Archives par mot-clé : fédéralisme

Gestion du Covid en Suisse: trop de fédéralisme… ou pas assez?

Le Regard Libre N° 79 Jonas Follonier

L’affaire serait entendue: si la Suisse ne comptait pas dans son système politique l’outil du fédéralisme, la gestion du Covid aurait été plus efficace. Ou plutôt, principe de précaution oblige, «moins inefficace». Le fait que la Confédération, malgré ses pouvoirs spéciaux durant cette période spéciale, doive consulter les cantons avant de prendre des décisions importantes pour protéger la santé publique apparaît absurde aux yeux de nombreux commentateurs – de profession ou de salon. Et que ces mêmes cantons puissent prendre des mesures contradictoires entre eux n’est guère plus supportable pour ceux qui aiment à rappeler, fameux refrain, que «le virus ne connaît pas de frontières» – ce qui est vrai. Qu’à un moment donné, au début de la crise, il ait suffi de passer de l’autre côté de la limite Neuchâtel-Berne pour aller manger au restaurant, serait le révélateur parfait de cette «cacophonie».

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Ethiopie: des promesses de prospérité à la guerre civile

ANALYSE, Clément Guntern | Considérée par certains comme la «Chine de l’Afrique» dans les années 2000 et 2010, l’Ethiopie semblait devoir connaître une nouvelle prospérité à travers son ouverture au monde, bien loin des famines et des guerres du siècle passé. Comment de telles promesses ont-elles pu disparaître et l’Ethiopie sombrer dans la guerre civile?

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Pologne, la tentation autocratique

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Une nouvelle loi sur le rôle de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale fait polémique. Elle est représentative d’une tendance dans certains pays au sein de l’UE qui défendent la « démocratie illibérale » comme modèle alternatif. Alors que le danger pour la démocratie est réel, l’Union européenne peine à se faire entendre. Continuer la lecture de Pologne, la tentation autocratique

Pour une Europe fédérale forte

Le Regard Libre N° 30 – Yann Fauconnet

L’Europe, lors des prochaines décennies, sera indéniablement confrontée à de nombreux défis aux niveaux technologique, politique, institutionnel, militaire, identitaire, culturel, religieux, social et environnemental. Mais quel rôle doit-elle assumer ?

Il est crucial, pour ce plaidoyer, d’établir les prémisses suivantes : il est question ici de l’Europe au sens large, c’est-à-dire de l’Atlantique à l’Oural, de l’Islande à l’Anatolie, du détroit de Gibraltar à Mourmansk, en passant par les Alpes et les Balkans ; le tout en faisant abstraction de ses dirigeants politiques actuels, hostiles ou non à l’idée d’une Europe forte. La clef du succès de cette Europe, pour sa survie, doit être basée sur trois principes : la paix, des institutions fédérales et une coopération accrue. Continuer la lecture de Pour une Europe fédérale forte

Adieu Europe, adieu libre échange – Le nouveau monde a gagné

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Ce qui semblait poindre avec le Brexit est désormais confirmé. L’Europe qu’on soupçonnait d’être divisible est divisée. La polémique autour du traité économique et commercial global CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) qui devait lier l’Union Européenne et le Canada vient appuyer cette thèse. L’UE est une vieille dame qui ne sait plus à quel saint se vouer. D’habitude très centralisatrice – ce qui explique une partie du désamour qu’elle rencontre – elle s’essaie parfois au fédéralisme. Et bien évidemment, c’est un échec. Comment croire qu’une machine qui d’habitude se suffit à elle-même, puisse, le jour venu, compter sur les différents parlements nationaux et pire, sur la population?

C’est pourtant la brillante idée qu’a eu ce cher Jean-Claude Juncker (président de la commission européenne). Avec cette démarche, il souhaitait répondre à celles et ceux qui jugeaient les négociations trop opaques et dirigées secrètement par la machiavélique main invisible des multinationales. Cette approche est étrange; Juncker souhaite donner une légitimité démocratique à ce traité en confiant son sort aux parlements nationaux, alors même que la décision finale appartenait, selon la procédure habituelle, au parlement européen. Or ce parlement est un parlement d’élus nationaux! L’UE ayant mauvaise presse, il est compréhensible qu’il fut plus simple d’employer la tactique de l’écran de fumée en déplaçant le problème en lieu et place d’une explication de son fonctionnement.

