»: débat entre deux jeunes centristes8 minutes de lecture

par Robin Parisi
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Le paysage politique suisse vit en ce début d’année 2021 un tournant majeur. L’historique Parti démocrate-chrétien (PDC) accueille dans ses rangs le jeune Parti bourgeois-démocrate (PBD). Cette fusion, principalement alémanique, s’accompagne d’un véritable tremblement de terre avec le changement de nom de cette formation politique: Le Centre. Nathan Bender des Jeunes démocrates-chrétiens (JDC) du Valais romand et Sascha Zbinden des Jeunes bourgeois-démocrates (JPBD) bernois croisent le fer en partageant leurs visions et leurs réflexions sur ce nouveau parti et sur les enjeux qu’il aura à affronter ces prochaines années.

Le Regard Libre: Comment avez-vous vécu ce processus de fusion au sein de vos partis respectifs?

Sascha Zbinden (SZ): Je l’ai trouvé très participatif. Entre JPBD et JDC bernois, nous échangeons des informations depuis longtemps et avons ainsi pu nous mettre d’accord sur une voie commune très tôt dans le processus. Pour nous, il était en fait toujours clair que c’était la bonne voie à suivre dans le canton de Berne. Nous sommes très heureux que PBD et PDC bernois aient tous deux accepté une fusion cantonale au premier trimestre de l’année prochaine avec environ 95%. Cela confirme également qu’en tant que jeune parti, nous travaillons en collaboration avec les partis mères. Nous sommes maintenant sur le point de fonder le nouveau jeune parti cantonal et nous sommes tous très enthousiastes à l’idée de poursuivre cette démarche commune. Nous avons également profité de ce moment pour réviser nos structures générales.

NB: Tout d’abord, il faut rappeler qu’en Suisse, les partis ont des structures fédérales, mais avant tout cantonales et communales. Nos sections valaisannes jeunes sont les seules à avoir voté contre le changement de nom (ndlr: hormis les Tessinois déjà renommés en Parti populaire démocratique et Glaris, mais dont la participation était de trois personnes). Cela montre un certain attachement de nos jeunes à l’appellation chrétienne. Ce processus très rapide a ressemblé, à mon goût, à un package marketing: «un nom et un logo, à prendre ou à laisser», poussé par la tête du parti. Un argument mis principalement en avant était le constat de perte d’électorat et la volonté de rattraper cette dernière. Personnellement, je ne m’engage pas en politique pour chercher des électeurs, mais pour faire avancer la société selon les valeurs en lesquelles je crois. Une «action marketing» n’est pas forcément le bon moyen d’endiguer sur le long terme une chute d’électorat. Concernant la fusion en elle-même, ce n’est pas un sujet dont nous avons parlé. Simplement parce qu’à l’inverse du cas bernois, le PBD n’existe que peu en Valais.

C’est donc la disparition de la démocratie chrétienne qui cristallise les réticences d’un PDC encore très attaché à cette tradition philosophique?

NB: La valeur principale du PDC est, pour moi, la subsidiarité. Elle se traduit dans le fédéralisme, mais aussi dans l’intelligence de laisser l’entité décisionnelle au plus proche des enjeux. Ce changement de nom est un défi chez nous et les avis sont partagés. A titre personnel, je suis attaché au nom de démocrate-chrétien. Il est le fondement de notre parti ainsi que de notre pays et prend ses racines dans une politique née en opposition aux idéologies. Aujourd’hui, le PDC, tout comme le PBD, est en contraste avec certains partis qui polarisent la politique, ce qui n’est positif ni pour notre pays, ni pour le débat public en lui-même. A mon sens, les partis centristes sont un gage de stabilité et permettent des analyses intégrales des sujets de société. C’est important aujourd’hui où les problèmes deviennent toujours plus complexes et où l’on a une certaine tendance à les résumer en cent trente caractères sur les réseaux sociaux.

Sascha Zbinden, votre parti ne craint-il pas de se fondre dans le PDC, quand bien même il ne porte plus ce nom?

SZ: Pour moi, la situation est claire: lors d’une enquête menée auprès de tous les membres du PBD, seule une très petite minorité des membres interrogés a déclaré vouloir continuer en dehors d’une fusion. Personnellement, je n’ai jamais eu peur de ce nouveau parti du centre, et j’espère vraiment que nos membres non plus. Il est important pour moi de dire ici que chaque parti cantonal doit continuer à décider lui-même s’il veut adhérer à cette nouvelle marque ou non. Je ne crains pas du tout que les deux partis initiaux soient insuffisamment représentés dans un nouveau parti. Dans le canton de Berne, le PDC est moins fortement représenté qu’en Valais où nous n’existons pas. Cette situation est intéressante: c’est précisément là que je vois une opportunité pour le jeune parti d’intervenir activement dans la politique cantonale! Cependant, il est dans la nature des choses que dans une «fusion» les deux partenaires de la fusion apparaissent «fondus» dans un nouveau format.

Alors que les sections valaisannes, jurassiennes et bâloises du PDC semblent peu convaincues par le changement de nom et que le comité de la section grisonne du PBD démissionne en bloque suite à la fusion, ce nouveau parti ne serait-il pas une création alémanique et urbaine, un grand projet poussé par l’axe Zurich-Lucerne-Berne?

