Archives par mot-clé : politiquement correct

Marc Bonnant: «Avec le politiquement correct, nous sommes les bourreaux de nous-mêmes»

Entretien inédit – Nicolas Locatelli

«Je ne crois pas à la vérité, je crois qu’elle est faite de nos perceptions d’un moment. La vérité, c’est un moment, c’est une instantanéité.» C’est sous l’égide d’Eris, déesse de la discorde, des querelles et de la rivalité que le Bossuet des tribunaux a débarqué dans l’auditorium B de l’Université de Fribourg. Une conférence musclée suscitant la controverse, l’admiration des uns et la fureur des autres.

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« The Square », un moule à Palme d’or

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pourquoi est-ce si difficile à avouer que le pouvoir est attirant ? »

Christian est le beau gosse cinquantenaire. Riche, chic, adulé, haut placé et merveilleusement bobo. Sa fonction lui va bien, il est en effet conservateur du musée d’art contemporain de Stockholm. Lui et son équipe, tout aussi branchée et bien-pensante, se préparent à accueillir l’œuvre sociale d’une artiste argentine : « The Square ». La pièce n’est en fait qu’un carré délimité par un cordon lumineux où il est écrit que celui-ci est « un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Tous y sont égaux en droits et en devoirs. »

Ironie du sort, coïncide à la préparation de l’exposition le vol que subit Christian. Dans une mise en scène où une femme accoure criant au secours alors qu’un homme veut la tuer, le conservateur, se croyant un héros, la protège fièrement après une hésitation craintive. Quelques instants plus tard, il prend conscience du piège grotesque dans lequel il s’est foulé. Téléphone portable, portefeuille et boutons de manchette ont disparu. Quelle cohérence de vie se doit-il désormais d’appliquer entre son carré d’altruisme et la violente lettre de menaces qu’il adresse aux locataires d’un bâtiment de banlieue, où son téléphone est localisé par Apple Assistance ?

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« Everything, everything » : pire, on ne peut pas

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

De tels films sont rares. Ils excellent tellement dans leur nullité qu’on ne peut même pas les qualifier de navets. Les navets sont des films qui ne réussissent pas à atteindre les objectifs qu’ils se sont lancés, des films à l’égard desquels on avait des attentes, qui se sont ensuite avérées insatisfaites lors de la projection. Everything, everything sent le mauvais film jusque dans sa bande-annonce : il n’est pas donné à tous les cinéastes de réaliser cet exploit !

Au fond, le sujet pourrait à la limite constituer un bon scénario : une jeune fille malade condamnée à ne jamais sortir de sa maison et qui s’enamoure d’un jeune Apollon nouvellement voisin, qui va la pousser à braver l’interdit. Oui, mais… pour que le film soit réussi, il faudrait en finir une bonne fois pour toutes avec les bons sentiments, les histoires mille fois répétées et les mimiques insupportables dignes des pires séries américaines. Continuer la lecture de « Everything, everything » : pire, on ne peut pas

La tolérance, ce n’est pas tout accepter

Le Regard Libre N° 18 – Jonas Follonier

Dans la philosophie politique, une question mérite qu’on y porte toute notre attention, vu les situations inédites auxquelles sont confrontées nos sociétés occidentales actuelles. Un grand changement est survenu ces dernières décennies. Il ne s’agit pas de la technologie, vieille comme le monde, ni des bouleversements écologiques, eux aussi vieux comme le monde. Non, je veux parler du politiquement correct – et ne vous dites pas à ce stade que vous avez affaire aux propos d’un extrémiste de droite un peu simplet ; les lignes que vous lisez émanent d’un libéral.

Le politiquement correct est apparu à la suite de la Seconde Guerre mondiale. L’intelligentsia européenne, qui voulait se racheter du passé colonial, esclavagiste, impérialiste et raciste de l’Europe et qui ne pouvait plus trouver refuge dans le marxisme car il avait également montré son horrible visage, se tourna vers une idéologie qui était alors l’invention de quelques penseurs mais qui désormais fait presque l’unanimité : celle consistant à dire qu’il faut respecter toutes les croyances et tous les modes de vie. L’axiome sous-jacent est que toutes les civilisations sont égales. Continuer la lecture de La tolérance, ce n’est pas tout accepter