Mais voilà, ce qui devait arriver arriva. Le dossier volumineux issu de longues négociations est rejeté par la Wallonie, région de 3,6 millions d’habitants. Rappelons que le CETA concerne plus de 500 millions d’Européens (sans compter les 36 millions de Canadiens). Après la tyrannie de la majorité, place à la tyrannie de la minorité. En soi, cette situation est plutôt comique pour le citoyen suisse que je suis, mais c’est au moment d’entendre les revendications de nos chers preneurs d’otages que je perds espoir. Ces derniers réclament plus de garanties, notamment en matière de protection de ses agriculteurs et face aux puissantes multinationales.

C’est donc un combat classique: les gentils petits agriculteurs face aux méchantes multinationales. Alors que l’histoire récente et le consensus économique viennent contredire cette théorie depuis des années, certains en restent là. Rappelons que le libre échange rend le monde meilleur, qu’il profite globalement aux peuples, qu’il réduit la pauvreté. Alors certes, l’agriculteur ultra-subventionné sortira perdant de ce processus de mise en concurrence, mais est-ce bien légitime de faire passer son confort personnel devant celui de tous les consommateurs concernés par le traité?

Malheureusement, la logique ne suffit plus dans ce genre de débats; les événements de cette semaine nous confirment une nouvelle hélas bien plus triste: nous sommes entrés dans un nouveau monde. Place à l’ère post-factuelle, un monde où les faits ne comptent plus, ou les idéologies triomphent sur la vérité. Une tendance illustrée par le pathétique affrontement entre deux menteurs multirécidivistes outre-Atlantique, par une remise en question un peu partout dans le monde de la libre circulation des personnes, et par le refus populaire des traités de libre échange.

Il est grand temps pour les économistes de faire d’avantage de pédagogie pour expliquer à la population les bienfaits de l’ouverture des frontières. Or seuls, ils n’y arriveront pas; il nous faut également des politiques responsables qui enfin cessent de penser à leur unique destin personnel en oubliant les faits dans le but de distribuer des cadeaux à leur public cible. Malheureusement, la tendance est contraire. Toutes les élections à venir voient, ou verront s’affronter des candidats populistes aux idées simplificatrices (USA, France, Allemagne). Trump et Clinton vilipendent le libre échange, en France la gauche et le FN font de même, en Allemagne le ministre de l’économie (!) Sigmar Gabriel, leader du SPD, qui se voit succéder à Angela Merkel l’année prochaine, déclare ouvertement son hostilité au «free trade». Comment l’Allemagne, le bon élève, peut-il être guidé par un pareil imposteur?

Nous assistons à une faillite des élites qui, en refusant d’expliquer rationnellement les problèmes que rencontrent les gens quotidiennement (car oui, ils sont nombreux!), font le lit des extrémistes, des héros de ce nouveau monde post-factuel. Les réponses sont simplistes, percutantes, elles viennent flatter les âmes en recherche d’un réconfort. Elles nous mènent à la servitude, à la pénurie, à la décroissance. A la destruction de nos acquis.

«Les avantages du libre-échange sont tellement évidents que l’on peut se demander pourquoi ils ne sont pas universellement reconnus. Les êtres humains, en effet, ont cette caractéristique exceptionnelle d’être tous différents les uns des autres; différents par leurs aptitudes, mais aussi par leurs besoins et leurs objectifs. De là vient l’utilité de l’échange entre les individus. Chacun de nous serait peut-être capable de vivre seul sur une île, comme Robinson. Mais il est dans l’intérêt de chacun de se spécialiser dans les activités pour lesquelles il est relativement plus apte que les autres et d’acheter à ces derniers ce dont il a besoin et qu’il est relativement moins apte à produire. Ce principe, parfois appelé principe d’avantage comparatif, est bien connu dans le domaine de la théorie économique internationale depuis qu’il a été énoncé par David Ricardo.» (Pascal Salin, Libéralisme, 2000)

C’est désormais une question qui me revient chaque jour en lisant le journal: devrons-nous à nouveau nous battre pour la liberté?

Ecrire à l’auteur: nicolas.jutzet@leregardlibre.com