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« Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le cancer c’est… un mot insupportable. »

Françoise Maye vit sa phase terminale. Son fils, David, l’accompagne dans la traversée caméra sur l’épaule, par un documentaire sans prétentions. Alors qu’une existence en est à son crépuscule, une autre voit le jour. La sœur de David met au monde une petite-fille, qui comble de bonheur les derniers mois de vie de la grand-mère. Le mari de Françoise, quant à lui, s’attèle à la restructuration de la cuisine.

Le petit film de soixante-six minutes pourrait faire penser à une vidéo d’amateur, publiée en guise de témoignage. En réalité, même si la forme reste des plus sobres, le réalisateur devenu orphelin de sa mère raconte non seulement l’union d’une famille toute entière face à la maladie, mais aussi le bilan d’une vie simple qui s’éteint dégustant aux souvenirs ineffaçables par des photographies. Lire la suite « Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

La chasse, une noble activité

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Aujourd’hui, dans plusieurs cantons, les étudiants reprennent le chemin de leurs universités, pour une rentrée qui annonce l’arrivée imminente de l’automne. Or en ce lundi 18 septembre, c’est aussi la rentrée des chasseurs. En Valais, tôt ce matin, les divers groupes de chasse se sont faufilés dans leurs coins de montagnes, traquant cerfs et chamois. L’heure du début de la chasse haute a sonné.

N’en déplaise à ses calomniateurs, la chasse ne consiste pas en un sport de sauvages. Au contraire, la chasse est un art et exige un système de pratiques minutieuses. De plus, cette activité nécessite une réelle connaissance de la nature. C’est pourquoi les vrais amis de la nature ne sont pas à trouver parmi les personnes hostiles aux tueurs de chevreuils. L’écologisme considère la nature comme supérieure à l’homme ; le capitalisme considère l’homme comme supérieur à la nature. La chasse, elle, conçoit l’homme et la nature dans un rapport harmonieux. Lire la suite La chasse, une noble activité

Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Le Regard Libre N° 31 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

La Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, en Valais, accueille une centaine d’œuvres du maître d’Aix. L’exposition se tient du 16 juin au 19 novembre. Se laissant apprécier pour ses tonalités variées, elle place à l’honneur autant les portraits que les natures mortes ou les paysages de Cézanne. Ces derniers gardent cependant un rôle particulier à jouer : ouvrez grand votre esprit, les terres du peintre se mettent à chanter.

Après un passage des impressionnistes Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Morisot, Renoir et Monet, c’est Paul Cézanne qui habite les murs de la Fondation artistique. Il est d’ailleurs un emblème de ce mouvement. Père de la modernité picturale, il choqua par son style épais et tacheté. Il permit l’audacieuse innovation d’une lumière qui fait vivre autant les paysages que les visages. Cela ne se déploya pas sans un manque de reconnaissance à son époque, et une grande solitude.

Un titre symphonique

Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition, s’est tout naturellement inspiré de l’état d’âme du personnage pour le choix du titre : Le Chant de la Terre. C’est le nom d’une symphonie de Mahler, dont les liens à Cézanne paraissent parler d’eux-mêmes. Dans un entretien au Figaro, le commissaire expliquait : « Ce sentiment de terrien qui est celui de Cézanne, ce marcheur accroché à sa lande, à sa terre, mort après avoir peint des heures sous la pluie, m’a semblé en profonde résonnance avec Le Chant de la Terre de Mahler. J’ai réécouté cet ensemble de lieder écrit pour voix seule : Cézanne lui aussi est seul, et l’orchestration de ses coloris, de ses panoramas, de ses mondes intérieurs, donne à sa peinture une dimension symphonique. La rencontre avec Mahler m’a semblé naturelle. » Lire la suite Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

« Le Sang », extrait n° 6

Le Regard Libre N° 30 – Sébastien Oreiller

Chapitre II : Arrivée du fils

Il y avait quelques retouches à faire. A peine. Elle passait ses mains sur le tissu souple, les hanches et les côtes, d’un œil expert, pensait-elle. Comme s’il ne remarquait rien. Elle tremblait. C’était les habits de son fils, celui qui allait bientôt arriver. Longues bottes noires, pantalons d’équitation et large chemise. Autour du cou, une cravate, assez ample, presque un foulard. Ils faisaient quasiment la même taille ; à peine était-il un peu plus petit et fin. Elle allait les reprendre. Elle en avait assez de ces habits de jardin, vieux haillons de grosse toile. Lui aussi se trouvait beau dans le miroir, presque trop bronzé dans ces habits qui sentaient l’homme, l’homme riche surtout, celui qui ne se refuse rien.

