Plaidoyer pour les libertés – Rencontre avec l’historien Philippe Bender

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Si le Valais compte un grand historien, c’est bien Philippe Bender. Spécialisé dans le radicalisme valaisan et suisse, il est une mémoire vivante qui fait beaucoup parler. Monsieur Bender nous a très aimablement accueillis chez lui, à Fully, pour répondre à nos questions.

S. O. et J. F. : Vous êtes un historien spécialisé dans le radicalisme. Pourquoi cette passion ?

Philippe Bender : L’historien doit aller aux sources, aux documents multiples, en tous genres, et les critiquer selon les règles de l’art. Il doit faire preuve de rigueur, même s’il se consacre à l’histoire du parti de son choix. Il y a beaucoup de choses à apprendre sur l’évolution du mouvement libéral et radical depuis 1830. D’abord, c’est le plus grand courant intellectuel, en Suisse et en Valais. Ensuite parce qu’il a forgé les mentalités et pesé constamment sur la politique et l’économie. Le fait d’être minoritaire dans le Valais de 2015 pousse à se surpasser.

Quels ont été historiquement les grands enjeux, moments, de ce mouvement ?

L’une des grandes affaires du Valais a été longtemps les relations entre l’Eglise et l’Etat. Contester l’ordre établi, la confusion des deux pouvoirs, spirituel et temporel, ou mettre en doute la vulgate enseignée, vous faisait passer pour un « marginal », et pouvait vous fermer des portes. Les minorités religieuses ou poli-tiques furent tenues à l’écart pendant des décennies. Prenez le cas de l’Ecole Libre du Châble, ou l’histoire des protestants. Aujourd’hui, celle des musulmans que l’on ostracise, ou des athées que l’on moque. Ainsi, l’Eglise protestante n’a été reconnue égale à l’Eglise catholique qu’en 1973, à la suite de Vatican II. Mais tout n’est pas réglé, notamment sur le plan fiscal, et le Valais marche à pas lents vers la paix confessionnelle, vers une société pluraliste.

Estimez-vous que le PLR valaisan met à profit son statut de parti d’opposition ?

On jugera en 2017 de la « traversée du désert » entamée en mars 2013 par l’éviction du gouvernement.

Je suis un « proportionnaliste » dans l’âme. L’Etat n’est la propriété de personne : il appartient à tous ceux qui le constituent. Il doit être ouvert et divers. Je suis pour le partage du pouvoir entre les principales composantes.

Quelles sont les grandes valeurs auxquelles vous tenez ?

Libertés, démocratie, nation.

Libertés : le Valais est accablé de ressentiments. Notre grandeur, nous la devons à nos libertés : liberté de pensée, liberté de conscience, liberté d’association, liberté d’établissement… Un être humain sans libertés n’est que l’esclave de ses passions, ou le prisonnier de son existence matérielle. Les libertés forment un tout indissoluble. On ne peut être libéral en économie, et fermé à l’évolution de la société, ou de la culture. A moins de cultiver des postures ou des images sans force réelle. La tyrannie de la pensée unique, dominante, est la pire.

Démocratie : certains la contestent au fond ou en apparence, or, les institutions démocratiques sont le cadre nécessaire de la vie en commun. Un Etat faible ne profite à personne ; ce n’est pas ce que veulent les libéraux-radicaux, qui ont créé la Suisse et le Valais modernes ! Ensuite, l’autre possède la même dignité que moi. Le pluralisme authentique, c’est accepter la concurrence des idées, des croyances, des valeurs, quand bien même il faut un ciment spirituel à la société, à l’Etat de droit.

Nation : la Suisse est notre Nation commune ! Que serait le Valais sans la Suisse ? Mais la Suisse ne serait rien sans les cantons et les communes notamment.

Nous avons été épargnés par les deux guerres mondiales. Nous aurions pu subir un autre destin, tragique. Un point encore : le vrai patriotisme intègre, le nationalisme artificiel exclut !

Un grand merci pour le temps consacré à cet entretien.

Ecrire aux auteurs : sebastien.oreiller@netplus.ch et jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © ytimg.com

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