ARTICLE LONG FORMAT, Enzo Santacroce | Les discours communautaires, actuellement en vogue et portés par des minorités en mal d’existence plutôt que victimes de réelles répressions, torpillent la belle idée du XIXe siècle selon laquelle la liberté des minorités devait être préservée et défendue en la transformant en une arme contre la liberté d’expression, qui comprend, entre autres, le droit de faire de l’humour. Il est à craindre que la polémique provoquée par l’épisode de la comédienne romande Claude Inga-Barbey mettant en scène les difficultés à nommer les transformations de genre illustre une ère marquée par la police de la pensée. D’un point de vue philosophique, cette situation recèle une opposition entre deux types d’universalisme, soit celui proclamant les droits de l’Homme contre celui des droits des hommes.
ARTICLE LONG FORMAT, Eugène Praz | Dans son essai Action et réaction. Vie et aventures d’un couple (1999), originalement composé, mais d’une ferme rigueur intellectuelle, le critique littéraire suisse Jean Starobinski revenait sur les concepts d’action et de réaction, et montrait comment ils avaient servi dans l’histoire des idées, tant scientifiques que médicales, psychologiques, littéraires, philosophiques et politiques. Il en consacrait le dernier chapitre à leur aspect politique. Il n’est pas inintéressant d’y revenir aujourd’hui, car en plus de servir d’illustration à l’Abrégé de métapolitique d’Alain Badiou, paru un an avant l’essai de Starobinski, il démontre la maniabilité aisée, surtout en politique, des termes d’action, ou de progrès, et de réaction, et que rien n’est plus trompeur que des mots d’une telle généralité. Par ailleurs, ils favorisent une tendance à scinder tout sujet politique en deux, toujours à quelques nuances près.