Il pouvait les garder, mais ici seulement. Les prendre au village, c’était hors de question. Pourquoi pas en fait. Non, on l’aurait vu, on aurait compris, on n’aurait peut-être rien dit, mais les autres femmes l’auraient trouvé beau, elles aussi. Non, il ne valait mieux pas. Et son fils ? Il serait jaloux, bien sûr, mais qu’importe. Ces habits, il ne les mettait plus ; c’était pour ça qu’il les avait laissés là. Il grimaça. Lire la suite « Le Sang », extrait n° 6

Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Le Regard Libre N° 30 – Jonas Follonier

Chaque été, depuis quelques années, les châteaux de Valère et Tourbillon, véritables emblêmes de la ville de Sion, se prêtent au jeu des sons et lumières. Illuminés en bleu, en rouge, en vert, ces beaux monuments se révèlent au rythme de la musique. Le même spectacle que l’édition précédente se tient cette année, basé sur Feodalia, une symphonie composée par le Valaisan Thierry Epiney. C’est l’histoire du canton qui l’a inspiré. Notre entretien.

Jonas Follonier : Pour être compositeur de symphonies (notamment) à votre âge, faut-il avoir grandi dans un milieu musical ?

Thierry Epiney : Il est difficile de parler d’autres cas que du mien. Il doit être plus aisé d’avoir baigné dans la musique durant son enfance, mais j’imagine aussi très bien qu’il y ait des personnes géniales qui se forment de façon totalement autodidacte. Quoi qu’il en soit, il faut être passionné.

Estimez-vous que les Hautes Ecoles de Musique par lesquelles vous êtes passé, celles de Genève et de Zurich, offrent une bonne formation ? De manière générale, la Suisse est-elle bien cotée en termes de formation musicale ?

J’ai été très heureux de la formation que j’ai reçue. Mon premier master à Genève, plutôt orienté composition concertante, m’a permis d’approfondir mes connaissances en orchestration et en théorie de manière générale. Le second (master en composition de musique de film, théâtre et média), passé à la Haute Ecole des Arts de Zurich, a été une révélation. Depuis mon plus jeune âge, j’apprécie la musique de film. J’en écoute beaucoup, et j’ai de la peine à regarder un film sans prêter une oreille concentrée à la musique. Les « papiers » que nous acquérons sont une chose, mais nous apprenons en permanence dans ce métier. Chaque projet est différent et amène de nouvelles perspectives, de nouvelles façons de travailler, de nouvelles couleurs. Lire la suite Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le Regard Libre N° 31 (pas encore paru) – Jonas Follonier

Dracula : un personnage fameux surtout pour ses diverses apparitions au cinéma. C’est cette fois sur les planches que l’on peut voir le célèbre vampire, et c’est une première. Le roman épistolaire Dracula de Bram Stoker a été revisité par le metteur en scène Stéphane Albelda, bien connu pour son talent en Valais et au-delà.

Le résultat est époustouflant. La troupe de Nova Malacuria a bien atteint les objectifs que se fixe cette institution culturelle depuis plus de trente ans : faire se rencontrer les différents arts de la scène. Mais c’est avant tout à la frontière des genres que se situe cette création.

Passant des larmes les plus glacées au rire le plus entier, le public peut assister jusqu’au 2 septembre à un spectacle total sous la lune des jardins du Collège des Creusets, à Sion, du mercredi au samedi, à 20h30. Portés par une musique décapante composée par Baptiste Mayoraz et interprétée en direct, les acteurs, jeunes pour la plupart, témoignent d’un jeu subtil, réaliste et tragique. Rencontre avec l’un d’entre eux, Thibault Hugentobler. Lire la suite Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

« Le Sang », extrait n° 5

Le Regard Libre N° 29 – Sébastien Oreiller

Chapitre I : La Perte (fin)

En rentrant chez lui ce soir-là, en longeant les abords secs de la forêt, il repensa à la manière dont elle s’était présentée à lui, Pauline L****, presque absente, semblable à un spectre qu’attire la chair vivifiante. Il savait qu’elle était belle, encore jeune quoiqu’au début de sa fanaison. Pourtant, comme c’est souvent le cas pendant ce moment fugace où l’on rencontre une personne pour la première fois, et qu’on y repense par la suite, il peinait à discerner ses traits. Il la voyait comme de dos, grande, presque aussi grande que lui, ses longs cheveux blonds dénoués. Ils avaient quelque chose du vert ou du bleu de cette mer qu’il n’avait jamais vue, des cheveux qui tombaient en vagues sur son dos, presque jusqu’aux reins. Etrangement, il les voyait dénoués, même s’il était certain qu’elle avait dû les ramener en chignons au-dessus d’elle, au-dessus de son visage. Telle fut l’image qui se présenta à lui, et qu’il garda par la suite. Lire la suite « Le Sang », extrait n° 5