SZ: Le conseil d’administration du PBD Coire a malheureusement démissionné parce qu’il n’était pas personnellement satisfait du processus. Les membres de ce comité semblaient se sentir plus proches du PLR que du PDC. Nous devons l’accepter. Mais le PBD et le PDC cantonaux sont, pour autant que je sache, également en pourparlers. Lors de la réunion des délégués du PBD suisse, 95 des 96 personnes présentes ont accepté la fusion avec le PDC et aucune section cantonale n’était absente. Dans le canton de Glaris, la fusion sera effective dès janvier. En ce qui concerne l’urbanité: je suis, moi-même, originaire d’une commune très rurale. La fusion est autant soutenue par les membres des villes que par ceux des campagnes au sein de mon parti. Le fait que les membres du PBD du canton de Berne, un parti plutôt rural, aient massivement dit oui à cette fusion prouve déjà que le projet ne vient pas seulement des villes. Je ne suis, par contre, pas en mesure de commenter la situation en Suisse romande et dans le canton du Tessin. En tant que Suisse alémanique bernois, je trouverais cela présomptueux. D’autant plus que, comme je l’ai dit, je ne suis «que» le président intérimaire d’un jeune parti cantonal. Il serait dommage de diaboliser l’ensemble du projet maintenant, car peu de partis cantonaux ont démocratiquement décidé de ne pas changer de nom, ce qui est, d’ailleurs, leur droit.

NB: Je ne suis pas sûr s’il s’agisse d’une question ville-campagne. Il y a eu deux éléments dans ce vote: un changement de nom et une fusion. Cette dernière peut très bien se comprendre dans des logiques cantonales, comme dans le canton de Berne où PDC et PBD ont besoin de s’allier. Et si je peux entendre que la disparition du terme de «chrétien» ait été une demande importante pour le PBD, cela aurait dû rester une affaire cantonale. Au niveau fédéral, l’alliance parlementaire du «Groupe du Centre» permet déjà d’atteindre nos objectifs et elle ne touche en rien les noms des PDC, PBD et PEV.

Si les deux partis se positionnent au centre, le PBD est plutôt progressiste sur les questions de société, alors que ce n’est pas l’adjectif qui apparaît immédiatement pour le PDC. Pensez-vous que les électeurs traditionnels des deux partis continueront d’être convaincus par Le Centre?

SZ: Je pense qu’il serait très regrettable que nous oubliions maintenant les nombreuses questions sur lesquelles nos partis partagent les mêmes positions, pour ne mettre en évidence que quelques différences sociopolitiques entre le PBD et le PDC. Les divergences d’opinions font partie de la politique. Je suis bien conscient que l’on ne peut jamais satisfaire tout le monde sur tous les sujets. Mais si nous communiquons ouvertement et continuons à traiter équitablement toutes les opinions différentes, nous pouvons également maîtriser les divergences d’opinions au sein des partis. En général, après les nombreuses discussions de ces dernières semaines et de ces derniers mois, j’ose affirmer que les questions sociopolitiques sont également largement exagérées par les médias et qu’il existe un grand consensus.

NB: L’étiquette de parti de la famille ne me plaît pas spécialement. Le PDC est le parti de la société, qui cherche des solutions complètes et raisonnables, qui combat les simplifications. La famille est un élément central de la société que notre parti a soutenu et continue de soutenir. En ce sens, je comprends que nous soyons décrits comme le «parti de la famille», mais paradoxalement, le PDC était l’un des premiers partis à avoir un plan de développement durable. C’est le parti d’une vision à long terme pour la société qui n’est pas monothématique, au contraire de certains partis idéologiques.

SZ: Le PBD a défendu cette manière de faire la politique depuis sa création en 2008. Et vous avez, avec la réponse de Nathan Bender, un aperçu de ce qui unit le Centre. Malheureusement, le PBD n’a pas réussi à avoir un profil qui en dise plus que «l’UDC décente». Travailler sur un compromis, résoudre des problèmes, c’est tout simplement moins accrocheur que de critiquer la politique d’asile sans proposer de solution. Je suis sûr que Nathan sera d’accord avec moi quand je dis qu’il est généralement plus difficile d’être élu avec une politique civile et décente qu’avec les cris de la polémique. Etre le parti du compromis ne signifie pas pour autant que vous n’avez pas vos propres visions et positions – au contraire! Cela signifie que nous ne considérons pas notre position comme la seule correcte, mais que nous apprenons des différentes visions et des différentes personnes. Montrez-moi quelque chose de plus suisse que cela!

Pour terminer sur l’avenir, à quoi ressemblera Le Centre en 2023, au lendemain des élections fédérales?

NB: Il sera probablement trop tôt pour tirer un bilan de la fusion, nous aurons peut-être perdu encore quelques plumes. Il faut maintenant une réflexion sur les valeurs du parti et son fonctionnement, tant au niveau cantonal que fédéral. Je souhaite et soutiens un centre fort pour une stabilité durable de notre pays.

SZ: Soyons positifs! Le Centre sera renforcé et, espérons-le, toujours aussi fort en tant que parti qui tient la Suisse et son peuple ensemble. En ces temps d’opinions tranchées sur les réseaux sociaux et de brutalité politique, c’est probablement exactement ce dont la Suisse a besoin.

Vous venez de lire un débat tiré de notre édition papier (Le Regard Libre N° 70).

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