Le métal et le baroque, deux genres que beaucoup rapproche

Le Regard Libre N° 10 – Corentin D’Andrès 

Au début du XVIIe, avec l’Orpheo de Monteverdi, émergea un genre musical nouveau, en révolte contre les canons de la Renaissance, rebaptisé dans les années 1990 comme le mouvement architectural et pictural en vogue à son époque, le baroque.

En 1970, le groupe Black Sabbath, avec son album éponyme, va créer un genre lourd et sombre, eux aussi en révolte contre la musique de leur temps qu’ils jugaient trop euphorique. Le genre, lui, a été baptisé d’après un journaliste du New York Times qui décrivait le jeu de Jimi Hendrix par : « like hearing heavy metal falling from de sky ».

Mais alors, bien que ces genres aient plusieurs siècles d’écart et qu’ils aient émergé dans des contextes très différents, qu’est-ce qui peut les rapprocher?

Le baroque est la musique de l’excès. Rien n’était suffisant pour impressionner l’auditeur, surtout lorsqu’on parle de virtuosité. C’est pour cela qu’une grande place était laissée à l’improvisation (le genre phare de l’époque n’était il pas justement la toccata, terme introduit lui-aussi par l’Orpheo de Monteverdi, et surtout qui désigne une simple mise en partition d’improvisations d’un compositeur ?). Cette improvisation pouvait se faire seule, justement dans les toccatas ; ou alors, cette improvisation pouvait être assurée par un soliste, qui était opposé à un orchestre et improvisait lors d’un concerto, par exemple dans ce que l’on nomme des cadences.

Or il en va de même pour le métal, qui lui aussi est le genre de l’excès. Il oppose lui aussi un guitariste soliste, lui aussi opposé aux autres instrumentistes, qui improvisera lors de solis. Lui non plus ne sera pas avare en technique, ces intermèdes ayant pour but, comme les cadences baroques, d’ « épater la galerie ».

Ensuite, le baroque est aussi défini par une section rythmique, nommée continuo, qui sert à soutenir la section mélodique. Elle sera omniprésente dans toutes les pièces baroques d’ensemble (même les pièces pour instruments solos !), et se prolongera même un peu lors de l’époque classique. Cette basse continue était généralement composée d’un clavecin (ou d’un orgue, ou d’un autre instrument harmonique) et d’un violoncelle (ou d’une viole de gambe, ou d’un autre instrument monodique grave). Ils jouaient ensemble une ligne mélodique basse que les instruments monodiques reprenaient tels quels alors que les instruments harmoniques y rajoutaient des accords. Dans certains types de pièces, comme les passacailles, les chaconnes et les grounds, cette basse continue était écrite sous forme d’ostinato, c’est-à-dire de phrase musicale répétée tout au long du morceau.

Or l’orchestration du métal se fait traditionnellement de manière très similaire, opposant une section rythmique (guitare basse, guitare rythmique, batterie) à une section mélodique (voix, guitare lead). La section rythmique (la batterie, étant un instrument à percussion, n’est pas comprise) se rapprochera de l’ostinato, qui sera renommé riff. Mais contrairement à un Canon en ré de Pachelbel, il n’y aura pas qu’un seul ostinato par pièce.

Certains groupes de métal peuvent aussi avoir recours à certains instruments utilisés lors de l’époque baroque, et pas seulement, comme le violon, ou tout autre instrument présent dans un orchestre, si ce n’est l’orchestre lui-même. Un genre de métal spécialisé dans ce type d’instrumentations a même été créé, le bien nommé métal symphonique, composé de groupes comme Nightwish ou Epica.

Il y en a même qui font des reprises de morceaux baroques, comme par exemple Alexis Laiho (de Children of Bodom) qui a repris une partie des Quatre saisons d’Antonio Vivaldi, l’été plus exactement.

Ce qui a aussi été démontré ici, c’est que le métal, musique que l’on tient pour amélodique et irréfléchie, ne l’est pas tant que ça. Et il en va de même pour la musique baroque, tenue pour le summum du raffinement, elle aussi n’étant pas à la hauteur de sa réputation. D’ailleurs, l’abbé de Mably Gabriel Bossot disait dans une de ses lettres à la marquise de P*** sur les compositeurs français d’opéra en 1741 : « Je les déteste, c’est un vacarme affreux, ce n’est que du bruit, on en est étourdi. »

Crédit photo : © pinimg.com

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