« Foxtrot », entre absurdité et humanité

Festival International de Films de Fribourg – Jonas Follonier

Foxtrot fait partie des très bons crus proposés à la trente-deuxième édition du Festival International de Films de Fribourg (FIFF). Celui-ci a descerné hier le Grand Prix du jury à Black level. Le public, quant à lui, s’est prononcé pour le long-métrage What will people say. Foxtrot, salué aussi bien par les critiques internationales que par les spectateurs fribourgeois, aurait mérité de figurer parmi les gagnants.

Les premières images du film suivent le déplacement d’un véhicule militaire sur une route étroite en plein milieu d’un paysage désertique. C’est également là-dessus que le long-métrage va se terminer, dévoilant la clef de l’histoire de manière ô combien tragique et élégante. Foxtrot, c’est un regard libre porté sur son pays par le cinéaste israélien Samuel Maoz. Si son propos politique évident peut laisser songeur, sa dimension artistique, plus importante, relève d’une maîtrise parfaite du grand écran.

Le malaise de la société israélienne

Le film captive, le film dérange. Dans le contexte plus que jamais tendu du conflit israélo-palestinien, le triptyque de Samuel Maoz a le mérite de questionner les limites de la politique sécuritaire du gouvernement israélien actuel. Se basant sur le deuil d’une famille et sur l’absurdité de la vie d’un jeune soldat dans un poste de contrôle, c’est le malaise de tout un peuple qui est montré, un peuple empli d’espoirs en perdition.

Cependant, l’anti-militarisme trop clairement exprimé par le réalisateur dans son deuxième long-métrage présente ses défauts. La critique de la politique exercée par Benyamin Netanyahou s’inscrit dans une opinion très en vogue actuellement – en cela, le film n’apporte pas beaucoup de nuance à la discussion – et tend même à valider par les pouvoirs affectifs du cinéma un certain manichéisme, où les Palestiniens sont vus comme des victimes, et l’armée israélienne comme une force dominatrice.

Une esthétique à couper le souffle

Passée la composante politique, finalement secondaire, Foxtrot s’impose par sa dimension esthétique. Dans ce film, les émotions ne s’expriment pas par le personnage principal ; elles s’expriment par l’image. Et là, il y a beaucoup à dire. La photographie excelle à chacune des scènes du long-métrage, exploitant les couleurs beige orangé du désert, suggérant l’ennui par une caméra qui se concentre quelques secondes sur des gouttelettes d’eau, ou traitant l’ambiance nocturne de diverses manières.

Certaines séquences participent particulièrement de ce que nous définirons comme un chef-d’œuvre. Deux d’entre elles se passent dans la deuxième partie du film, au poste de contrôle nommé Foxtrot. Dans l’une comme dans l’autre, la douleur survient auprès du spectateur non pour la simple horreur des événements auxquels il assiste, mais en raison de la perfection de cette musique nostalgique liée à la pluie, de cette image travaillée au millimètre, de ces acteurs bouleversants. Foxtrot, c’est l’absurdité des destins face à l’humanité des individus.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Foxtrot

 

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