William Sheller de passage à Genève

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Jonas Follonier et Loris S. Musumeci

Une facette importante de la langue française, du moins depuis le XXème siècle, se devait d’être traitée dans cette édition spéciale : la chanson française. Parmi les grands représentants de cette tradition artistique phénoménale, il y a William Sheller. Son style a le mérite d’être à la fois classique et original ; nous sommes allés l’écouter au Théâtre du Léman le 19 novembre dernier dans le cadre de sa tournée Stylus.

Un concert original

Nous nous attendions à ce que le chanteur de septante ans nous proposât des chansons tirées de son dernier album, mais étrangement, ce ne fut pas le cas. Etrangement, car la tournée porte le même nom que l’album ; étrangement aussi, car Stylus est un opus absolument sublime, si ce n’est le meilleur de William Sheller : construit sur la même formule instrumentale que la tournée (piano, voix, quatuor à cordes), l’album réunit de véritables perles (Youpylong, Bus stop, Les enfants du weekend, …) que l’on aurait aimé entendre.

Nous comprenons rapidement la formule de la soirée : avant chaque chanson, Sheller explique au public le contexte dans lequel il l’a créée, entre souvenirs d’enfance et rêveries. L’émotion ne se fait pas attendre avec comme premier titre J’cours tout seul, bien connu du grand public, et Nicolas, une pépite de 1980 qui raconte l’histoire d’un enfant envoyé dans un pensionnant. On ne regrette pas la batterie de la version originale.

La simplicité qui parle aux cœurs

De Cuir de Russie à Un archet sur mes veines en passant par Mon hôtel, toutes les chansons de William Sheller concordent en un miracle, celui de la simplicité qui s’adresse aux cœurs. Sheller réussit ce pari fou de rendre par des mots simples la complexité des rêves, des images floues, des sentiments inexprimables. Ainsi en est-il de ces paroles : « J’voudrais leur dire une dernière fois bonsoir » (Les orgueilleuses), « Pour tout vous dire, j’n’aime pas le soir qui tombe » (Mon hôtel), ou encore « Maman est folle / On n’y peut rien / Mais c’qui nous console / C’est qu’elle nous aime bien » (Maman est folle).

Le titre Simplement (1984) pourrait à lui seul résumer la démarche artistique de Sheller. Non seulement les paroles de cette chanson, mais aussi sa musicalité, montrent la simplicité qui caractérise son art. En effet, la mélodie jouée au piano est proposée dans sa première pureté, sans fioriture aucune, dégageant un parfum d’enfance et de sincérité.

Ce style particulier des chansons de William Sheller les rapproche des romantiques Fantäsiestücke de Schumann : « Les Fantasiestücke exposent le réel dans toute sa proximité, en morceaux. Écoutons leurs titres : le soir, l’aspiration, les idées noires, la question, la nuit, la fin du chant. Tout est simple, de cette simplicité qui parfois épouvante. » (Michel Schneider)

Le bonheur malgré les souffrances

Les anecdotes partagées au public avant chaque titre apportent une dimension ludique et même comique à ce concert qui aurait pu s’annoncer froid et austère. Grâce à sa bonhommie et au sourire qu’il cultive malgré une maladie qui le suit depuis plus d’un an et qui l’a totalement transformé physiquement, c’est tout le contraire qui se passe : le concert n’est pas froid, mais doux, chalheureux et intime.

Et l’un des thèmes qui traverse toute son œuvre semble être pour le chanteur non seulement une conviction, mais aussi désormais une réalité vécue : le bonheur malgré les souffrances. Contraint d’annuler plusieurs dates de sa tournée pour cause de santé, Sheller est néanmoins heureux dans sa vie, heureux de se produire à Genève, également, où l’interprétation de sa chanson Genève se dotait d’une saveur particulière.

Voilà bien l’une des leçons des chansons shelleriennes : le bonheur est possible malgré les aléas de la vie, voire peut-être grâce à ceux-ci. Le bonheur consiste d’abord en une quête, un regard déterminé, une volonté de vivre tout en étant lucide sur ce qui nous attend : « Je veux être un homme heureux » nous répète Sheller à la fin du spectacle, seul au piano cette fois. Le trésor de l’homme, c’est sa volonté. Merci William pour cette espérance et ces grands moments d’émotion.

Crédit photo : © Le Point

Ecouter Un homme heureux

Ecouter Youpylong, son dernier titre : 

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