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«Opération Fortune», un «Mission impossible» low cost

5 minutes de lecture
par Jordi Gabioud
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Opération Fortune © Leonine

Après l’excellent The Gentlemen (2019) et le plus anecdotique Un Homme en Colère (2021), Guy Ritchie revient avec Opération Fortune: Ruse de guerre. Un film à mi-chemin entre enthousiasme sincère et manque d’ambition.

Un puissant marchand d’armes (Hugh Grant) a mis la main sur un mystérieux objet mettant le monde en péril. Le gouvernement britannique place Orson Fortune (Jason Statham) à la tête d’une petite équipe d’experts du MI6 pour le retrouver. La crème de la crème suffira-t-elle pour empêcher la fin de la civilisation? 

Souffrir de la comparaison

Ce énième enjeu hyperbolique de film d’action n’est qu’un prétexte pour développer une intrigue mêlant combats, humour et gadgets technologiques. Opération Fortune s’inspire de la saga Mission impossible, sans réellement réussir à l’égaler. La faute à l’action, qui peine à arriver et à nous tenir en haleine. De plus, le film iconise rapidement ses protagonistes à grand renfort de performances hors du commun, de pragmatisme en toute situation et de sens de la répartie bien sentie. Ces personnages sont trop forts, trop malins, trop rapides pour quiconque chercherait à s’opposer à eux. Résultat, le film perd rapidement ses enjeux et on préfère même être du côté des antagonistes, espérant patiemment que l’un d’eux parviendra à leur offrir une courte leçon d’humilité. Une patience qui ne sera jamais récompensée.

Opération Fortune tombe ainsi très vite dans le piège de l’hommage. A trop s’inspirer de ses modèles, il souffre alors de la comparaison avec ceux-ci. Les gadgets technologiques ne sont jamais à la hauteur de ceux développés dans Mission impossible. La poursuite en voiture ne tient jamais le rythme de celles rendues emblématiques par James Bond. Opération Fortune ne parvient jamais réellement à nous faire oublier les classiques qui l’inspirent, à son détriment.

Le cinéma de Ritchie riche

Malgré cela, il est difficile d’en vouloir à un réalisateur comme Guy Ritchie. Son cinéma, depuis son premier film, témoigne d’un amour sincère envers cet art. Un amour qui peut certes mener à certaines maladresses – il suffit de revoir Revolver (2005) qui incarne cela à chaque plan –, mais un amour qui fait son originalité. Cet amour, c’est un amour de l’intrigue maligne, souvent plus compliquée que nécessaire. C’est un amour des personnages, toujours magnifiés par leurs costumes et leurs répliques. Mais c’est surtout un amour du rythme: la recherche constante du bon moment de coupe, la place précise d’une réplique qui fait mouche, l’audace de monter un film d’action en film choral, suivant plusieurs personnages à la fois.

Le rythme est l’essence du cinéma. Guy Ritchie l’a compris, mais plutôt que d’en faire un objet d’analyse, il en a fait un jouet. Aller voir un film de Guy Ritchie, c’est être assuré de découvrir du neuf, même quand cela recycle du vieux et même quand cela défie le bon goût. Son cinéma aura au moins toujours l’avantage d’être ludique.

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Avec Opération Fortune, Guy Ritchie continue de prouver son enthousiasme. Les scènes d’action, bien que molles, offrent leurs lots de blagues bien senties. Une seule scène où Greg Simmonds (Hugh Grant) rappelle sa toute-puissance à ses associés suffit pour masquer la faiblesse des antagonistes. Et les faiblesses du film soulignées par ses hommages sont atténuées lorsque le réalisateur commence à citer son propre cinéma. Le meilleur modèle de Guy Ritchie reste Guy Ritchie. 

Opération Fortune est un film en demi-teinte. Si l’on appréciera l’humour et la solidité du casting, on ne peut que regretter une intrigue et des phases d’action peu inspirées. Un divertissement sympathique, mais frustrant, qui nous donnera surtout envie de revoir le classique de De Palma ou de retrouver les premiers films de Guy Ritchie.

Ecrire à l’auteur: jordi.gabioud@leregardlibre.com

Crédits pour toutes les photos: Opération Fortune © Leonine

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