Archives de catégorie : Cinéma

Les dernières sorties cinéma

Article inédit – Jonas Follonier

Les dernières sorties cinématographiques ont offert un large panel d’ambiances, d’images, de scénarios… Loris S. Musumeci, dans notre édition de novembre, a fait une très bonne critique de Mal de pierres. Trois autres films, actuellement sur les écrans, valent le détour.

le-ciel-attendraLe ciel attendra (10/10) – Ce drame français est tout d’abord une grande oeuvre artistique : l’esthétique est au rendez-vous avec des acteurs talentueux, un scénario et une réalisation parfaites, signées Marie-Castile Mention, et une musique remarquable. C’est ensuite un film actuel et universel : le thème de la radicalisation islamiste de jeunes Françaises (musulmanes ou non) est traité de manière bouleversante. Un film qui évite l’engagement bateau, enfin, car il ne fait ressortir de ces tragédies qu’un sentiment de totale incompréhension magnifiquement interprété par Sandrine Bonnaire, Zinedine Soualem et Clotilde Courau. Continuer la lecture de Les dernières sorties cinéma

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« Victoria » ou l’écriture d’un genre

Un article inédit de Jonas Follonier

Il est difficile de se prononcer sur le film Victoria sorti le mois dernier. La critique n’est pas unanime, les parents ne partagent pas l’avis de leurs enfants, les voisins ne sont pas d’accord entre eux. Normalement, cette situation résulte d’un clivage opposant d’un côté un public populaire à la recherche de divertissement et, de l’autre, des spectateurs ouverts à la poésie et au cinéma d’auteur.

Ici, il n’en est rien. Dans le camp des satisfaits aussi bien que dans le camp des mécontents, on trouve des vieux et des jeunots, des lourdauds et des intellos, des beaufs et des bobos. La subtile division de la presse et du public semble exprimer ce qui pourrait bien être la force de ce film : un brouillage des pistes. Continuer la lecture de « Victoria » ou l’écriture d’un genre

«Moka»

Le Regard Libre N° 20 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Quête existentielle et angoisse se présentent sur les écrans depuis le 17 août dernier par le deuxième long métrage de Frédéric Mermoud, Moka. Adapté du roman homonyme de Tatiana de Rosnay, le film raconte la recherche infatigable d’une mère pour retrouver le meurtrier de son fils. Ce dernier est en effet mort subitement après avoir été renversé par une voiture de couleur moka qui ne s’est même pas arrêtée après l’accident.

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Du sang et des larmes : « that’s entertainment » !

Le Regard Libre N° 19 – Thierry Fivaz

C’est un moment très attendu durant l’année. Qu’ils soient retraités, étudiants ou travailleurs, les amateurs de films fantastiques se sont donné rendez-vous, pour la seizième fois, au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF), et ont pu profiter une fois de plus d’une programmation riche et variée qui, pour cette édition, comptait quelque 130 films (101 longs métrages et 29 courts métrages), dont cinq premières mondiales et pas moins de cinquante-deux premières suisses.

Pourtant, malgré une météo clémente, une programmation réussie et un afflux record, il subsiste une certaine retenue, un malaise, auprès des citoyens vis-à-vis dudit festival. Nombreux préfèrent en effet (par paresse, par désintérêt, par peur de ne pas comprendre, par peur d’avoir peur) passer l’entier de leurs soirées aux bars du festival plutôt que d’aller, d’oser, voir les films projetés. Certains d’ailleurs pensaient même que le NIFFF ne se résumait finalement qu’aux bars provisoires disposés pour l’occasion aux Jardins Anglais, et furent particulièrement étonnés lorsque, vantant leur soirée de la veille au NIFFF, il leur fut posé la question : « – Mais quel film avez-vous donc vu ? ». Continuer la lecture de Du sang et des larmes : « that’s entertainment » !

« Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Le Regard Libre N° 13 – Sébastien Oreiller

Inspiré du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard est sûrement l’une des créations iconiques du cinéaste italien Luchino Visconti, un film de 1963 comme on n’en fait plus, 205 minutes de chef d’œuvre. Une bande son de Nino Rota et un casting de rêve : Burt Lancaster dans le rôle du prince de Salina, Alain Delon dans celui de Tancredi, Claudia Cardinale pour Angelica, et la Sicile, immortelle, en 1860 comme aujourd’hui. Car c’est bien dans la tourmente de l’unification italienne que s’ouvre le film.

Don Fabrizio Corbera, prince de Salina, c’est lui, le Guépard, dur et serein face à la révo-lution, mais c’est aussi l’auteur, Tomasi, et, dans une certaine mesure, Visconti lui-même. Comme dans tous ses films, comme dans Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des Dieux et tant d’autres, le thème de la décadence d’une aristocratie obsède le cinéaste-prince milanais, devenu militant rouge. C’est tout un monde qui s’effondre avec la chute du royaume des Bourbons, quand le trouble Don Calogero, un paysan enrichi, parvient à fiancer sa fille Angelica au neveu du prince, Tancredi Falconeri. Continuer la lecture de « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

« La vita è bella »

Le Regard Libre N° 8 – Loris S. Musumeci

« Ouverture. Brouillard. Bruit du vent.

VOIX OFF : Cette histoire est simple, et pourtant elle n’est pas facile à raconter. Comme un conte, elle est douloureuse et comme un conte elle est pleine de merveilleux et de bonheur. »

La vie est belle. Roberto Benigni n’aurait pu trouver meilleur titre à son chef-d’œuvre cinématographique réalisé en 1997. En effet, il est vrai que la vie, comme cette histoire, comporte bien des douleurs, mais elle est aussi pleine de merveilleux et de bonheur, c’est pourquoi l’on peut dire que La vie est belle. Cependant, ce titre ambitieux pourrait sembler paradoxal avec le contexte tragique dans lequel le film est ambiancé. Comment peut-on chanter cet hymne à la vie au cœur de la période si dramatique pour l’humanité qu’est la Shoah ? Benigni y parvient d’une manière à la fois exceptionnelle et simple, il s’adresse aux cœurs en traitant ce drame avec une douce et poétique tragicomédie, entre larmes et sourires.

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« Le docteur Jivago » de David Lean

Le Regard Libre N° 1 – Sébastien Oreiller

Récompensé par l’Oscar du Meilleur Film, Le Docteur Jivago, réalisé par David Lean et produit par Carlo Ponti, est une adaptation du roman de Boris Pasternark (1890-1960), sorti en salles cinq ans après la mort de l’auteur, en pleine guerre froide. Censuré par le gouvernement soviétique, le roman, dont l’action s’étend sur près de trente ans, dresse le portrait de la Russie depuis la Révolution d’Octobre jusqu’à la période stalinienne.

Le film s’ouvre sur la rencontre, en plein chantier soviétique, du général Yevgraf Jivago, et d’une jeune ouvrière qui ne serait autre que sa nièce, la fille du poète Youri Jivago et de son amante Larissa. Devant la perplexité de la jeune femme, le général lui raconte l’histoire du docteur Jivago, né en Sibérie avant d’être recueilli à la mort de sa mère par des amis issus de la bourgeoisie moscovite. C’est dans cette cité qu’il étudie la médecine avant d’épouser son amie de longue date, Tonia. Continuer la lecture de « Le docteur Jivago » de David Lean